CHAPITRE DOUZIÈME
L'attitude du Centre fut comme toujours aussi ferme que correcte. Il déclara, par Torgane de M.Windthorst, ne point renoncer à obtenir la révision totale des lois de mai, et n'accepter la présente loi que comme un acheminement vers ce but. Il déclara également ne reconnaître en rien la compétence de la cour ecclésiastique.
La loi fut sanctionnée le 1 1 juillet par Tempereur-roi. Sa mise en vigueur montra combien les concessions qu'elle contenait étaient insuffisantes, et combien elle laissait encore de place à l'arbitraire et à la persécution. De plus elle était sans effet pour les diocèses de Cologne, Gnesen-Posen, Munster et Limbourg, dont le gouvernement considérait les évêques comme destitués. La situation des prêtres ordonnés pendant le kulturkampf demeurait également en dehors des effets de la loi. Pour remédier à cet état de choses, le gouvernement consentit à dispenser ces prêtres, sur demande des évêques, des examens d'État et à les gracier. Le Saint-Père permit alors à 1 evêque de Kulm, doyen de l'épîscopat allemand, de présenter cette demande pour 1500 prêtres de divers diocèses, qui purent ainsi reprendre les travaux du saint ministère. Enfin, le 7 décembre, un décret impérial permit à l'évêque de Limbourg de retourner à son siège épiscopal.
Le 18 du même mois, une démarche significative du prince impérial d'Allemagne vint témoigner des bonnes dispositions de l'empereur envers le Saint-Siège. Ce prince, se trouvant à Rome, se rendit solennellement au Vatican et demeura pendant une heure en conversation intime avec le Saint-Père. A ce propos une question d'étiquette vint montrer une fois de plus la fausseté de la situation actuelle de Rome. Le prince, étant l'hôte du roi d'Italie au Quirinal, comprit qu'il ne pouvait aller au Vatican dans les voitures de la cour. Il se rendit donc à l'ambassade prussienne et c'est de là qu'il partit, comme d'un territoire allemand, pour se rendre dans une voiture particulière au Vatican.
Cet événement prouva d'une façon éclatante que Ton tenait à Berlin à l'amitié de Léon XIII, et il est permis de penser que l'impression laissée par cette entrevue dans l'esprit du prince ne fut pas sans influence sur la suite des pourparlers. Dans l'entretien qui eut lieu entre le fils de Guillaume I^^ et le chef de l'Église catholique, il ne fut pas question du kulturkampf, mais le prince promit d'être auprès de son père l'interprète des vœux du Souverain Pontife pour le rétablissement de la paix religieuse en Allemagne.
Çn comparant le ton des premiers documents émanés de la cour et du gouvernement prussien au début des négociations, avec les documents et les faits que nous venons de rappeler, on se rend compte de l'immense terrain gagné par Rome entre 1878 et 1883. A la fin de cette dernière année, les relations entre le Vatican et Berlin étaient empreintes d'une vraie cordialité. La patience et la prudence de Léon XIII avaient en quelque sorte apprivoisé la rudesse prussienne. Le dur chancelier de l'empire allemand subissait l'ascendant de cette longanimité, de cette sérénité romaine, qui tend imperturbablement à ses fins, malgré les boutades et les soubresauts d'un adversaire habitué à la force et à la violence. Il restait sans doute encore beaucoup à faire, mais Rome avait conquis un avantage certain. Sûr de son but et en pleine possession de ses moyens, Léon XIII voyait le colosse gouvernemental prussien chanceler sur la base d'hostilité à l'Église sur laquelle il semblait à jamais établi. Sans doute on pouvait prévoir encore quelques oscillations, mais il n'y avait pas lieu de s'en émouvoir outre mesure. Le Pontife, décidé plus que jamais à poursuivre son jeu diplomatique si calme et si serré, attendait sans s'émouvoir le succès final. Nous verrons bientôt ses espérances se réaliser, après de nombreuses péripéties que nous aurons à raconter avec quelque détail.
ppittE TrEf5iÈmt.
i. su cyclique ARCANUM Bur le mariage chrétien. — L'encyclique SANCTA DBI CIVITAS 3ur la propagation de la fol, etc. ~ Jubilé de 1881. — L'encyclique ROUANOS PONTIFICBS sur les rapporta des ëvëqueset des réguliers en Angleterre. ~ Canonisations. — L'encycllgue Grande uunus sur S. Cyrille et S. Méthode. — Pëlerl-
' nage slave. — Organisation de la hiérarchie ecclésiastique et de la propagande catholique en divers pays slaves. — Léon XIII et la Rugsle. — L'encyclique DIUTURNUU sur le prluclpat civil. — Négociations avec la Russie de isao à 1883.
ttE souci que prenait Léon XIII de la paix religieuse : des États ne lui faisait pas perdre de vue la famille, : cette société primordiale qui estcomme le fondement et le premier élément constitutif — la cellule, dirait- : on en physiologie, — de la société politique. Le 14 février 18S0 parut l'importante encyclique Arcanum sur le mariage chrétien. Léon XIII y rappelle d'abord l'origine divine du mariage, et la perversion qu'introduisit dans Cette institution la corruption du paganisme, par les mauvaises lois des princes, et les criminelles coutumes des peuples pratiquant la polygamie, la polyandrie, le divorce. Le Christ vint rendre au mariage sa dignité première et son indissolubilité, l'élever à la dignité de sacrement et déterminer les droits et les devoirs des époux entre eux et envers leurs enfants, ainsi que les devoirs de ces derniers. Le mariage chrétien ainsi établi fut commis à la garde et à l'autorité de l'Église. C'est donc à tort que des esprits, ennemis de tout frein religieux, s'efforcent de soustraire le mariage à l'autorité de l'Église, et de le soumettre à la puissance temporelle par l'institution du « mariage civil ï>. L'histoire tout entière de l'Église proteste contre cette manière de concevoir les choses, A l'imitation du Christ lui-même, l'Église a toujours prononcé sur les mariages de sa propre autorité.
et nullement par Tautorîté des empereurs chrétiens, quand l'empire romain eut passé au christianisme. Ceux-ci reconnurent même explicitement le droit exclusif de l'Église en cette matière. C'est en vain qu'on cherche à établir une distinction entre le contrat nuptial et le sacrement, « Il ne peut exister de vrai et légitime contrat matrimonial, qui ne soit par là-même sacrement. Car le Christ a enrichi le mariage de la dignité de sacrement : et le mariage n'est autre chose que le contrat, pourvu que ce dernier soit légitime. > De plus le mariage est un sacrement, parce qu'il signifie et produit la grâce, en représentant les noces mystiques du Christ et de l'Église par l'union indissoluble entre l'homme et la femme, union qui est le mariage lui-même. Les théories naturalistes sur le mariage sont non seulement fausses, maïs encore pernicieuses, parce qu'elles empêchent le bien que Dieu a eu en vue, en y attachant des grâces propres à rendre la famille plus heureuse et plus vertueuse. En réalité ces théories ont affaibli, même chez les chrétiens, la salutaire efficacité du mariage. Les charges du mariage paraissent intolérables, et les législateurs concèdent la faculté du divorce, source féconde de divisions, de haines, de maux pour les enfants, de honte pour les femmes et de licence effrénée. L'histoire entière établit combien ces maux sont réels, et montre que les Pontifes Romains ont bien mérité de l'humanité en défendant la sainteté du mariage contre les plus puissants princes, les Henri VIII, les Napoléon I^r, etc. Plût à Dieu que les souverains eussent compris ces vérités!.. L'Église d*ailleurs ne nie pas les rapports que le mariage a avec les choses humaines et par conséquent avec le pouvoir civil ; elle reconnaît la distinction des deux pouvoirs et, dans les choses qui relèvent de l'un et de l'autre, elle désire voir régner une harmonie qui tourne à l'avantage de tous deux. L'encyclique se termine par une exhortation aux évêques pour les engager à mettre ces vérités en lumière et à faire en sorte que les chrétiens y conforment leur conduite.
L'encyclique Sancta Dei civitas, du 3 décembre 1880, traite un