CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
tourna naturellement la conversation et ne permit pas au Saïnl de continuer le sujet commencé. Néanmoins, avant que l'ent ne prit fin, Sa Sainteté voulut dire un mot des choses religieu l'Allemagne. Elle rappela les résultats satisfaisants obtenus i veur des catholiques sur la base d'accords mutuels, et insist^ qu'on achevât de faire droit à leurs demandes, en poursuivat qu'au bout l'œuvre de la pacification religieuse. Sa Majesté ac lit ces instances avec une grande bienveillance, montrant da réponse la noblesse de son âme ainsi que ses bonnes dispos envers ses sujets catholiques. :&
Tel est le récit authentique de cette mémorable entrevue. < à l'incident qui la troubla, il semble que la responsabilité doi remonter au comte Herbert de Bismarck. Fort sans doute d< torité et du prestige de son père, qu'il ne savait pas si proch leur déclin, il avait eu dans les antichambres du Vatican une at dédaigneuse et presque grossière, et avait insisté dans les f( les plus brusques pour que le prince Henri fût immédiatemei troduit auprès du Saint- Père.
D'après les arrangements concertés entre le Vatican et l'empi ce dernier eût dû, au sortir de l'audience pontificale, reprenc chemin de la légation prussienne, au lieu de se rendre directe au Quirinal. Guillaume II ne fut pas fidèle à cette partie du gramme. En chemin, il donna brusquement l'ordre au cochi gagner la résidence d'Humbert I'=^ Cette incorrection ajoutée terruption de l'audience par le prince Henri, fit la plus pénibli pression dans l'entourage du Pape. Le toast prononcé par l'emp au dîner de gala qui eut Heu le soir au Quirinal ne fut pas de n à atténuer cette impression. Guillaume s'y félicitait avec une cei affectation de l'accueil chaleureux qu'il avait reçu « dans la ca] de sa Majesté le Roi d'Italie ï>.
La presse européenne ne se fit pas faute de commenter l't vue que nous venons de raconter. Les journaux libéraux iti
prétendirent que le voyage de Guillaume 1 1 avait eu pour but de démentir la légende accréditée par le Vatican sur l'incompatibilité de la présence à Rome du Saint- Père et du roi d'Italie. La Riforma^ organe du premier ministre Crispi, se montra en cette circonstance d'une grossièreté qui trahissait le dépit éprouvé dans les sphères gouvernementales.
Les appréciations des journaux étrangers furent d'une nature bien différente. Le Times déclara « que la rencontre de l'empereur et du Pape était un grand événement historique. Le prince de Bismarck n'a pas été à Canossa, mais l'empereur a été au Vatican. II y a maintenant amitié là où il y avait défiance, et une réconciliation opportune a effacé toute trace de lutte. »
Un journal inspiré par le gouvernement prussien la Bcersen-Zeiiitng de Berlin, mit les points sur les i, d'une façon quelque peu cruelle pour l'Italie officielle: «L'empereur ne veut offenser personne. Beaucoup moins encore veut-il faire une démonstration en faveur de ceux qui, en 1870, sont entrés par force dans la capitale des Papes. Certes il ne lui appartient pas de se prononcer contre le statu quotïï Italie; mais il ne voudrait pas davantage faire l'apologie du 20 septembre. A Rome on fera bien de mieux calculer les paroles avant de les prononcer, si l'on ne veut pas s'exposer à des déceptions désagréables. La parole est d'argent, mais le silence est d'or. >
Le Journal des Débats fit ressortir en ces termes ce que l'étiquette observée avait de mortifiant pour le roi d'Italie* « Les formalités de la visite ont été réglées, dit-il, comme si le Pape était le seul souverain qu'il y eût à Rome, et comme si le roi d'Italie avait sa résidence à Florence ou à Turin. »
La Staien Correspondenz donna d'un mot la caractéristique de la visite impériale en déclarant « qu'elle ne consacre ni la politique intérieure, ni la politique ecclésiastique de l'Italie ».
Au total, la démarche de Guillaume II ne fut pas de nature à diminuer la bonne impression qu'avaient faite les débuts du jeune