CHAPITRE PREUIER
pour défendre publiquement, en l'églîse de Saint-Ignace, environ deux cents thèses sur toute la philosophie. Une sérieuse indisposi-
tion l'empêcha de soutenir cette dispute. Mais le choix fait de sa personne montre en quelle estime le tenaient ses maîtres. Un certificat
du P. Manera, préfet des études, témoigne de lempêchement survenu et du mérite de l'étudiant : « Cum vero id perficereab infirma valetudine fiierit prohibitus, rem ipsam hisce nostris litteris testatam volumus atque optimae spei adolescentem promerita laude et elogio prosequimur. >
Pour résumer ce que nous venons de dire sur cette période de la jeunesse de Léon XIII, citons ces lignes publiées dans la Civiltà Cattolica par un de ses anciens condisciples: « Ayant été en relation avec Joachîm Pecci dans les humanités, je puis attester que, dès le temps où il fut à Viterbe, il se fit admirer pour sa vive intelligence, et plus encore pour son excellente conduite. Pendant ses études à Rome, il ne connut ni compagnies, ni divertissements,ni jeux.Sa table de travail était tout son monde; approfondir les sciences, son paradis. Dès Tâge de douze ou treize ans, il écrivait en prose et en vers latins avec une facilité et une élégance admirables pour son âge. »
Tandis que le jeune Pecci étudiait la philosophie à Rome, une circonstance fortuite le mit un jour en rapport avec le pape Léon XII. Cétait Tannée du Jubilé; Joachim avait fait la visite de la basilique de Saint-Pierre avec ses condisciples à Tefiet de gagner les indulgences ; après quoi toute cette jeunesse fut admise dans une des cours du Vatican, pour recevoir la bénédiction du Saint- Père, qui la leur donna du haut d'une loggia du palais. Une députatîon d'étudiants fut alors invitée à se présenter à Léon XII. Pecci en faisait partie et il dut sans doute à son talent, universellement reconnu, de porter la parole au nom de ses compagnons. Certes le vieux pontife ne se doutait guère que l'adolescent qui parlait devant lui, monterait un jour sur le siège de saint Pierre sous ce même nom de Léon! C'est peut-être de cet instant que date la vénération particulière et l'attachement que Joachim Pecci garda toujours pour la personne et la mémoire de Léon XII et qui lui fit, dit-on, choisir le nom de Léon, préférablement à tout autre.