‹ Le pape Léon XIIIChapitre 15 sur 248 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ce diplôme, daté du 12 septembre 1792, met Ludovic Pecci k la tête des milices baronales levées par le prince dans les districts de Carpineto, Maenza et Gavignano. Ces milices eurent probablement à s'opposer aux déprédations des pirates barbaresques qui infestèrent longtemps les bords de la Méditerranée. De là la scène donnée comme fond au portrait décrit plus haut. Lors de Tinvasion française, la milice locale fut transformée en garde civique du département des Volsques, simple changement de nom qui ne décida même pas, à ce qu'il parait, le colonel Pecci à changer les boutons de son uniforme ! En 1809, il fut nommé maire de Carpineto par le gouvernement impérial français. Tels furent les seuls rapports du père de Léon XIII avec le régime français. Il n'eut comme on le voit rien à faire avec la Grande Armée.

Au reste, malgré son titre de colonel, Ludovic Pecci fut bien plutôt un magistrat civil ou un seigneur patriarcal qu'un militaire. Jouissant d'une immense considération dans le pays, il était l'arbitre de tous les différends qui s'élevaient entre ses concitoyens : ses décisions faisaient loi, et sa parole, grave et persuasive, réconciliait les adversaires les plus déclarés. Les autorités civiles et ecclésiastiques recouraient sans cesse à ses lumières, ainsi qu'en témoignent les nombreux dossiers conservés à Carpineto.

A ces qualités d'homme public, le colonel joignait de profonds sentiments religieux. Fort ami des Franciscains, il fut nommé par leur général syndic ou protecteur temporel du couvent de Saint- Pierre à Carpineto. La Compagnie de Jésus, de son côté, lui témoigna • sa reconnaissance pour des services rendus, en lui accordant participation aux œuvres de piété de ses membres, comme l'atteste une lettre du Père Vicaire-Général, datée du 21 décembre 18 16.

Le colonel Ludovic Pecci mourut en 1836, âgé de soixante-huit ans et neuf mois. Cet homme si vénérable était aimé des siens à un degré qu'il est difficile d'exprimer. La tendresse qu'avait pour lui Joachim éclate dans toute sa correspondance : pendant la dernière

maladie du colonel, il écrivait à son frère Jean-Baptiste : « Rome, le 4 avril 1836. Votre silence tue tue. Et pourtant, ô mon Dieu! je crains que ce silence ne soit que trop éloquent ! Je ne puis cependant vous dissimuler que me laisser ainsi dans l'incertitude, en proie aux pensées les plus funestes et aux plus affreux soupçons, est pour moi une chose pire que la certitude... Cher Jean- Baptiste, quel que soit Tétat où se trouve papa, je n ai qu'une réflexion à vous adresser : la pensée de Tâme doit être votre première préoccupation. N'épargnez donc rien pour lui, pour son âme. Je pleure et je termine, etc. >

Le 7 mai 1836, après la mort de leur père, Joachim écrit de nouveau à Jean-Baptiste : i Je commencerai par vous rappeler que tout ce qui arrive ici-bas, pour triste et douloureux qu'il soit, est réglé par la divine Providence, et qu'en conséquence il faut, même dans les circonstances les plus fatales, se soumettre aux décrets et se conformer à la volonté de Dieu. Vous voyez, cher frère, que je fais allusion à notre dernier grand malheur de famille, malheur qui, s'il a été ressenti par tous, a dû nous atteindre plus profondément nous qui avons perdu en lui le meilleur père qui ait jamais été sur la terre, nous surtout qui de loin avons dû apprendre sa mort '. Imaginezvous en quel état nous ont mis les larmes et la douleur, et combien nous sommes restés longtemps inconsolables. Mais enfin, après avoir donné libre cours aux sentiments de la nature, la voix de la raison a dû prendre le dessus en nous rappelant que tel est le destin de quiconque vit en ce monde; et que le pèlerinage de cette vie est de bien courte durée. Enfin la religion, oui, la religion nous» a parlé plus éloquemment encore et nous a essuyé les yeux dans une si douloureuse épreuve, en nous faisant concevoir des motifs de consolation et en nous donnant l'espérance que son âme est déjà entrée en un lieu de paix, de sécurité et de joie interminable. »

I. Joachim et son frère Joseph étaient absent^ de Carpineto, lors de la mort de leur père.

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