CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
Les chrétiens ne sauraient défendre et propager efficacement la foi, s41s combattent isolément: Tœuvre du Christ doit être, comme le Christ lui-même et d'après sa prédiction, haïe par le monde. C'est pourquoi Notre-Seigneur a voulu réunir ses disciples en une société dont il est le chef. C'est la vie du Christ qui pénètre ce corps et chacun de ses membres, et les unit pour une même fin quoique dans une action multiple. Voilà pourquoi l'Église, société parfaite et supérieure à toute autre, est comme une armée rangée en bataille contre l'ennemi du salut. Cette organisation ne peut être changée : celui qui s'y soustrait pour vivre ou combattre à sa façon, combat, non pour le Christ et l'Église, mais contre eux.
Afin de réaliser l'union si terrible aux ennemis du nom chrétien, l'unité de pensée est nécessaire. « L'intelligence est en effet le principe de l'action : aussi les volontés ne peuvent-elles s'unir, ni les actions s'accorder, si les esprits sont en désaccord». La raison seule ne peut établir l'unité dans les intelligences et les volontés, que séduisent tant d'opinions diverses et de passions. Aussi les gouvernants ont- ils recours à la force, pour faire régner la concorde là où les esprits sont divisés. — Il n'en est pas de même chez les chrétiens qui, sous l'autorité de l'Église, ont la certitude de posséder la vérité. L'Église, une comme le Christ, maintient dans tout le monde chrétien une doctrine une et par conséquent une volonté et une action unique.
Mais, d'après saint Paul, cette unité doit être parfaite. La foi chrétienne repose sur l'autorité divine, non sur la connaissance rationnelle et intrinsèque des vérités. On doit donc admettre d'un même assentiment toutes les choses révélées par Dieu. En rejeter une seule, c'est répudier toutes les autres, car c'est renverser le fondement même de la foi, la croyance à la révélation divine ou à la véracité de Dieu. — L'Église enseignante, gardienne et interprète de la révélation divine, a pour docteur suprême le Pontife romain. < La concorde des esprits exige donc, au même titre qu'un parfait
consentemen t dans la foi, une parfaite soumission et obéissance des volontés au Pontife romain comme à Dieu. Cette obéissance doit être parfaite, parce qu'elle est ordonnée par la foi, et a cela de commun avec la foi qu elle est indivisible », sous peine de n'être qu'un vain simulaire d'obéissance. Aussi a-t-elle toujours été considérée comme la caractéristique des vrais catholiques.
L'obéissance aux pasteurs de l'Église, et surtout au Pape, n'est pas restreinte aux dogmes qu'on ne peut rejeter sans hérésie, ni aux choses qui, bien que non définies, sont proposées par le magistère ordinaire et universel de l'Église, et que le concile du Vatican déclare devoir être crues de foi catholique et divine. Les chrétiens doivent en outre se laisser régir et gouverner par les évêques et le Saint-Siège. Rien d'ailleurs n'est plus raisonnable. En effet la révélation contient des choses qui concernent Dieu et l'homme. Les unes et les autres sont de droit divin sous la garde de l'Église et du Pape, qui prescrivent et ce qu'il faut croire et ce qu'il faut faire. <: C'est pourquoi le Pontife doit pouvoir déclarer avec autorité ce que les oracles divins contiennent, et quelles sont les doctrines qui sont en accord ou en désaccord avec eux ; il doit de même pouvoir faire connaître ce qui est honnête et ce qui ne l'est pas, ce qu'il faut faire et ce qu'il faut fuir pour arriver au salut, sans quoi il ne serait ni un interprète certain de la parole de Dieu, ni un guide sûr pour diriger l'homme dans la vie. >
Une considération plus intime de la nature de l'Église mène à la même conclusion. L'Église n'est pas une réunion fortuite de chrétiens, mais une société divinement constituée pour conduire les âmes à la paix et à la sainteté. Dieu l'a munie en conséquence de tout ce qui est nécessaire à ce but, qu'elle atteint par ses lois, ses prescriptions, et en gouvernant, d'une manière conforme à sa nature et au milieu de bien des difficultés, les peuples chrétiens répandus par toute la terre, différents de mœurs et de race, et soumis à la fois à la puissance civile et à l'autorité religieuse. Le Pontife est