CHAPITRE TREIZIÈME
il réussît. Les circonstances allaient en effet le mettre bientôt à même d'entrer en rapports plus intimes avec la Russie.
Fendant que Léon XIII travaillait à son œuvre pacificatrice, tant sur le terrain religieux que sur le terrain politique, un horrible attentat frappa le monde de stupeur. Le 13 mars 1881, le czar Alexandre II succombait en6n aux coups incessants des nihilistes. Une bombé lancée par une main scélérate déchirait affreusement le monarque, qui, peu de moments après, allait rendre compte au Roi des rois d'une vie chargée de la redoutable responsabilité de persécutions cruelles et répétées contre le catholicisme.
La situation de l'Europe et du monde civilisé, de plus en plus menacée par les conspirations sectaires,et l'effrayant succès qui venait de couronner ces complots dans l'assassinat de l'empereur de Russie, décidèrent Léon XI 1 1 à faire, une fois encore, entendre aux princes et aux peuples la voix de Pierre, le suprême ministre de la vérité.
Son immortelle encyclique Diuiurnum, du 29 juin 1881, surle principat politique, débute en constatant que la guerre faite à l'Église a fini par avoir le résultat qu'i! fallait en attendre, c'est-àdire l'ébranlement de l'autorité civile, et la licence des multitudes
poussée jusqu'au brigandage et àTassassinat : témoin le meurtre de Tempereur de Russie dont le monde frémit encore. Grande est la force de la vérité catholique pour éviter de semblables désordres et assurer la paix et la tranquillité publique. Cest pourquoi Léon XIII croît de son devoir d'enseigner à tous ce que demande d'eux la foi catholique dans ce genre de questions.
Il entre en matière en constatant que, dans toute société, une nécessité inéluctable exige la présence d'une autorité qui la régisse. Aussi jamais l'arrogance des rébellions n'est-elle parvenue à réaliser ce but : n'obéir à personne. — Cependant on est arrivé à diminuer la force et la majesté de l'autorité, surtout à partir des nouveautés religieuses du XVI^ siècle. Dès lors en effet on se mit à réclamer une liberté exagérée, et à inventer à plaisir des systèmes sur l'origine et la constitution de la société. C'est ainsi qu'une foule de modernes, à la suite des philosophes du siècle passé, veulent que toute autorité vienne du peuple, € en sorte que ceux qui ont l'autorité dans la société ne l'exercent pas comme si elle leur était propre, mais comme déléguée par le peuple, et déléguée de telle façon qu'elle puisse être révoquée par le peuple qui l'a concédée. Les catholiques pensent différemment et font remonter l'autorité à Dieu comme à son principe naturel et nécessaire. » Ce qui n'empêche pas que les chefs de la société ne puissent, en certains cas, être choisis par la multitude; mais, par ce choix, les « droits du principat ne sont pas conférés, l'autorité n'est pas donnée; l'on désigne seulement qui doit l'exercer ». Il n'est pas question en cela de la forme politique et il n'y a rien qui empêche l'Église d'approuver le gouvernement d'un seul ou de plusieurs, s'il est juste. C'est pourquoi il n'est pas défendu aux peuples, pourvu qu'ils respectent la justice, de se donner le genre de gouvernement qui convient le mieux à leur caractère ou aux institutions et aux mœurs de leurs ancêtres.
L'encyclique enseigne ensuite, d'après l'Écriture et les Pères, que le pouvoir politique vient de Dieu ; puis à lexemple des Pères