CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
permit la propagation des doctrines qui lu! sont opposées. Ils pleurent la décadence de la foi et des mœurs, <L mais ne songent pas à y remédier et augmentent même le mal par leur excessive indulgence ou une pernicieuse dissimulation. Ils veulent que personne ne doute de leur dévouement au Saint-Siège : mais ils ont toujours quelque chose à reprocher au Pontife. > Rien de moins propre à combattre le mal que cette mortçllQ prudence de /a cAatr {Rom., vui, 6-7), Les soldats du Christ qui veulent triompher € de la manière la plus douce, et sans blessures, facilitent la voie aux méchants plutôt qu'ils ne la leur interceptent. >
Une autre classe de personnes, animées d*un faux zèle ou d'un zèle feint, veulent que tout dans l'Église se règle d'après leur jugement. Si on s'en éloigne elles sont mécontentes. « En user ainsi, ce n'est point suivre l'autorité légitime, c'est la devancer, c'est attribuer aux particuliers les fonctions des magistrats, par un renversement de l'ordre que Dieu a voulu être perpétuellement observé dans l'Église et qu'il ne permet à personne de violer impunément. 1^
La meilleure manière d'agir, c'est de ne pas refuser le combat, dans la certitude que la victoire restera au droit et à la religion. Défendre la religion contre la secte anti-catholique, qui ne cesse de persécuter le Pontife livré à sa domination, c'est faire acte de grand courage. Mais il faut garder l'obéissance et ne rien faire sans elle. Comme sauvegarde de cette obéissance et du courage nécessaires à tous les chrétiens, les cœurs doivent se pénétrer de la prudence de r esprit (Rom., viii, 6), qui nous fait dans nos actions éviter à la fois le timide et lâche découragement et la trop confiante témérité.
Autre est la prudence politique des chefs qui a pour but le bien commun, autre la prudence des particuliers qui a pour but le bien privé. Quant à «la prudence politique des particuliers, elle semble consister tout entière à bien observer les prescriptions de la puissance légitime. Cette disposition et cet ordre doivent d'autant plus s'observer dans la république chrétienne, que la prudence politique
du Pontîfe s'étend à plus d'objets: c est à lui en effet qu'il appartient non seulement de régir l'Église, mais de régler en général les actions des chrétiens, de façon à ce qu'elles soient en parfait accord avec l'espérance du salut éternel » L'administration de l'Église appartient aussi aux évêques, inférieurs au Pontife mais vrais princes dans la hiérarchie ecclésiastique, et qui, placés à la tête de leurs églises et assistés de leur clergé, sont comme les principaux artisans de Ndifice spirituel (S. Thom. Quodl. I, art, xiv). Telle est la constitution nécessaire de l'Église à laquelle il faut conformer notre vie. Et l'union des laïcs et des prêtres avec leurs évêques est aussi nécessaire que celle de ces derniers avec le Pape. Sans doute il peut se faire qu'il y ait quelque chose à blâmer dans la conduite ou les opinions d*un évêque, mais nul ne doit s'arroger le rôle de
juge qui appartient au seul Vicaire de Jésus-Christ.
Au reste tous les efforts des chrétiens serviront de peu si leur vie n'est formée aux vertus chrétiennes. L'Eglise sans doute ne peutêtre abandonnée de Dieu, et elle n'a rien à craindre des crimes des hommes. Mais il n'en est pas de même des nations, auxquelles le péché apporte le malheur. Le passé le prouve; pourquoi le présent n'en ferait-il pas l'expérience.'* Léon XIII aperçoit déjà le châtiment qui menace les nations désorganisées et rongées de maux intérieurs. Ce châtiment ne peut être écarté par le seul secours des hommes, étant donné surtout le grand nombre de ceux qui ont abandonné la foi chrétienne et sont punis de leur orgueil par un total aveuglement sur le bien et le mal. Il y faut l'intervention de la miséricorde de Dieu, et cette miséricorde on l'obtiendra par d'humbles prières et l'exercice des vertus chrétiennes, spécialement de la charité, fondement de toutes les autres et lien qui unit l'homme à Dieu et lui fait puiser la vie en Dieu. A la charité envers Dieu doit être jointe la charité envers l'homme, image de Dieu. Le Christ, un dans la charité avec le Père, par nature, a voulu que ses disciples fussent un en lui, par la grâce, dans cette même charité. Les impies redoublent de haine con-