‹ Le pape Léon XIIIChapitre 215 sur 248 · CHAPITRE VINGT-DKUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DKUXIÈME

Aussitôt après, l'empereur et sa suite montèrent < de la cour, qu'on avait fait venir expressément de Guillaume II, précédée de deux postillons, était tr; superbes chevaux bruns. La livrée aussi bien qi étaient de grand gala. Le roi d'Italie, faisant bonr vais jeu, avait fait former la haie par ses troupes Capranica jusqu'au Vatican.

Dans la cour de Saint-Damase, l'empereur et sa s par le prince Ruspoli, Maestro del Sacro Ospizio, tî ton de la garde palatine rendait les honneurs milit de l'escalier royal, attendait Mgr Macchi majord salle Clémentine, Mgr délia Volpe, maître de chs de tous les camérlers. L'empereur gagna la salle d passage par les gendarmes pontificaux, les gare gardes suisses et enfin les gardes nobles. Dans la i tenaient les chapelains secrets, et dans l'antichambr médiatement l'appartement privé du Saint-Père, M l'approche de l'empereur avertit Sa Sainteté.

Au moment même où Guillaume 1 1 parut à l'ei nière antichambre, Léon XI II se présenta sur le se tement et fit quelques pas à la rencontre de l'empet devant le Pontife et lui serra la main. Le souverain a peu troublé aiJrait, dit-on, laissé s'échapper le ca; de la main gauche. Le Saint- Père pria Guillaume c appartement privé, et l'invita à s'asseoir pendant < chambre avançait un siège ; après quoi ce dïgnit laissa face à face le Pontife et le potentat.

Étrange entrevue que celle de ces deux hom périal cuirassier, chef de la plus grande monarchii le Pape romain chef du royaume spirituel et unii sur la terre ! Certes le jeune empereur Guillaume, d'esprit et ses idées sur le rôle de l'autorité et de la

U Pape L€on XIW.

singulièrement ému en face de ce Pontife suprême, qui, selon l'expression emphatique mais grandiose de Victor Hugo, formait autrefois avec l'Empereur la vivante image de Dieu sur la terre :

Ces deux moitiés de Dieu : le Pape et TEmpereur !

Hélas ! elles étaient maintenant séparées par un abtme, mais Guillaume H dut avoir la vision fugitive de la puissance que, réunies, elles auraient eue !

Il n'eut pas le loisir de s'arrêter à ces réflexions, car un incident fâcheux interrompit brusquement l'audience. Voici, d'après un communiqué inséré dans la Civiltà Cattolicay la relation de cet incident.

« Le Saint- Père, après avoir échangé avec Sa Majesté Guillaume 1 1 les courtoisies d'usage, ouvrit l'entretien en exprimant le désir qu'il aurait eu de pouvoir la recevoir en de meilleures conditions et de la même façon que Grégoire XVI avait reçu Guillaume IV, roi de Prusse, et Pie IX, en 1853, le prince impérial Frédéric. En conséquence, il déplora la situation où il se trouvait réduit et qui est réellement déplorable. Il fit observer que la venue même de Sa Majesté avait donné lieu, dans la presse libérale, aux appréciations les plus injurieuses et les plus hostiles au Saint-Siège.

« Répondant à ces observations,rempereur exalta le grand prestige dont jouit actuellement la Papauté en Europe, et dit que le nom du Pontife est partout entouré de respect et de vénération. Quant aux appréciations de la presse, il ajouta qu'il ne fallait en faire aucun cas.

« Néanmoins, répondit le Pape, la position du Pontife à Rome est si douloureuse qu'il ne lui est pas même possible de rendre à l'empereur sa visite, s'il ne veut compromettre sa personne et sa dignité.

« Ici le ^Saint-Père se proposait d'exposer diverses considérations sur l'état général de l'Europe, les dangers dont la menacent l'audace croissante des partis anarchiques, et la nécessité absolue d'y opposer une digue. Mais à peine le Saint- Père avait-il entamé ce sujet, que l'entretien fut brusquement interrompu par l'entrée imprévue du prince Henri, frère de Tempereur. Ce pénible incident, dé-

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