CHAPITRE PREMIKR
gouvernement impérial à cause de leur savoir, n'avaient eu garde de donner un démenti à la bonne opinion qu on avait deux. Ils s'étaient plus que jamais appliqués à Tétude et à la culture des sciences humaines, et maintenant ils revenaient en Italie et ailleurs, mûris par le travail, par les voyages, par Texpérience, et prêts à répandre sur les jeunes générations confiées à leurs soins les trésors amassés pendant les années de Texil.
A Técole de tels maîtres, les deux frères firent de rapides progrès dans les lettres et la piété. Vincent charmait tout le monde par son innocence et sa grâce naïve. Le P. Ubaldini, recteur du collège, écrivait en ces termes à leur mère le 20 avril 1820 : € Vincent est toujours très sage et il me comble de consolation : je le tiens réellement pour un petit ange. » Cet enfant de dix ans était réellement un ange par sa piété souriante et vraie ; il l'était aussi par l'air de son visage et tout son extérieur. On ne possède malheureusement pas le portrait de Léon XIII enfant, mais les traditions de la famille nous le représentent le teint délicat et vermeil,le regard doux, gardant d'ordinaire cette attitude recueillie que l'iconographie chrétienne attribue aux Louis de Gonzague et aux Berchmans. Vincent Pecci avait du reste pour Jean Berchmans, qui à cette époque n'avait encore que le titre de vénérable, une dévotion particulière, inspirée à son jeune cœur par les paroles d'un de ses maîtres de Viterbe. Cette dévotion, qu'il conserva pendant toute sa vie, ne fut pas sans contribuer à la canonisation du jeune scolastique flamand par le pape Léon XIII. — Le maintien modeste du petit Vincent n'avait pas échappé à ses condisciples, qui lui trouvaient une certaine ressemblance avec une image de la Madone fort vénérée dans les collèges de la Compagnie et appelée Mater Pietatis, On dit même que ces jeunes étourdis ne se faisaient pas faute de lui en donner parfois le surnom.
Il ne faut pas s'étonner si la voix de Dieu ne tarda point à se faire entendre au cœur de Vincent. Joseph, aussi pieux que son
rère, se sentait également attiré au service des autels. C'est pourquoi Mgr Carminé Lolli crut pouvoir proposer de leur conférer la toniure, selon l'usage italien, qui permet avec raison de donner celte îremière initiation ecclésiastique, d'ailleurs sans engagement défilitif, aux jeunes gens et aux enfants qui semblent avoir la vocaion sacerdotale. Cette proposition ne fut pas sans surprendre un jeu les deux enfants au premier abord. Le petit Vincent l'avoue i sa mère, dans une lettre du 25 avril 1821 : « Hier Mgr le délégat lous a eus à dîner avec le P. Ubaldini et son compagnon. Après e dîner, il nous a dît que son sentiment était que nous prissions la onsure cléricale. Cela nous a un peu surpris, et nous n'avons pu lous décider pour l'affirmative. Néanmoins nous n'avons pas négligé de nous recommander au Seigneur et à la sainte Vierge afin J'être éclairés pour faire la volonté de Dieu. Nous espérons que /ous en userez de même de votre côté, et peut-être avec plus de juccès que nous ne pouvons le faire. » — Est-il possible de parler ivec une plus charmante simplicité ? Le cœur de Vincemino s'ouirrant à sa mère nous apparaît là, liinpide comme du cristal !... Les hésitations des deux frères ne durèrent pas, et les jeunes Pecci reçurent la tonsure dès le temps de leur séjour au collège de Viterbe.
Si Vincent et son frère progressaient dans la piété, ils se distinguaient aussi grandement dans leurs études. Vincent y apportait 'ardeur d'une âme généreuse, sensible à une noble émulation et léjà étonnamment ouverte à la culture du beau dans la littérature. Celui qui écrit ces lignes a connu un vieux Père jésuite, qui fut :ondisciple de Joachim Pecci dans une des classes qu'il fréquentait ï Viterbe. Les succès des deux jeunes gens se balançaient à peu près et ils tenaient tour à tour la tête de la classe. Lorsque son smule avait le dessus, Pecci en paraissait vivement impressionné et avait quelque difficulté à cacher la peine qu'il éprouvait de sa défaite. l Maintenant, ajoutait le vieux jésuite avec bonhomie, il n'y a plus de rivalité entre nous : c'est lui qui est toujours le premier I > Cette
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