CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
ainsi amené à reparler de la nature et des relations de deux puissances qui légitimement prescrivent des devoirs divers, mais non contradictoires, visant les uns à la prospérité de la société civile, les autres au bien commun de l'Eglise.
€ Ce partage des droits et des devoirs montre que les gouvernants sont libres de régir ce qui les concerne, et cela, non seulement sans opposition de la part de TÉglise, mais avec son aide manifeste, car en prescrivant d'observer la piété qui est la justice envers Dieu, elle invite par là-même à pratiquer la justice envers les princes. > La puissance religieuse, fondée pour le gouvernement des âmes, est plus noble que la civile, et la foi enseigne que ce gouvernement appartient de telle manière à T Église que la puissance civile n*ait rien à y voir. € En effet ce n'est pas à César mais à Pierre, que Jésus-Christ a confié les clefs du royaume des cieux. >
Léon XIII entre ensuite dans quelques questions connexes à ces doctrines et d une souveraine importance. € Gardienne de son propre droit, respectueuse de celui des autres, T Église ne croit pas qu'il liii appartienne de s'occuper de la forme de gouvernement que l'on préfère ou des institutions qui régissent les intérêts civils des nations chrétiennes: elle ne réprouve aucune des différentes espèces de gouvernement, pourvu que la religion et la discipline des mœurs soient sauves. Il convient que les pensées et les actions de chaque chrétien en particulier se règlent sur cet exemple. > Il est sans doute un genre honnête de discussions politiques, celui qui a pour but la recherche du bien commun. « Mais attirer l'Église à un parti ou la vouloir absolument comme auxiliaire pour vaincre ceux contre lesquels on combat, c'est abuser de la religion. >
Par contre la religion doit être sacrée pour tous. « Dès qu'on voit le nom chrétien menacé par le fait de ses adversaires, il faut cesser toute division et dans la concorde des esprits et des volontés prendre la défense de la religion qui est le plus grand bien commun, auquel tous les antres doivent être rapportés. >
Le Pape T^n XIII. 35
4L L'Église et TÉtat ont chacun leur souveraineté dans les limites déterminées par la cause prochaîne de l'un et de l'autre, et c'est pourquoi ils n obéissent pas l'un à l'autre dans le règlement de leurs affaires. > Toutefois la nature nous donne non seulement l'être, mais la moralité. C'est pourquoi l'homme demande que Tordre public lui permette non seulement d'être heureux mais de pouvoir perfectionner ses mœurs par la vertu, c'est-à-dire de demander à l'Église les secours propres à lui faire atteindre sa fin. Les lois doivent donc tenir compte de cette nature morale et religieuse de l'homme, et ne rien défendre ou ordonner qui soit en opposition avec la fin de la société civile et religieuse. C'est pourquoi l'Église ne peut se désintéresser de la législation civile, non pas en tant qu'elle regarde l'État, mais en tant qu'elle menace parfois le droit de l'Église. Cette dernière a reçu de Dieu la mission de résister à ces empiétements, et de faire pénétrer dans les lois et les institutions l'esprit de l'Évangile. Elle ne peut donc prêter son appui et sa faveur aux chefs d'Etat qui l'attaquent ou méconnaissent ses droits. Elle favorise au contraire ceux qui sont dans des dispositions opposées. Ces principes doivent régler l'action publique des catholiques. En toute circonstance ils doivent soutenir les hommes justes et dévoués à l'Église, et « il ne peut jamais y avoir de raison de leur préférée ceux qui sont mal disposés envers la religion. »
La concorde s'impose donc entre catholiques, surtout dans nos temps si difficiles; et pour réaliser cette concorde, il faut s'attacher à l'Église. S'ils avaient mieux compris cette nécessité l'audace de leurs ennemis n'eût pu accumuler tant de ruines. «Que le souvenir du passé ait au moins l'avantage de donner plus de sagesse pour l'avenir! >
Léon XIII met les catholiques militants en garde contre deux écueils : la fausse prudence et la témérité. — Il en est qui déconseillent de résister à l'iniquité pour ne pas exaspérer les esprits hostiles, « On ne sait si ceux-là sont pour ou contre l'Église. » Us professent, disent-ils, la doctrine catholique, mais ils voudraient que l'Église