CHAPITRE DIX-HUITIÈME
tentés de chercher à se mettre dans les bonnes grâces des maires, des gens de police, des gendarmes, afin d'obtenir la faveur des hauts fonctionnaires; et ainsi Ton verrait arriver aux charges de T Église des hommes sans dignité,serviles instruments des volontés de TÉtat.Dans un pays où catholiques et protestants vivent côte à côte, ces derniers font parfois valoir des prétentions auxquelles le clergé catholique est obligé de résister. Il se trouve ainsi exposé à encourir la disgrâce des puissants, et pourrait par suite être tenté de tolérer bien des choses plus ou moins incompatibles avec son devoir. Cette situation n'est pas sans danger pour les caractères faibles, et le gouvernement, en vertu de \ anzeigepflicht, s'efforcera d'écarter des positions ecclésiastiques les caractères énergiques.
Tel est le résumé des objections faites par ces catholiques à la concession proposée par Rome.
D'autres, au contraire, croyaient qu'il était grandement temps de combler les vides que le kulturkampf avait faits dans les rangs du clergé, vides qui augmentaient de jour en jour. L'éducation des ecclésiastiques étant rendue à l'Église, les membres du clergé futur — à l'exemple de ceux qui avaient montré tant de constance pendant la lutte -p— seraient assez forts pour ne jamais oublier leur devoir.
Le Saint-Siège, pénétré de la responsabilité qui lui incombait, et en possession de tous les moyens naturels et surnaturels de prendre la décision qu'exigeaient les intérêts de l'Église, ne crut pas devoir s'arrêter aux considérations qui semblaient s'opposer à Tadmissioii de \ anzeigepflichL C'était d'ailleurs la seule concession dont le gouvernement prussien fît état, et, en la refusant, il se fût exposé à paraître ne tenir aucun compte des avances faites par la Prusse. De plus une intransigeance absolue n'eût-elle pas provoqué un de ces terribles soubresauts familiers à la politique de Bismarck, et replongé pour longtemps l'Église de Prusse dans des difficultés inextricables ? Il fallait faciliter quelque peu au chancelier de fer ce voyage à Canossa, qu'il s'était enfin décidé à entreprendre.
Dans une audience accordée à quatre députés du Centre le 2 1 avril 1886 ■ le Saint- Père exprimait ainsi les considérations qui l'avaient guidé au cours des négociations :
< Ayez confiance dans l'action du Saint-Siège... J'ai suivi avec attention le cours des événements dans votre patrie et j'ai fait pour elle tout ce qui était en moi. Mais tout ne peut se faire en un moment. L'amélioration lente et progressive est dans la nature des choses humaines, spécialement dans votre patrie, où n'existe pas l'unité de foi et oti il faut nécessairement traiter avec le protestantisme, qui est dans son essence adversaire du catholicisme, y
L'esprit du Saint-Siège dans les négociations avec la Prusse était donc à la fois condescendant et ferme, et c'était dans cet esprit qu'il envisageait la révision proposée des lois de Mai.
Au reste Mgr Kopp, qui faisait partie de la commission à laquelle était déféré le projet, cherchait, d'accord avec Rome, à améliorer les dispositions de la loi en question. 1 1 avait proposé trots amendements : la suppression d'une clause stipulant que les directeurs et les maîtres des établissements ecclésiastiques seraient des personnes agréables au gouvernement ; la suppression des articles concernant l'appel à l'État des peines de discipline ecclésiastiques entraînant la perte ou la diminution du traitement ; enfin, la radiation des mots : ^encas de nécessité », dans l'article accordant la liberté d'administrer les derniers sacrements. Ce projet ayant été communiqué au Saint- Père, Sa Sainteté déclara que si les amendements proposés par Mgr Kopp, et qui avaient été rejetés par la commission de la Chambre des seigneurs, étaient définitivement acceptés, Elle permettrait aux évêques de communiquer au gouvernement les noms des prêtres appelés aux cures vacantes ; que de plus, si de nouvelles modifications légales rétablissaient la paix religieuse, les noms des curés et desservants de toutes les autres paroisses pourraient être notifiés. Enfin < le Saint-Siège entend laisser le champ libre au