CHAPITRE PRKMIKR
ardeur d'émulation est souvent le signe d'une âme forte et apte aux grandes choses : elle est un effet de la magnanimité, qui est loin d'être opposée à l'humilité chrétienne.
Il est intéressant de retrouver dans Tenfance des grands hommes les premiers germes des qualités qui se développeront dans le cours de leur vie. A ce titre, on peut citer une épigramme latine, faite, à l'époque dont nous parlons, par le jeune Pecci en l'honneur du P. Vincent Pavani, provincial des Jésuites, qui était venu visiter le collège. On y reconnaît déjà la pure et classique latinité qu'on admire dans tout ce qui sort de la plume du pontife régnant :
Nomine Vincent! quo tu Pavane vocaris Parvulus atque infans Peccius ipse vocor ; Quas es virtutes magnas Pavane secutus Oh ! utinam possim Peccius ipse sequi.
Joachim avait douze ans lorsqu'il fit ces jolis vers.
Les progrès de Vincent et de Joseph, comblaient de joie leurs parents. Après une distribution de prix où il avait couronné les deux frères, Mgr Lolli écrivait à leur mère ces paroles bien justifiées depuis : « Ces deux enfants, si le Seigneur leur conserve la santé, feront honneur à eux-mêmes, à leur famille et à leur patrie. "^ Mais la comtesse Anne Pecci ne se contentait pas de ces témoignages. Elle voulait se rendre compte par elle-même de la conduite et des progrès de ses enfants. Dans ce but, malgré la distance et la difficulté des communications, elle se rendait fréquemment à Viterbe, d'où elle écrivait ses impressions à son mari. « Le P^ Recteur et le P. Giannolio m'ont parlé des garçons, lui mandet-elle un jour dans une lettre conservée à Carpineto. Vous ne pouvez vous figurer quels éloges ils ont fait de l'un et de l'autre. Mon cœur s'en réjouit tant qu'il m'est impossible de le dire. »
Pendant son séjour à Viterbe, Vincent fut atteint d'une inflammation d'entrailles qui le mit à deux doigts de la mort et dont sa constitution se resse^itit toujours. Un autre coup, plus douloureux
encore, le frappa en l'année 1824. Il fut rapgeléde Viteri>e à Rome DÙ se trouvait sa mère, qui y était venue consulter les médecins pour une grave maladie dont elle souffrait. Prévoyant sa fin prochaine, elle manda auprès d'elle ses fils Joachim et Joseph, et ils surent la douleur, mais en même temps la consolation, de fermer les ftiix à celle qui leur avait donné le jour et qui leur laissait l'exemple d'une sainte vie et d'une mort édifiante.
La pieuse dame voulut être enterrée revêtue de l'habit et ceinte iu cordon du tiers-ordre de Saint- François. Très dévote au patriarche d'Assise, elle en avait inspiré l'amour à ses enfants, et le souvenir d'une mère aussi tendrement aimée n'a sans doute pas été étranger aux témoignages répétés de bienveillance que Léon XIII devait prodiguer au tiers-ordre franciscain.
A la suite de ce triste événement, Joseph entra dans la Compagnie de Jésus, et Joachim continua ses études à Rome dans ce célèbre Collège- Romain qui venait de rouvrir ses portes sous la direction des Jésuites, et où se pressaient déjà quatorze cents élèves avides de s'avancer dans les études littéraires, philosophiques et théologiques. Joachim y entra en rhétorique, et remporta les premiers prix de style et de vers latins ainsi que le prix de grec. Il ne brilla pas moins pendant son cours de philosophie, qu'il continua trois ans selon l'usage du Collège Romain, sous la direction du P. Ferrarini, philosophe éminent, et de l'illustre P. Pianciani, le premier écrivain catholique qui ait essayé d'établir un parallélisme entre l'œuvre des six jours telle que la décrit la Genèse et les récentes découvertes de la géologie. Nommons aussi parmi ses maîtres le P. André Carafa. Pecci obtint en 1828 le i" prix de physique et chimie, ' ainsi que le i^ accessit en physique mathématique. On voit que le jeune étudiant avait les plus belles aptitudes pour les éludes les plus diverses. — A la fin de sa philosophie, Joachim fut désigné
I. On conserve à Carpineto une dissertation sur la combuslion composée par Joachim Pecci.