JOACHIM
Dum vivam, fessosque regat dum spiritus artus,
Incensa ex imo ducens suspiria corde
Ploratu maculas delere enitar amaro,
At tu, qui Superum securus luce bearis,
Confectum aerumnis, devexa aetate labantem
Erige, et usque memor de coelo respice fratrem
Quem turbo heu ! dudum premit horridus, horrida dudum
Fluctibus in mediis commota procella fatigat.
Leo XIII.
Encyclique LiBERTAS du 20 juin 1888, sur la liberté humaine. ~~ Impression qu'elle cause. — EncTclIque du 10 Janvier 1890, sur les principaux devoirs des citoyens chrétiens.
IUL mot n'a davantage passionné notre temps que ce mot de Liberté, inscrit par Léon XIII au début d'une de ses plus remarquables encycliques. Préoccupé des besoins et des aspirations inquiètes de son siècle, l'auguste Pontife ne pouvait manquer de chercher à l'éclairer sur un sujet qui a tant fait battre le cœur du monde moderne, et qui l'a conduit à de si graves excès. L'encyclique Libertas, du 20 juin iS88, est la mise à exécution de cette haute pensée.
Le document pontifical commence par établir que la liberté, apanage de l'être raisonnable, confère à sa nature une sublime dignité en le rendant maître de ses actes. Mais l'usage de cette prérogative, peut mener l'homme à sa fin suprême par la pratique du bien, ou à sa perte volontaire par la recherche de biens trompeurs qui renversent l'ordre légitime. Jésus-Christ, en restaurant la dignité de la nature humaine, a élevé la volonté de l'homme à un état meilleur par le secours de la grâce et la promesse de la vie éternelle. L'Église, continuatrice de l'œuvre de Jésus-Christ, a, comme lui, bien mérité de la liberté humaine au cours des siècles. Et cependant, on l'accuse d'en être l'adversaire. « La cause en est dans l'idée défectueuse que l'on se fait de la liberté. >
Les libertés modernes, en ce qu'elles ont de bon, ont toujours été approuvées par T Église. Ce qui s'y trouve de nouveau constitue en réalité un élément corrompu, fruit de temps troublés. Néanmoins on veut y voir € la plus belle gloire de notre époque et le fondement nécessaire des constitutions politiques ». Cest ce qui décide Léon XIII à traiter à nouveau toute cette question de la liberté.
Avant de parler de la liberté morale, qui est la faculté d agii^ licitement, le Pontife explique la nature de son fondement essentiel qui est la liberté naturelle ou faculté d'agir selon son gré. L'homme, qui a la raison pour guide, conçoit chaque bien comme contingent, c'est-à-dire comme pouvant être ou ne pas être. D'où, pour sa volonté, la faculté de choisir entre des biens dont aucun ne lui parait nécessairement devoir être embrassé. Si l'homme est à même de juger de la contingence des biens, c'est qu'il a une âme simple et spirituelle, et par suite capable de saisir par la pensée les raisons immuables du vrai et du bien. « Prouver que l'âme humaine est dégagée de tout élément matériel et douée de la faculté de penser, c'est donc établir la liberté naturelle sur son plus solide fondement. > Mais nul n'a, plus haut que l'Église, prêché ces vérités qu'elle considère comme des dogmes. Nul n'a, mieux qu'elle, défendu la liberté et combattu le fatalisme contre les hérétiques, Manichéens, Jansénistes ou autres.
Léon XIII définit la liberté naturelle: « la faculté de choisir entre les moyens qui conduisent à un but déterminé, faculté qui rend l'homme maître de ses actes. » Or une chose choisie comme moyen rentre dans la catégorie des biens nommés utiles, mais le bien, quel qu'il soit, agit sur la puissance appétitive, autrement dit sur la volonté. Le libre arbitre appartient donc à la volonté, ou plutôt « c'est la volonté même en tant que, dans ses actes, elle a la faculté de choisir ». Mais la volonté ne peut se mouvoir que si elle est éclairée par l'intelligence, et « dans toute volition, le choix est toujours précédé d'un jugement sur la vérité des biens et sur la
préférence que nous devons accorder à l'un d'eux sur les autres >. Ce jugement, comme tout autre, est un acte de la raison, non de la volonté. La liberté résidant dans la volonté a donc pour objet un bien conforme à la raison. S'il arrive qu'à cause de l'imperfection de l'intelligence, celle-ci propose à la volonté un bien qui n'est qu'apparent, ce pouvoir de se tromper et cette erreur effective constituent, non pas une perfection, mais un défaut de Tintelligence.
De même la volonté, en s'attachant à un bien trompeur, montre que si elle possède le libre arbitre, elle est capable d'en abuser et qu'en cela sa liberté est défectueuse, car la volonté, par le seul fait qu'elle dépend de la raison, ne doit pas désirer un objet qui s'écarte de la droite raison. Si la possibilité de s'écarter du bien était de l'essence de la liberté, Dieu, Jésus-Christ, les anges, les bienheureux, chez qui ce pouvoir n'existe pas, ou ne seraient pas libres, ou ne le seraient pas aussi parfaitement que l'homme dans son état d'épreuve et d'imperfection. Or c'est le contraire qui est vrai. Le pouvoir de faire le mal est donc une imperfection de la liberté.
Après avoir exposé la nature de la liberté Léon XIII examine les rapports de la loi et de la liberté.
Il range la loi parmi les secours donnés à la liberté pour diriger ses mouvements vers le bien et les détourner du mal. — « Règle de ce qu'il faut faire ou ne pas faire, > la loi ne concerne pas l'animal, qui en toutes choses agit sous 'l'impulsion de la nature et ne peut agir autrement. L'action de l'être libre au contraire est précédée d'un jugement sur ce qui est bien ou mal en soi, bo'n, et par conséquent à réaliser, ou mauvais, et par conséquent à éviter : il a donc le pouvoir d'agir de telle ou telle façon. Ce qui doit le déterminer, c'est « la raison qui prescrit à la volonté ce qu'elle doit chercher ou ce qu'elle doit fuir, pour atteindre la fin suprême en vue de laquelle l'homme doit accomplir tous ses actes. Cette ordt?tatton de la raison, c'est précisément la loi. » Celle-ci < attire aussi l'homme par la sanction des récompenses et des peines, et le détourne ainsi