CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
poursuivre et d'atteindre sa fin: or, la fin suprême, vers laquelle doit aspirer la liberté humaine, c'est Dieu. »
De tout temps l'Église a enseigné ces maximes et bien mérité de la liberté. On lui doit la réforme morale du genre humain, la suppression de l'esclavage, la protection de la liberté civile et politique des peuples. « L'équilibre des droits, comme la vraie fraternité entre les hommes, c'est Jésus-Christ qui les a proclamés le premier. '» Les apôtres à sa suite ont prêché l'égalité et la fraternité dans le Christ du juif et du gentil, du grec et du barbare. Nul ne peut contester l'action régénératrice de l'Église dans la civilisation des peuples sauvages. Quant aux nations civilisées elle n'a cessé de leur faire sentir sa bienfaisante influence en protégeant les faibles, en résistant à l'arbitraire des puissants, en dotant les peuples d'insti' tutions qui les rendaient prospères à l'intérieur et redoutés au dehors.
Ses doctrines ennoblissent l'obéissance en enseignant que le devoir de se soumettre aux lois justes et de respecter le pouvoir, se réfère en dernière analyse à la très haute autorité de Dieu, de qui découle toute autorité. «Aussi, dès que le droit de commander fait défaut, ou que le commandement est contraire à la raison, à la loi éternelle, à l'autorité de Dieu, il est légitime de désobéir aux hommes, afin d'obéir à Dieu. >
En fermant ainsi la voie à la tyrannie. l'Église sauvegardait les droits des citoyens et des familles et faisait régner la vraie liberté, celle qui permet à tous de vivre selon les lois et la droite raison.
Si l'on entendait la liberté de cette façon, qui oserait accuser l'Eglise d'en être l'adversaire? Mais il est des hommes qui par liberté entendf'nt une absurde licence. Leur système, qui emprunte à la liberté son nom de libéralisme, n'est autre chose que le rationalisme et le naturalisme passant du champ de la philosophie dans celui de l'ordre moral et cîvil, et posant en principe la souveraineté de la nature humaine aussi bien dans la pratique de la vie que dans la connaissance de la vérité. Pour eux, plus de puissance divine à
laquelle on doive obéir : chacun est à soi-même sa propre loi. Dès lors ce n'est plus hors de l'homme et au-dessus de lui qu'il faut chercher le principe de la société civile, mais dans la libre volonté de chacun : € le pouvoir public émane de la multitude comme de sa source première >. La raison collective devient pour la société ce que la raison individuelle est aux yeux du rationaliste pour l'individu. De là la puissance attribuée au nombre, et <li les majorités créant seules le droit et le devoir >.
Ces doctrines du libéralisme sont souverainement déraisonnables. Quoi de plus contradictoire que de supprimer tout lien entre la créature ou la société composée de créatures et Dieu leur créateur, comme si tout effet ne devait pas dépendre de sa cause, comme si Tordre de la nature n'exigeait pas que chaque chose garde sa place et trouve sa perfection dans le rang qui lui appartient, l'être inférieur se soumettant au supérieur ?
Ces doctrines sont en outre dommageables à l'individu et à la société. Elles réduisent la différence entre le bien et le mal à une
question d'opinion, sans fondement dans la réalité. € Ce qui platt sera permis. » Dès lors plus de frein aux passions et par conséquent à la corruption. Dans les affaires publiques, le pouvoir se détache du seul principe vrai sur lequel il puisse reposer. La loi est abandonnée aux caprices des majorités, et, par là même, le chemin est ouvert à la tyrannie. La négation de l'autorité de Dieu sur l'individu et sur la société, amène l'abolition de tout culte public et l'indifférence religieuse. La multitude, enivrée de l'idée de sa souveraineté, se laisse entraîner à la sédition. « Le frein du devoir et de la conscience n'existant plus, il ne reste que la force, la force qui est bien faible pour contenir les passions populaires >: les luttes sans fin contre les socialistes et autres sectes subversives en sont la preuve. Les doctrines libérales amènent donc le renversement de toute liberté vraie.
Les funestes conséquences de ces principes effrayent jusqu'à leurs
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partisans. Beaucoup reconnaissent qu'arrivée liberté dégénère en licence.
Ils la veulent donc dirigée par la droite ra loi divine et éternelle. Mais « ils n'admettent p doive se soumettre aux lois qu'il plairait à Di par une autre voie que la raison naturelle »; ce contradiction. Car si, comme ils le reconnaiss( dant de Dieu et tendant vers Dieu, doit obéir au peut mettre des bornes à l'autorité législative d trayant à l'obéissance qui lui est due. Les lois l'auteur de la nature, s'harmonisent d'ailleurs raison et perfectionnent le droit naturel. Nol magistère de Dieu préservant notre intelligen dant notre volonté. Laissons donc uni ce qui et, d'après le précepte de la raison naturelle aux lois de Dieu.
Il est une autre classe de libéraux, moins a^ conséquents. A leur sens, « les lois divines i duite privée des particuliers, non leur action pc publics peuvent légiférer sans égard aux ordi doit être séparé de l'Église.
Assertions absurdes si l'on considère d'abo assurer à ses membres le moyen de vivre bon suivant les lois de Djeu, principe de toute jusi quent l'État ne peut se désintéresser de cei i Ceux-là donc qui prétendent que, dans le gc pies, il ne faut pas tenir compte de ces lois, politique de sa fin et de l'ordre prescrit par h Léon XIII rappelle à ce propos ce qu'il a l'accord du pouvoir civil avec le pouvoir eccl diversité de leurs buts et de leurs voies, « to autorité sur les mêmes sujets et plus d'une fois
quoique à des points de vue différents. > Cette situation ne doit pas donner lieu à de regrettables et absurdes conflits. Il faut donc qu il y ait un moyen de prévenir ceux-ci et d'établir pratiquement l'accord. Cet accord est comparable à l'union de Tâme et du corps, union avantageuse à tous deux, mais nécessaire surtout au corps qui sans elle perd la vie.
Le pape entre ensuite dans Texamen des diverses libertés que notre époque se vante d'avoir conquises. Il condamne d'abord la liberté des cultes. « Elle repose, dit-il, sur ce principe qu'il est loisible à chacun de professer telle religion qui lui plaît ou même de n'en professer aucune ; » tandis qu'au contraire, l'homme n'a pas de plus grand devoir que celui de rendre un culte à Dieu, duquel il dépend absolument dans son être et dans toutes ses opérations. La vertu de religion est d'ailleurs le soutien nécessaire des autres vertus, dont les actes ont pour but de nous conduire au bien suprême qui est Dieu : il faut donc servir Dieu, et dans la forme prescrite par lui, c'est-à-dire dans la vraie religion, que sa Providence a dû rendre reconnaissable à des signes extérieurs évidents.
Au point de vue social, la liberté des cultes refuse à l'État le droit de rendre à Dieu un culte public, et de préférer une religion aux autres, là même où le peuple est catholique. Cette doctrine suppose la communauté civile affranchie de tout devoir envers Dieu, ce qui est faux. ^ C'est Dieu qui a fait l'homme pour la société et qui Ta uni à ses semblables, afin qu'il pût trouver dans l'association les biens que réclame sa nature, et que ses efforts isolés ne pourraient lui procurer. Il faut donc que la société civile, en tant que société, reconnaisse Dieu comme son principe et son auteur, et, par conséquent, lui rende l'hommage de son culte. S'il se pose en athée ou, ce qui revient au même, si, indifférent à toutes les religions, il leur donne les mêmes droits, il outrage et la raison et la justice. Puisque l'État doit avoir une religion, il faut qu'il professe celle qui est la seule vraie et qui dans les pays catholiques surtout est facilement