‹ Le pape Léon XIIIChapitre 163 sur 248 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

n*était pas inopportun. Il y avait toujours parmi les catholiques un groupe peu docile, qui eût voulu pousser à des compromis condamnables. Une brochure de Tex -jésuite Curci, La nuava Italiaeivecchi zelantiy qui parut vers cette époque, fut comme l'expression du dépit de cette fraction en présence de l'attitude résolue de Léon XIII. D'aucuns prétendirent que cet opuscule avait reçu du Pape un imprimatur officieux, bruits invraisemblables, promptement démentis par un décret du Saint-Office condamnant le libelle en question. L'auteur se soumit une première fois, mais en 1884 il publia un nouveau pamphlet, // Vaiicano régie, plus injurieux encore pour le Saint-Siège, et qui fut condamné par l'Index. Léon XI II, dans une lettre aussi touchante que ferme adressée à l'archevêque de Florence, exposa cie qu'il avait fait pour ramener le malheureux Curci, et blâma énergiquement sa conduite, tout en se déclarant prêt à lui pardonner encore, s'il voulait reconnaître ses torts. Le religieux rebelle se décida à solliciter son pardon, mais ces écarts successifs, suivis de soumissions à point nommé, n'étaient pas sans inspirer des doutes sur sa sincérité. Quoi qu'il en soit, le P. Curci devait donner avant sa mort, qui arriva en 1891, les signes les plus manifestes de repentir; et il fut admis à renouveler sa profession dans la Compagnie de Jésus. Les fautes de ses dernières années ne peuvent faire oublier les services qu'il rendit à l'Église comme prédicateur et comme fondateur de la Civiltà Cattolica.

La situation de plus en plus lamentable de l'Italie au point de vue religieux inspira à Léon XlII.dans les commencements de l'année 1882, son encyclique Etsinos du 15 février. Après avoir dépeint en termes saisissants les efforts faits pour déchristianiser l'Italie, par la suppression des ordres religieux, la confiscation des biens ecclésiastiques, la sécularisation du mariage et de l'instruction; par les ruines religieuses accumulées à Rome et les offenses dont la Papauté y est l'objet, Léon XIII rappelle que l'Italie doit aux Papes d'avoir été défendue contre les barbares et contre les Turcs; c'est à eux qu'elle

doit Tefflorescence des beaux-arts dans son sein ; c'est à eux qu elle doit la paix dans Tunité de foi. Cette puissance civilisatrice et pacificatrice, r Église et le Pape ne Vont pas perdue : elle est un effet nécessaire des doctrines catholiques. Ceux au contraire qui, en se déclarant les défenseurs eiithousiastes de leur patrie, y répandent des doctrines perverses, entraînent l'Italie à sa perte. L'histoire, et une histoire récente, montre à quels excès conduisent c es doctrines. L'Italie ne Tapas encore expérimenté autant que d'autres nations, parce que la foi y a profondément pénétré les masses populaires, mais malheur à elle si elle se laisse séduire ! Plus ingrate que d'autres peuples, elle subira des châtiments plus terribles. Que l'Italie reconnaisse donc que son conflit avec le Pape est pernicieux pour elle! Le Pontife expose ensuite les remèdes à la situation désolante qu'il vient de décrire. Il faut avant tout montrer aux peuples les bienfaits de la Foi et démasquer la fausseté de ses adversaires. Il faut sortir de cette langueur qu'on a pu reprocher à certains catholiques d'Italie.peu habitués jusque-là aux luttes des temps modernes. Il faut fonder des sociétés catholiques pour la jeunesse, pour les ouvriers, pour le soutien des pauvres. Il faut établir des écoles, défendre la liberté du Pontife romain, soutenir la bohne presse et combattre la mauvaise en avertissant sévèrement le peuple qu'il doit faire un choix prudent dans ses lectures. Quant aux bons écrivains, qu'ils agissent avec accord et d'après un plan bien déterminé, qu'ils ne négligent aucune source d'informations utiles, qu'ils parlent un langage calme et facile à comprendre ; enfin que les catholiques riches soutiennent de leurs deniers la bonne presse et que nul ne redoute la lutte. «Car l'Église n'a pas enfanté et élevé des fils pour qu'au moment où le besoin s'en fait sentir, elle n'ait aucune aide à attendre d'eux, mais bien pour que chacun d'entre eux fasse passer le salut des âmes et le bien de la religion avant son repos et son utilité privée.» Léon XIII insiste sur un des plus grands gages de succès dans la lutte pour l'Église : la bonne éducation du clergé.

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