‹ Le pape Léon XIIIChapitre 162 sur 248 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

Il y déclarait que les choses d'Irlande lui causaient « plus d soucis que de consolations », à cause des graves misères dor cette tle continuait à souffrir, et aussi de la violence des pa; sions qui entraînaient beaucoup d'Irlandais au désordre et mêm au meurtre, i comme s'il était possible que l'espoir de la félïcil publique pût reposer dans le déshonneur et le crime. > < Il est pe mis aux Irlandais, concluait Léon XIII, de chercher un remède leur infortune : il leur est permis de lutter pour leurs droits : car ne faut pas croire que ce qui est permis à chaque nation soit ii terdit à l'Irlande. Mais il faut que l'utile soit soumis aux lois d juste, et il est honteux de défendre par l'injustice une cause quelqi juste qu'elle soit. > Le Pape condamne ensuite, comme contrain à la justice, l'emploi de la violence et les sociétés secrètes. Il e: prime enfin le vœu de voir l'Irlande retrouver la prospérité sai violer aucun droit ; et sa confiance dans l'esprit de justice d gouvernement anglais, qui ne peut méconnaître que le bien c l'Irlande ne soit intimement lié avec la tranquillité de tout l'empir

Mais les flots populaires étaient trop agités en Irlande et, d'auti part, le gouvernement trop engagé dans la voie de la répressic violente pour que la parole du Pontife pût produire ses pleii effets.

Le patriotisme irlandais venait de s'affirmer dans la constitUtic d'un fonds appelé Pamell testimonial fund ^owx l'assistance jud cxiivcçi à\i leader irlandais traduit devant les tribunaux anglais. D< souscriptions furent organisées pour la formation de ce fonds, et 1( éléments les plus malsains de la révolution irlandaise déployèrei pour ces collectes une ardeur suspecte. Tout indiquait que t'argei recueilli était destiné à fomenter la rébellion bien plus qu'à payi des frais de justice. C'est pourquoi le Pape, par l'organe du Préf de la Propagande, fit déclarer, dans une circulaire du ii mai i8ï adressée à l'épiscopat irlandais,que le Saint-Siège ne pouvait approi ver cette quête et défendait au clergé d'y prendre part. La circulai!

UPspsUoDXlII.

avait pourtant sdin d'ajouter 4: qu'il est licite aux Irlandais de chercher à améliorer leur triste sort, ... et qu'il n'est pas défendu de recueillir de l'argent pour adoucir la condition des Irlandais. > Ce que Rome interdisait au clergé, c'était de soudoyer la rébellion, en prenant part à une quête qui avait ce but caché mais réel.

C'est aussi à Tannée 1883 que se réfère la mission officieuse de M. Errington auprès du Vatican, par laquelle la protestante Angleterre, réduite en quelque sorte aux abois dans sa lutte avec l'Irlande, recourait, comme dernière ressource, à l'influence pacificatrice de la Papauté. Malheureusement «le député Errington, catholique et irlandais, — dit M. Casoli S auquel nous laissons la responsabilité de ses assertions, — ne fit pas honneur à cette double qualité, et après avoir vainement cherché à mener les négociations dans l'intérêt exclusif de ceux qui voulaient faire cesser une agitation trop gênante sans renoncer à l'oppression de l'Irlande, et espéraient enlever par fraude à cette nation l'appui du Pape qui jamais ne manque aux victimes de la tyrannie et de l'injustice, il finit par jeter le masque dans une lettre impertinente et moqueuse publiée parVC/ntted Ireland àw i^'août 1885. »

Quoiqu'il en soit, la voix de Léon XIII s'était fait entendre en Irlande et en Angleterre. Elle n'avait pas réussi à dominer complètement les agitations politiques. Mais là comme en Allemagne, les grandes lignes du plan du Pontife et les bases de son action apparaissaient déjà clairement. Maintenir le mouvement irlandais dans les voies légales, et cela dans l'intérêt commun de la cause irlandaise et de la paix de l'empire britannique, tel était le but visé par Léon XIII, et rien ne put le lui faire perdre de vue dans les années qui suivirent, ainsi que nous aurons bientôt à le faire voir.

I. Cronistoria délia Vita e del pontificcUo di Leone XIII^ p. 332.

fï5i .rrffr-r.,^

japitrc Quin5ièmB.

Ljj liait du 13 Juillet 1881 : outrages aux restes de Pie IX.

— Protestations de Léon XïH : grand pèlerinage italien.

— L'ex-Jésuite Curcl et ses pamphlets. — Encyclique ETSi NOS sur l'Italie. — Anticléricalisme italien. — Uexseçua/ur royal. , — Les religieux persécutés. — Les tribunaux italiens et la liberté du culte -catholique. — L'Incident Martinuccl. — La conversion des biens de la Propagande. — Léon XIH et le tiers-ordre franciscain.

fE pèlerinage slave, dont nous avons parlé ci-dessus, ; avait à peine quitté Rome qu'un fait inouï venait remplir de stupeur le monde catholique tout entier, '. et exciter un vif émoi dans les sphères diplomatiques > elles-mêmes, non moins que parmi les honnêtes gens de tous les partis. I! avait été décidé, avec le consentement des autorités civiles, que pendant la nuit du 13 juillet 1881, les restes de Pie IX, déposés provisoirement à Saint-Pierre, seraient transportés dans la plus grand secret à la basilique de St-Laurent hors les murs, qui avait été choisie par le pontife défunt comme lieu de sa sépulture. Le gouvernement s'était opposé à ce que ta translation se flt avec solennité, donnant ainsi une nouvelle preuve de la liberté et de la sécurité dont est entourée la Papauté dans la Rome italienne. Malgré les précautions prises, le secret avait pénétré dans le p^blic, si bien qu'à minuit une foule immense stationnait sur la place Saint-Pierre, désireuse de rendre un suprême hommage au grand Pie IX. Un modeste corbillard et trois voitures composaient tout le cortège, mais îl était suivi et entouré par un peuple entier.

Sur son passage, les façades des maisons s'illuminaient spontanément et, du haut des fenêtres ouvertes, l'on jetait des fleurs. Cent mille personnes, au dire des adversaires eux-mêmes, faisaient

3Se LE PAPE LÉON XIII.

une escorte d'honneur aux restes de Pie-le-Grand, tandis que de nombreux cierges éclairaient ta scène. C'était un triomphe posthume pour le Pontife mort victime de la Révolution, et abreuvé par elle de toutes les douleurs et de toutes les ignominies. Un pareil spec- Çfc ^

tacle excita la rage de la secte, et bientôt une troupe de forcenés assaillit le cortège de ses insultes, de ses cris et de ses violences, menaçant de jeter le corps de Pie IX au Tibre ou à l'égoût. La

CëtAPITRB QUINZIÈME.

police parut d'abord vouloir empêcher le désordre, elle cessa d'y opposer une résistance efficace, et la loi qui sépare Saint-Pierre de Saint-Laurent fut parcoun tège au milieu des imprécations, des blasphèmes et quelques centaines de misérables. La contenance des c admirable. Ils se bornèrent à s'efforcer de marcher < sans riposter a.ux violences, quoique beaucoup d'er été blessés.

Le gouvernement italien chercha naturellement à re de ces excès sur les provocations des catholiques. Ui fâme donna, dans des termes abominables, aux scènes 15 juillet une approbation plus indigne encore que ce mêmes. Mais ces faits odieux ne devaient pas tournei moral de l'Italie et de son gouvernement. Ils montn aspect saisissant les difficultés de la situation du Pap de tels excès étaient possibles contre les restes inanim tife, quel aurait été le sort d'un Pape vivant s'il avait de sa prison volontaire du Vatican ? Aussi les prott Léon XIII fit adresser aux puissances par son secret: qu'il renouvela hautement dans l'allocution du 4 ao( elles matière à réfléchir à tous ceux que n'aveuglai sectaire. Dans cette allocution, le Pape se déclarait ob la mémoire de son prédécesseur et la majesté du pont plorer « l'horrible forfait » qui venait de se commettre, la faute à ceux qui n'ont défendu ni la religion, ni 1 citoyens contre la fureur des impies. «Que le monc s'écriait le Pontife, voie par laquelle sécurité Nous es la ville éternelle !... On comprend de mieux en mieux ( pouvons actuellement résider à Rome que captif au ^ milieu de ces douleurs et de ces craintes, le Pape a ci consolation, c'est « l'amour et la religion des Romains, d'embûches et sollicités de toutes manières, persévère

lans l'obéissance à l'Église et la fidélité au Pontife avec un rare lourage, et ne perdent aucune occasion de montrer jusqu'à quel )oint ces vertus sont enracinées dans leurs âmes. » En même temps irrivaient au Vatican, de tous les points du monde, les protestations ndignées des évêques et des fidèles contre l'attentat du 13 juillet, et :ontre la situation faite au Pape dans sa ville de Rome. Ainsi les ureurs insensées de la secte ne servirent qu'à éclairer d'un jour iinistre la condition où elle a réduit le chef de la catholicité.

La grande majorité du peuple italien fut révoltée d'un incident iont la honte rejaillissait sur ritalie entière. Une protestation qu'onît circuler dans le pays se couvrit de millions de signatures, et le [6 octobre, ao.oc» pèlerins vinrent offrir au Pape l'hommage respectueux des populations de l'Italie pour celui qu'on a appelé U Premier des Italiens. Conduits par le cardinal Agostîni, patriarche ie Venise, ils furent reçus par Léon XIII dans la basilique de Saint-Pierre, dont l'accès leur avait été réservé. Le Pontife prodigua lux I taliens les plus pressantes exhortations à ta concorde et à la hdéité au Saint-Siège. € Que personne de vous, leur dit-il, ne cède à la brce des événements et des temps, en s'habituant par une coupable ndifférence à un état de choses que ni Nous même, ni aucun de Nos successeurs ne pourrons jamais accepter. >

Léon XIII renouvela ses protestations devant le collège des cariinaux aux fêtes de Noël. II y déclara que la situation devenait < de jour en jour plus intoIérable>,et le bruit courut alors que le Saint- Père ïongeait à abandonner Rome.

Nous ne devons pas oublier de mentionner ici la consigne donnée par le Pape aux Italiens, dans une audience accordée à la fédération ies sociétés catholiques romaines, le 24 avril i88r. Il leur recomnanda d'exercer leur activité politique dans les élections communaeset provinciales, seul champ «qui, pour des raisons d'ordre très Hevé, soit présentement ouvert aux catholiques d'Italie >. Cet avis

Page 1