CHAPITRE VINGTIÈME
Par un bref du 20 juin 18S6, Léon XIII déclara patro hôpitaux saint Jean de Dieu et saint Camille de Lellis, et décret du 13 juillet, il réintégra la Compagnie de Jésus dai les privilèges qu'elle avait obtenus des Souverains Pontifes son origine. < Que les présentes lettres, disait-il, soient un gnage de l'amour dont Nous avons toujours entouré et don entourons l'illustre Société de Jésus, si dévouée à Nos prédéc et à Nous-même, féconde en sainteté et en science, nou d'hommes de mérite, champion de la solide et saine doctrine malgré de graves persécutions souffertes pour la justice, n'a cessé de travailler avec ardeur et courage à la vigne du Sei( Ce juste hommage rendu par le Vicaire de Jésus-Christ a rites de la Compagnie de Jésus, suscita des frémissements c dans la presse libérale italienne.
Au reste la fureur satanique de la révolution se donna col que jamais pendant l'année 1886. Les congrès anti-cléric multiplièrent, et les outrages au pontificat redoublèrent au p( rendre nécessaire l'envoi d'une note du Saint-Siège à tous le vernements étrangers.
Ces outrages et les violences ne partaient pas seulement d fonds de la presse. Un ministre, M. Grimaldi, au milieu d'un< monie publique, dénonçait le Vatican, comme « l'ennemi de 1' et engageait tous les libéraux à s'unir pour combattre cet adv commun. Le 20 septembre, anniversaire de la prise de Humbert I*'', roi d'Italie, mêlait sa note au concert qui s'élc tous les points du pays, en qualifiant Rome de conquête infi dans un télégramme adressé aux autorités romaines. Ce mo fortune dans les milieux libéraux, et on le répète encore aujoi sur tous les tons et à tout propos.
A ce débordement d'enthousiasme antipapal, Léon XIII dait, dans son discours aux organisateurs du centenai
Grégoire VII : «Oh! si les Italiens savaient séparer Tamour de leur pays et le désir de sa prospérité des projets ténébreux des sectes, et si, s'înspirant de leur véritable bien et de leur suprême intérêt, ils considéraient comme un devoir et un honneur de soutenir la cause du pontife et de défendre l'indépendance et la liberté du siège apostolique ! > On croit entendre dans ces paroles un écho de l'exclamation du divin Maître devant Jérusalem : Stsciresettu... quae ad paceni sunt tibi !
Le 23 mai 1887, dans une allocution consistoriale, le Pape adressa une nouvelle et pressante invitation aux Italiens : € Nous désirons vivement, et depuis longtemps, dit-il, que la sécurité et la tranquillité soient rendues aux Italiens, et quil soit mis fin au funeste désaccord qui les sépare d'avec le Pontificat romain : mais il faut que la justice et la dignité du siège apostolique, blessées par une conjuration qui est l'œuvre des sectes plutôt que celle du peuple, demeurent sauves. Il faut donc, pour que l'accord se fasse, trouver un état- de choses tel que le Pontife romain ne soit soumis à la puissance de personne, et qu'il jouisse selon le droit d'une véritable liberté. Ce résultat, loin d'être préjudiciable à la chose publique en Italie, contribuerait grandement à assurer son salut et sa prospérité. >
Ces paroles répondaient trop bien au sentiment général pour ne pas produire une grande impression. Tout le monde en efifet, sauf ceux qu'aveugle l'esprit sectaire, sent plus ou moins confusément que la mésintelligence avec le Pape est la mort de l'Italie. On se mit donc de tous côtés à la recherche d'une solution, mais en dehors , du terrain indiqué par le Pape lui-même. Cependant l'idée de reporter la capitale à Florence, pour préparer la voie à la restitution de Rome au Saint-Siège, se fit jour plus ou moins timidement dans la presse. Chose étrange, c'est parmi les anciens compagnons d'aventure de Garibaldi que se rencontrèrent, du côté non catholique, les partisans le§ plus convaincus de la réconciliation de l'Italie avec le Pape. Le général Turr, dans un opuscule publié à Paris,