CHAPITRE TREIZIÈME
eux-mêmes, elle le prouve par la raison. La nature, ou plutôt Dieu, auteur de la nature, exige pour Thumanité la vie sociale : ce que démontrent et la faculté elle-même de parler, et une foule de tendances naturelles que Thomme ne peut satisfaire, et de choses néces* saires, qu'il ne peut posséder dans la solitude. De là, la nécessité d'une autorité qui unisse et pousse les volontés vers le bien commun. Cette autorité est donc voulue par Dieu, auteur de la nature. De plus, la vie sociale exige que ceux qui commandent puissent réclamer lobéissance sous peine de péché ; mais une pareille puissance ne peut venir que de Dieu et non de Thomme par lui-même. Après avoir réfuté la fausse opinion de ceux qui attribuent l'origine de la société à un pacte social volontaire, le Pontife expose les avantages de la doctrine catholique, et, en premier lieu, la dignité et la sécurité qui résultent pour les gouvernants de cette communication de la puissance divine, à laquelle les citoyens doivent se soumettre par conscience. La seule raison qui puisse motiver un refus d'obéissance, c'est une opposition manifeste entre les ordres reçus et le droit naturel ou la volonté de Dieu. 4; Dans ce cas, l'autorité des princes est sans valeur; car elle est nulle, là où manque la justice. ^ Pour que cette justice subsiste, il est important que les gouvernants comprennent que la puissance politique n'est pas faite pour un intérêt privé, mais pour le bien de ceux qui sont gouvernés, et qu'ils en rendront un compte sévère à Dieu, dont ils doivent imiter dans leur gouvernement la justice et la charité. Ainsi se conserve la paix publique et se trouvent sauvegardées à la fois la dignité des princes et celle des sujets, lesquels savent qu'au jugement de Dieu les princes sont leurs égaux, et que l'obéissance ne leur est due qu'en vertu de l'image de Dieu dont l'autorité civile porte l'empreinte. L'Église s'est toujours efforcée de faire prévaloir cette forme chrétienne de la puissance civile dans les âmes et dans la vie pratique des peuples. C'est ce qu'a prouvé l'obéissance des premiers chrétiens aux empereurs païens qui les persécutaient,
obéissance qu'ils refusaient là seulement où la loi divine était en jeu, sans jamais songer à résister séditieusement. Quand le pouvoir devint chrétien, l'Église le marqua plus que jamais d'un caractère sacré, en lui donnant même une consécration rituelle et en instituant un saint empire^ qui eût produit les plus beaux fruits pour le bien de T Église et de l'État, si princes et peuples étaient restés fidèles aux intentions de l'Église. Tant que la concorde régna entre les deux pouvoirs, l'Église intervînt en effet, tantôt pour pacifier les peuples en révolte contre l'autorité, tantôt pour porter aux princes les . plaintes des populations.
Au contraire, les idées fausses touchant la puissance politique n'ont produit dans la pratique que licence, séditions, carnages ; pendant que, sur le terrain théorique, on passait des doctrines de la sjoi-disant Réforme, à celles des philosophes du XVII I« siècle, pour aboutir au communisme, au nihilisme, etc.
Cependant les princes sont sans force pour s'opposer à ces débordements. La sévérité des peines leur est inutile, car, comme le dit S. Thomas, la crainte seule ne sert qu'à irriter davantage ceux qui la subissent contre ceux qui l'imposent, et à leur faire saisir toute occasion de se révolter. Il faut donc un principe d'obéissance plus élevé, et ce principe c'est la conscience, c'est la crainte de Dieu. La religion seule est efficace pour fléchir les volontés humaines et les amener, non seulement à l'obéissance, mais à l'amour envers l'autorité, ce qui est la plus grande sauvegarde de l'ordre social.
C'est donc avec raison que les papes ont toujours combattu les doctrines des novateurs en ces matières. Léon XIII termine en invitant les princes à profiter de l'aide puissante que leur offre l'Église, et à protéger la religion pour le bien même de l'État. L'Église ne peut être suspecte ni aux princes, ni aux peuples. Elle rappelle aux princes leurs devoirs,mais en même temps elle assure leur autorité ; elle reconnaît leur suprême puissance dans l'ordre des choses civiles, et, dans les questions mixtes, elle veut la concorde