‹ Le pape Léon XIIIChapitre 209 sur 248 · CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME

et de l'injuste, en leur donnant en même temps Tinsolent mépris de la misère d autrui. Le cœur enflé par l'orgueil ne veut plus reconnaître ni loi ni autorité. Ajoutez à cela les séductions du vice, les théâtres impies et licencieux, « les livres et les journaux composés pour tourner la vertu en ridicule et glorifier la honte, » les arts eux-mêmes servant d'excitation aux passions, et vous aurez le désolant tableau des misères du temps présent.

Quant à l'avenir, il inspire de justes craintes, parce que Ion dépose continuellement dans le sein de l'enfance la semence de maux nouveaux. L* Église est bannie des écoles primaires, et l'on ne dit rien des préceptes de la religion dans l'âge où il serait nécessaire par-dessus tout d'y former les âmes. Dans les écoles plus élevées, le péril est plus grand encore, à cause du vice plus grand de la doctrine qui semble tendre expressément à pénétrer la jeunesse de fausses opinions, i On enseigne que tout dans le monde est matière, que lorigine et la nature des hommes et des bêtes sont identiques. » Il en est qui doutent de l'existence de Dieu, ou se trompent sur sa nature. De cette corruption des opinions suit la destruction de l'essence même de la vertu, du droit, du devoir, des mœurs : et cela d'une façon presque irréparable, parce que le jugement est faussé et qu'il devient impossible de recourir à la lumière de la foi, principe et fondement de la justice.

Nous voyons en effet de nos yeux les suites de ces fausses doctrines, € le rationalisme, le matérialisme, l'athéisme ont engendré le socialisme, le communisme, le nihilisme, conséquences naturelles et presque nécessaires de ces principes ». On nie l'immortalité de l'âme : dès lors chacun doit chercher à être heureux ici-bas, et n'a plus de raison de subir volontairement le travail et la peine. Quelle loi aura la force d'arrêter le torrent des passions ? Toute autorité ne tombe-t-elle pas, quand on répudie celle d'un Dieu qui commande et qui défend ? Tout cela doit aboutir au plus affreux désordre.

Mais il y a des motifs de consolation et de joie, car Dieu a créé

les natîons guérissables. « Le remède consiste à changer de direction et à revenir, en particulier et en public, à Jésus-Christ. > Le Pape développe ce grave avertissement d'une manière plus grave encore. « Que les hommes comprennent donc combien il est contraire à la vie chrétienne de rechercher, comme on le fait, les voluptés de toute sorte, d'avoir horreur des efforts qu'exige la vertu, de ne se rien refuser de ce dont la douceur flatte les sens. Ceux gui appartiennent au Christ ont sacrifié leur chair avec ses vices et ses concupiscences (Galat., v, 24). Il s'ensuit que ceux qui n'unissent pas l'exercice de la souffrance au mépris des voluptés, n'appartiennent pas au Christ... Ce n'est pas un conseil, mais un devoir, et qui ne regarde pas seulement ceux qui désirent un genre de vie plus parfait, mais absolument tous, àt, porter la mortification de Jésus-Christ dans son corps "h (II Cor., iv, 10).

Notre siècle n'est plus habitué à entendre ces fortes vérités: il était opportun que Léon XIII les rappelât solennellement!... Le Pape continue à établir la nécessité de la mortification, en montrant que « les passions combattent la raison, troublent l'âme et la détournent de la vertu, avec une telle tyrannie que l'on ne peut fuir les vices ni accomplir ses devoirs sans une lutte quotidienne». Il y a dans cette lutte divers degrés de perfection, «mais nul n'est exempt du devoir de dompter ses passions, et ceux-là doivent le faire avec plus de soin, auxquels l'usage des choses terrestres donne de plus grandes excitations au mal, à moins que l'on ne soit assez insensé pour croire qu'il faut moins veiller, là où il y a plus de péril. » La récompense de cette lutte,c*est qu'outre les biens éternelSjl'homme reconquiert une grande partie de sa dignité originelle,et la plus précieuse des libertés, celle qui l'arrache aux pires des maîtres, aux passions. Au reste, que pourrait attendre la société d'un homme qui n'aurait pas cette disposition d'âme ? Sera-t-il prêt à bien mériter de la société, celui qui mesure à son égoïsme ce qu'il doit faire ou abandonner ? Nul ne peut être ni magnanime, ni bienfaisant, ni miséricordieux, ni conti-

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