‹ Le pape Léon XIIIChapitre 241 sur 248 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

Cela a lieu quand TÉtat méprise la puissance de l'Église ou prétend se la soumettre. Alors naît un conflit qui n*est pas sans péril. Mais en présence de deux puissances ordonnant des choses contraires, nul ne doit enfreindre la loi de Jésus-Christ pour obéir aux magistrats. Sacrifier les droits de TÉglise sous prétexte de conserver un droit civil, ce serait un crime. A l'exemple de saint Pierre et des Apôtres, Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. (Act., V, 29.) < C'est à tort qu'on taxerait cette manière d'agir de contraire à la loi. Le Pontife rappelle de nouveau que < la loi n'est autre chose qu'un ordre de la droite raison émis par une puissance légitime pour le bien commun. »

« Celui qui, dans ces cas, refuse d'obéir, ne rejette point pour cela l'autorité des princes et des lois; il s'éloigne seulement de leur volonté là où elle n'a point pouvoir d'ordonner, puisque ces prescriptions, « portées contrairement au droit de Dieu, manquent par là même de justice et sont tout ce que l'on voudra excepté des lois ».

Toute la vie du chrétien réside dans la connaissance de la vérité, qui perfectionne son intelligence, et dans l'amour du souverain bien qui perfectionne son cœur, vérité et amour apportés par Jésus- Christ sur la terre et que l'Église garde comme son précieux patrimoine. Mais l'Église est de nos jours violemment combattue. Les découvertes de la science ont enflé les hommes à tel point qu'ils ont voulu se passer de Dieu ; transférant à la nature humaine le pouvoir arraché à Dieu, ils prétendent trouver en elle toute vérité. Ils rejettent la Révélation, les mœurs chrétiennes, l'autorité de l'Église et ses droits : ils la bannissent des institutions publiques. Ils cherchent à s'emparer du gouvernement pour diriger les peuples dans ce sens. De là les attaques ouvertes ou cachées contre le nom catholique, l'oppression de la religion, la licence donnée à toutes les erreurs.

Au sein de ce désordre, chacun doit d'abord veiller à la sauvegarde de ses croyances. A cet effet Léon XIII recommande spécia-

lement la prière et Tétude de la religion dans les choses qui ne dépassent pas notre raison.

Il faut en outre se préoccuper tout particulièrement de la défense de lafoL Cest là sans doute le rôle de T Église enseignante. 4: Maïs quand la nécessité y oblige, chacun doit manifester sa foi, soit pour l'instruction ou la confirmation des autres fidèles, soit pour réprimer les insultes des infidèles (^âJ^W Thomas, II* II* Quaest, III, art. II, ad. 2). » Le silence en pareil cas serait doute ou lâcheté, et ne profiterait qu'aux ennemis de la foi, car la pusillanimité des bons augmente Taudace des méchants. Avec un peu de travail, la réfutation des sophismes de l'incrédulité est toujours possible : elle est même d'ordinaire facile. Le courage seul des chrétiens suffit d'ailleurs à déconcerter leurs adversaires. Qu'ils n'oublient donc pas qu'ils sont nés pour la lutte et que Dieu couronnera les vaillants en proportion de leurs efforts.

S'il faut en premier lieu défendre ouvertement et constamment la foi catholique, il faut aussi la propager selon ses forces. « Ce qui manque le plus à la vérité chrétienne, c'est d'être connue. Bien comprise, elle a par elle-même la puissance de dissiper toutes les obscurités, et, pour un esprit droit, la connaître c'est l'embrasser». La foi sans doute est un don de Dieu, mais les choses qu'elle enseigne ne sont guère communicables que par la parole. De là la nécessité de prêcher la vérité. Cette mission appartient surtout aux évêques et au Pape. « Néanmoins il ne faut pas croire que les particuliers n'y puissent aussi contribuer en quelque manière, ceux surtout auxquels Dieu a donné les facultés de l'esprit avec le zèle de bien faire ». Chaque fois que la chose l'exige, ceux-ci, sans se poser en docteurs, peuvent faire part aux autres de ce qu'ils ont reçu eux-mêmes, et faire pour ainsi dire écho à la voix des maîtres. Le concile du Vatican n'a pas craint de solliciter expressément ce genre de concours de la part des fidèles,qui tous d'ailleurs ont le devoir de prêcher la foi par l'exemple et la profession ouverte de la religion.

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