CHAPITRE TREIZIÈME
presser sur son cœur cet illustre confesseur de la Foi, qui se rendit ad limina en juin 1883. Le 15 mars de la même année, furent préconisés des évêques russes et polonais, et la malheureuse Église de Pologne put croire un instant que la paix et la prospérité allaient lui être rendues.
Mais la bureaucratie russe entrava trop souvent l'exécution des accords conclus. On en eut un triste exemple en 1885, quand
l'évêque de Wilna fut soudain appelé à St-Péters bourg et de là, sans qu'il lui fût permis de voir l'empereur, envoyé en Sibérie, pour avoir frappé de censures deux prêtres apostats. La longanimité de Léon XIII ne se découragea pourtant pas, et les négociations avec le gouvernement russe continuèrent malgré toutes lesdifficuUés de la situation.
Au bout d'un certain temps, la diplomatie pontificale obtint pour révêque de Wilna la faculté de sortir de l'empire, ainsi qu'une pension ; et un successeur lui fut donné sur le siège de Wilna,
N'oublions pas de mentionner ici l'envoi d'un représentant pontifical à la cérémonie du couronnement d'Alexandre III, différée jusqu'en avril 1883 par suite des conspirations nihilistes. Mgr Vincent Vannutelli représenta le Saint-Siège à Moscou dans cette circonstance solennelle.
La sollicitude particulière de Léon XIII pour la race slave se manifesta encore par ses lettres apostoliques du 19 mai 1882, dans lesquelles il procédait à la réorganisation de l'ordre ruthène de S. Basile en Galicie, et confiait la formation des jeunes religieux de cet ordre aux Pères de la Compagnie de Jésus. Faisant allusion aux malheurs de l'Église ruthène dont les U niâtes de Russie sont les représentants les plus héroïques et les plus malheureux, le Pontife disait que le recours fait à Rome par les évéques et les religieux ruthènes de la Galicie pour la réforme des Basiliens lui avait été très agréable 4L et Nous avons, continuait-il, senti s'adoucir les angoisses que Nous éprouvons chaque fois que le souvenir des ruthènes se présente à Nous : car Nous ne pouvons pas ne pas déplorer les pertes qu'a subies chez eux la foi catholique, et ne pas craindre les dangers dont elle est menacée. >
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gflpitre Quatorstème.
Agitation agraire et nationaliste en Irlande. — Lettre à Mgr Mac Cabe (13Janvler 1881).— Déclarations de l'épiscopat Irlandais à Maynooth. — L'agitation continue : attitude du gouvernement anglais. — Lettre à l'épiscopat irlandais (1» août 1882), — Circulaire de la Propagande contre ie Parmll testimonial fund. — Mission de M. Errlngton.
FENDANT que les affaires d'Allemagne et de Russie prenaient une meilleure tournure au point de vue catholique, de graves soucis étaient donnés à Léon XIII par un peuple dont l'attachement à la religion catholique, malgré d'atroces et séculaires persécutions, fait l'admiration du monde entier. Nous voulons parler du peuple irlandais.
C'est à partir de l'année iSSi que les affaires d'Irlande attirèrent d'une façon spéciale l'attention du Pontife.
La malheureuse Hibernie, asservie depuis tant de siècles à l'Angleterre, se débattait plus que jamais sous l'étreinte de son impitoyable dominatrice. Le mouvement politique pour l'obtention du <L home rule » s'y compliquait d'une terrible situation agraire, rendue plus redoutable encore par de récentes intempéries qui avaient compromis les récoltes. Nous n'entrerons pas dans les détails si compliqués de la question irlandaise, ni dans l'exposé des griefs des locataires irlandais contre les /««(//(j^-ià anglais.
Rappelons toutefois qu'il s'était formé, en 1 879, une ligue agraire, ayant pour but de provoquer une réduction des fermages exagérés, de faciliter l'acquisition du sol aux tenanciers et d'arriver à imposer au gouvernement des lois permettant au fermier de devenir proprié-
taires. Cette ligue reliait les fermiers entre eux dans une puissante organisation, grâce à laquelle le tenancier menacé d'expulsion par son propriétaire se trouvait soutenu par les membres de la ligue.
Au début, le clergé observa à Tégard de cette association une attitude d'observation plutôt défiante, mais bientôt, à la suite de l'archevêque de Cashel, il favorisa de son influence les efforts de la ligue. Le fond des revendications de celle-ci était d'autant plus juste que les fermiers irlandais ne se considèrent pas comme de simples locataires mai& comme co-propriétaires du sol.Cette manière de voir est appuyée par des considérations historiques et légales de la plus grande valeur '. Le programme de la ligue n'avait donc par luimême rien qui dût empêcher le clergé catholique de l'appuyer.
Il n'en était pas toujours de même des moyens employés pour faire triompher ce programme. Le chef du parti national, Parneil, associait intimement la cause politique du Aome rule à celle de la land league. Ses revendications, tendant à obtenir pour l'Irlande un gouvernement autonome, étaient elles aussi substantiellement légitimes. Mais l'agitateur faisait mouvoir ces deux puissants ressorts d'une façon qui n'était pas toujours prudente.
C'est lui qui, dans un meeting tenu à Ennis le lo septembre 1880,
I. La question agraire est sortie des confiscations en masse, et s'appuie sur le droit traditionnel d'occupant acquis par le tenancier de race indigène : écarter ces deux faits, c'est la rendre indéchiffrable. — La terre, avant la conquête, appartenait en propriété collective au clan tout entier ; si le chef de clan et plus tard le seigneur en gardaient le < domaine éminent >, le ^ domaine utile > passait au fermier; qui, à la condition de payer le tribut au chef du clan, ou la redevance au seigneur, ne pouvait être expulsé de la partie du domaine qu'il cultivait, et avait la faculté de léguer ou de vendre son droit d'occupant Or, disent les Irlandais, outre l'illégitimité de la confiscation, les spoliateurs n'ont pu être que substitués dans les droits des chefs de clans qu'ils remplacèrent. — Dès 1870, le parlement anglais se résigna à tenir compte de cette tradition, que méconnaissaient les landlords en expulsant leurs tenanciers, pour la plupart locataires à l'année : il vota, sur la proposition de M. Gladstone, une loi qui reconnaissait au fermier un droit réel, indépendant de celui des propriétaires, en obligeant celui-ci à payer au fermier, dont le bail annuel n'était pas renouvelé, une double indemnité, i"" pour trouble de jouissance, 2° pour plus value donnée à la terre. — Cfr. Foumier, La question agraire en Irlande; Kervyn de Volkaersbeke, La lutte de V Irlande,