‹ Le pape Léon XIIIChapitre 171 sur 248 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

Bâle dont Mgr Lâchât avait été expulsé par le kulturkampf suisse. Il fallait aussi trouver une solution aux difficultés très compliquées du Tessin. Le délégué apostolique mena les pourparlers avec tant d'adresse et de prudence, qu'un accord put être conclu le i«^ septembre entre le gouvernement fédéral et le Saint-Siège. Mgr Lâchât renonçait, pour le bien de la paix, à son siège épiscopal de Bâle, où il était remplacé par Mgr Fiala. Il était lui-même nommé administrateur apostolique du Tessin, avec le titre d archevêque de Damîette. C'est ainsi que fut rétablie la paix religieuse dans une grande partie de la Suisse. Ajoutons qu'en 1888 une convention, élaborée par le même Mgr Ferrata, a réglé d'une façon plus complète la question * épiscopale du Tessin. Ce canton, érigé en diocèse et uni au diocèse de Bâle, est confié à un administrateur apostolique. Cette solution parait n'être qu'un acheminement vers l'entière indépendance du nouvel évêché, dont le siège est fixé à Lugano. Si l'on tient compte de l'obstination des autorités helvétiques à refuser pendant des années l'autonomie religieuse au Tessin, le résultat obtenu par l'envoyé pontifical doit être considéré comme un succès diplomatique de premier ordre.

Au milieu des sollicitudes diverses dont nous avons tracé jusqu'ici le rapide tableau, six années s'étaient écoulées déjà. Dans tous les pays et sur tous les terrains, Léon XIII avait cherché à relever l'Église et à lui rendre son influence salutaire, mais, partout et toujours, il s'était heurté à une influence occulte dont il était parvenu parfois à vaincre la puissance, sans jamais pouvoir la désarmer ni en triompher complètement. Le Pontife crut le moment venu de dénoncer ouvertement à l'univers cette irréconciliable ennemie de tout bien social, la Franc-Maçonnerie.

Le 20avril 1884,11 la démasqua dans l'encyclique Hunianumgenus, véritable acte d'accusatîon,qui résume et condense les motifs des condamnations portées par l'Église contre cette pernicieuse association.

L'encyclique expose la constitution intime de la maçonnerie et des sectes analogues, leur propagation, leur but, la justice de la réprobation qu'elles inspirent à l'Église, et les moyens de combattre leur influence. La maçonnerie est comme le centre de toutes les sectes clandestines,dont le caractère propre est le secret. Le but réel de ces sociétés, les noms de leurs chefs suprêmes, les résolutions prises et les moyens de les exécuter, sont cachés non seulement aux profanes, mais à bien des affiliés inférieurs. De là les grades de leur hiérarchie, la sévérité de leur discipline, le serment exigé des adeptes et la fidélité à ce serment, même sous peine de mort. Toutes ces choses indiquent déjà combien est pernicieuse la franc-maçonnerie. Et en effet les fruits qu elle produit sont détestables. Reposant sur le naturalisme, elle tend à la destruction de T Église et de la société. Léon XIII déclare cependant qu*il n entend pas accuser chaque maçon en particulier, ni même absolument toutes les sociétés secrètes, de tous les crimes qu'il reproche à ces sociétés en général. Parmi les adeptes, il s'en trouve beaucoup qui ignorent le vrai but des sectes. Parmi ces dernières elles-mêmes, il en est peut-être qui n'approuvent pas certaines conséquences extrêmes de leurs principes, et d'autres qui n'osent les appliquer. Quoi qu'il en soit, il faut juger ces sociétés plutôt d'après l'ensemble de leurs principes que d'après les faits particuliers. Or quelle est l'essence du naturalisme, sinon l'indépendance et la souveraineté de la raison et de la nature humaine ? Le naturalisme n'admet aucune révélation, et par conséquent nie l'Église, organe et gardienne des célestes doctrines. Mais que fait la maçonnerie ? Elle traduit en actes les principes du naturalisme. Elle cherche à détruire l'action de l'Église dans la société. Elle veut la séparation absolue de l'Église et de l'État, et la constitution de celui-ci en dehors de toute influence chrétienne. Elle opprime l'Église dans sa liberté, dans ses biens, dans ses ministres. Elle l'attaque par la parole, parla presse,par l'enseignement. Elle assaille avec fureur le pontiflcat romain, son pouvoir civil, sa

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