CHAPITRE SEIZIÈME
nécessaire que les évêques soient aidés par un clergé pieux et instruit, mais aussi par des laïcs animés de lamour de la religion et de la patrie. En faisant connaître et aimer TÉglîse on éloignera les fidèles des sociétés clandestines. Le Pape recommande encore le tiersordre de St- François, ce modèle d'une liberté, d'une égalité, d'une fraternité saintes, comme un excellent instrument pour combattre les sectes. Il fait aussi un grand éloge des corporations ouvrières, qui en protégeant les mœurs et les intérêts des ouvriers, sous l'égide de la religion, sont de nature à arracher cette classe intéressante aux séductions des sectes. Léon XIII se réjouit de voir ces corporations se rétablir en divers lieux, en même temps que des sociétés de patrons s'occupent de l'instruction religieuse des ouvriers et de leurs familles. Il loue aussi l'action de la Société de St- Vincent de Paul. Il recommande de donner une grande attention à l'éducation de l'enfance et de la jeunesse, et suggère à ceux qui s'en occupent de faire prendre aux enfants l'engagement de n'entrer dans aucune société à l'insu de leurs parents ou sans le consentement de leur curé ou de leur confesseur. Finalement le Pontife invite tous les fidèles à prier instamment et à demeurer unis pour lutter contre le terrible ennemi qu'ils ont à combattre.
Bientôt après la publication de l'encyclique Humanum genus^ une instruction du Saint-Office vint préciser davantage les moyens à employer pour lutter contre la maçonnerie, et déclarer au nom du SdAïït'Vhr^c\u^\dL réservation de la censure portée contre les francsmaçons et l'obligation de dénoncer leurs chefs occultes demeurait suspendue pendant un an. Léon XIII voulait ainsi faciliter le retour des sectaires qui se seraient sentis touchés de la grâce à la suite des graves avertissements du Vicaire de Jésus-Christ.
Des fléaux publics, marques éclatantes de la colère divine, venaient confirmer ces avertissements solennels adressés à un siècle coupable. Au mois d'août, une terrible épidémie cholérique éclata en Italie.
Elle sévit surtout avec une épouvantable intensité à Naples. II y eut des jours où Ton compta 2,000 morts. Les autorités cherchèrent à dissimuler Tétat réel des choses, mais ne purent empêcher la panique. En quelques jours, 25,000 personnes quittèrent Naples pour Rome. Cest assez dire combien il y avait lieu de craindre Tinvasion du fléau dans cette dernière ville. Le Saint-Père, pour parer à cette éventualité et se réserver la faculté de consoler les malades par sa présence, sans devoir abandonner le Vatican comme il s'en était fait une loi, ordonna au secrétaire d'État la construction rapide d'un lazaret à proximité du Vatican, et mit à cet effet un million à sa disposition. Les médecins Ceccarelli et Valentini furent chargés de diriger au point de vue médical l'exécution de ce projet, et en peu de temps le lazaret de Ste-Marthe, capable de recevoir 400 cholériques, fut organisé avec les derniers perfectionnements de la science moderne. Les craintes conçues ne se réalisèrent pas, et quelques cas isolés de choléra furent à peine signalés à Rome. Le Cardinal Vicaire ayant voulu visiter ces malades conformément au droit imprescriptible de lautorité religieuse, on lui refusa l'entrée de l'hôpital sous prétexte de circonscrire la contagion. Vexation mesquine contre laquelle protesta énergiquement le Vicaire de Sa Sainteté.
L'épidémie qui ravageait l'Italie fournit au Pape l'occasion de recommander particulièrement aux Italiens la récitation du chapelet, par son encyclique Superiore anno, du 8 août. Il s'y félicitait de la ferveur avec laquelle ses intentions à cet égard avaient été remplies l'année précédente dans le monde entier, et il prescrivait de nouveau la récitation quotidienne et universelle du chapelet pendant le mois d'octobre 1884. Cette encyclique préludait à celle du 20 octobre de l'année suivante (Inter plurimos) qui établit cette pratique d'une manière définitive pour tout le temps que dureront les présentes nécessités de l'Église et de la société.
Le 5 novembre 1884 s'ouvrît le concile national de Baltimore,
CHAPITRK SEIZlÈlf£.
dont la préparation avait été faite, sous les yeux Léon XIII, par les archevêques des États-Unis asseml et présidés par les cardinaux Simeoni et Franzelin.
Le concile de Baltimore réunît quatre-vingt-huit arcl évéques des États-Unis sans compter ceux du Canada q été iavités. Un millier de dignitaires ecclésiastiques y également. Ces solennelles assises,qui donnaient une h: la puissance du catholicisme dans la grande république eurent pour résultat de mettre les institutions ecclésiast pays en mesure de faire face aux nécessités d'un aver nonce plein de promesses. Organisation des écoles paro petits et grands séminaires, des secours spirituels à immigrants, aux nègres et aux Indiens, procédure ec finances, presse,sociétés recommandées, associations de rien n'échappa à la sollicitude des Pères de Baltimor pastorale collective qu'ils adressèrent aux fidèles des est comme la proclamation officielle de la sage c constitution du catholicisme dans l'Amérique du Non tient un magnifique hommage à Léon XIII, sous le rq ont été discutées les résolutions du concile après avoir é par sa sollicitude.
Faisons maintenant un pas en arrière et revenons incidents de l'année 1882 étroitement liés à l'histoi que nous rencontrerons en 1885.
L'Espagne, pays de foi par excellence, pourrait et que tout autre ressentir la bienfaisante influence du cal elle n'était minée par l'action des sectes et par ladivisi< liques.
Cette division, née de la question dynastique, atteint, d'ardentes convictions, un extrême degré d'acuité. C lité aux convictions politiques n'a en el]e*même rien
La Pipe LAin XIII.
rable, et le fait de reconnaître pour légitime héritier du trône soît le descendant d'Isabelle d après la loi castillane, soit le représentant du droit salique en Espagne, Don Carlos, n'est pas de ceux qui par eux-mêmes relèvent de la religion. Ces questions se règlent d'ordinaire par des arguments, et fréquemment hélas ! par des coups de fusil, sans que l'Église ait à en souffrir. Malheureusement tel n'est pas le cas pour l'Espagne moderne. Les carlistes et les alphonsistes y sont divisés par les souvenirs récents de luttes sanglantes et souvent héroïques. Le parti carliste, composé exclusivement de catholiques ardents, a toujours associé la religion à ses revendications politiques, et n'a cessé de viser au rétablissement des vrais principes religieux et sociaux, dont son chef. Don Carlos, est d'après eux le seul défenseur. Le parti opposé compte dans son sein beaucoup d'excellents catholiques, mais, plus répandu que le parti carliste, il comprend aussi des éléments plus mêlés. Le carlisme ne conserve sans tache son orthodoxie doctrinale que parce qu'il est restreint à un petit nombre de provinces.
Mais l'on peut dire que la masse de la nation, avec les éléments disparates qui la composent, est ralliée à la dynastie de Don Alphonse. De cet état de choses résulte pour les catholiques une réelle faiblesse. Pendant que les carlistes s'arrogent le monopole de rorthodoxie,les alphonsistes catholiques se proclament tout aussi orthodoxes et accusent leurs adversaires de confondre à tort la cause dq la religion et celle de leur dynastie. Les anciennes querelles personnelles enveniment ces dissentiments, et, malgré les efforts del'épiscopat, les catholiques n'obtiennent pas sur le terrain des faits concrets les succès auxquels ils pourraient prétendre ; par contre, la puissance des sectaires va sans cesse croissant.
Ces regrettables divisions éclatèrent au grand jour à l'occasion d'un pèlerinage à Rome, que cherchèrent à organiser, après la nuit du 13 juillet 1881, les publicistes carlistes Candido Nocedalet son fils Ramon, pour venger l'outrage fait aux cendres de Pie IX et