CHAPITRE PRKMIKR
instruction. Joseph, esprit vif, caractère remuant, apprenait comme en se jouant. Joachim, plus réfléchi, plus appliqué, se distinguait par son assiduité au travail. Tous deux faisaient concevoir les plus belles espérances. Mais comment, dans le bourg de Carpineto, cultiver ce terrain si bien préparé ? Il fallut se décider à se séparer des chers enfants pour les confier à quelque tollège.
La Compagnie de Jésus venait d'être rétablie par le pape Pie VII, qui cherchait à faire revivre dans TÉtat pontifical les collèges jadis tenus par elle. Il voulait notamment rouvrir celui de Ferentino, et le colonel Pecci, qui appréciait hautement la Compagnie, se réjouissait de pouvoir bientôt envoyer ses fils au nouveau collège, peu distant de Carpineto. Cependant les choses traînaient en longueur, le collège ne s'ouvrait pas et les enfants grandissaient. Alors, sur le conseil du P. Nicolini, jésuite résidant à Ferentino, les parents de Joseph et de Vincent (pour employer le nom qu on donnait alors à Joachim), se décidèrent à mettre ces derniers au collège de Viterbe. La présence en cette ville d'un ami de la famille, Mgr Carminé Lolli, qui y occupait les hautes fonctions de délégat apostolique, c'est-à-dire de gouverneur de province, ne fut pas sans influence sur leur détermination.
Ils conduisirent eux-mêmes les petits garçons à Rome, pendant l'automne de 1817, et les y confièrent à leur oncle Antoine Pecci jusqu'au moment où ils pourraient entrer à Viterbe. C'est alors sans doute que le futur pape vit, pour la première fois, cette Rome qui, bien des années après, devait être le siège de sa gloire et aussi son calvaire ! Mais ses destinées étaient encore plongées dans les /
ténèbres de l'avenir, et ce fut avec l'avide curiosité des cœurs /
simples et neufs, que le petit montagnard de sept ans contempla de ses grands yeux pensifs, habitués jusque-là à la seule vue de la nature, les monuments de la Ville éternelle. Le séjour de Joseph et de Vincent à Rome se prolongea pendant environ un an. Enfin, à l'automne de 18 18, sonna l'heure de quitter la grande ville pour
entrer, non plus dans la solitude de Carpineto, mais dans la retraite studieuse du collège des Jésuites à Viterbe.
Les maîtres que les jeunes Pecci trouvèrent dans cette maison
n'étaient pas les premiers venus. Plusieurs d'entre eux rentraient à peine de Russie, oîi la Compagnie de Jésus avait continué à subsister sous l'égide de l'aigle moscovite. Les Jésuites, protégés par le