‹ Le pape Léon XIIIChapitre 245 sur 248 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

tre le nom du Christ, les chrétiens doivent redoubler de piété et de charité, source des grandes actions. « Que les dissensions qui peuvent exister cessent: que les contestations qui divisent les forces et ne profitent nullement à la religion s'apaisent et que la vie se passe, comme il convient, dans lamoiir de Dieu et des hommes, par Tunion des esprits en la foi et des volontés en la'charîté. »

Léon XIII adresse finalement de graves avis aux pères de famille touchant l'éducation de leurs enfants. € La famille, dit-il, comprend les commencements de TÉtat, et la fortune des citoyens s'entretient en grande partie dans les murs du foyer domestique. » C'est pourquoi ceux qui visent à détruire la société s'attaquent d'abord à la famille, et violent le droit inné des parents d'élever leurs enfants pour Dieu, qui les leur a donnés. Ce droit, les catholiques doivent le revendiquer énergîquement, surtout en présence des écoles dangereuses pour la foi. Le Saint-Père loue la générosité des fidèles, qui, en divers pays, ont élevé à grands frais des écoles catholiques et il invite à imiter partout cet exemple. « Qu'on se persuade cependant avant tout que l'éducation domestique est la plus puissante sur l'âme des enfants. >

Le Souverain-Pontife termine en exhortant les évêques à répandre partout ces doctrines et à relever le courage des fidèles. Aucun labeur n'est trop grand pour parvenir à un bien si éminent. i Au reste ne pas vouloir combattre pour le Christ, c'est l'attaquer; et il a déclaré qu'il renierait devant son Père dans les cieux tous ceux qui auraient refusé de le confesser devant les hommes sur la terre. »(Luc., ix, 26.)

L'encyclique Sapientiae Christianae met en pleine lumière les principes qui règlent la politique de Léon XIII dans les divers pays du monde, et dont s'inspirent les conseils qu'il donne aux catholiques de toutes les nations, en les accommodant à leurs nécessités particulières. A ce titre, elle réclamait ici, comme l'encyclique Libertas, une analyse détaillée.

Traduction des lettres de Joachîm Peccî, dont ce volume donne le texte original autographié.

Joachim-Vincent Pecci, à sa mère.

(Voir \tfaC'Smil€y page 34.)

Madame et très chère mère,

Vos dons nous ont été très agréables, tant à moi qu'à mon frère. Cette marque de

votre attachement nous oblige toujours davantage à y correspondre, comme nous le

devons, en proportion de vos désirs. Oui, nous le ferons, mais nous avons besoin de

vos prières pour vous satisfaire pleinement. Aidez-nous donc par ces prières. II y a

du temps que vous nous bercez de l'espoir que vous viendrez nous embrasser ; mais

ce moment n'arrive jamais, imaginez combien nous en sommes tristes ! Les images

de saints, quels qu'ils soient, nous seront toujour$ agréables, mais plus elles seront

belles et plus elles me feront plaisir. Saluez pour nous Papa et tous les autres.

Bénissez-moi et permettez que je vous baise les mains avec une tendre affection et

que je me dise

Votre très affectionné fils,

Vincent.

Viterbe, 11 novembre 182 1.

P. S. Le P. Giannolio, plein d'estime et de respect pour vous et monsieur votre très digne mari, vous prie d'agréer ses hommages et vous assure de ses soins les plus scrupuleusement attentifs envers vos charmants enfants, qui réellement le méritent, parce qu'ils sont studieux et diligents en tous leurs devoirs.

Joachim-Vincent Pecci à un de ses frères.

L'élection de Grégoire XVI.

(Voir XtfaC'Simih^ page 88.)

Très cher frère,

Ce que l'on avait si longtemps attendu, ce qu'appelaient les vœux de tous, s'est enfin accompli. Annuncio vobisgaudium magnum: hahemus Pontifium J?»""»" DD. Cardl Maurum Capellari qui sibi nomtn imposuii Gregorium XVI : telles sont les paroles que répétait hier, quoique avec un peu d'impatience et de mauvaise humeur, le cardinal Âlbani du haut de la log^a du Quirinal. Moi qui, par une voie secrète, avais été informé de la chose de bon matin, j'ai été témoin de la cérémonie dans laquelle on abattit le mur de la loggia, A ce moment peu de monde était présent ;

mais ensuite, après qu'on eut tiré le canon et fait la publication, une multitude infinie de gens monta au Quirinal, et c'est alors que le nouveau Pontife, entouré des cardinaux, se rendit à la grande loggia^ contrairement aux usages, et bénit la foule immense qui l'accueillit avec les plus grands applaudissements. Mais à peine s'était-il retiré qu'un tel frémissement s'empara du peuple et qu'éclatèrent de telles expressions, de telles clameurs d'enthousiasme, que pour la seconde fois il revint dans la ioggia bénir le peuple. Les cardinaux sortirent de suite du conclave. Zurla resta dîner avec le Pape, et Pacca demeura aussi près de luî jusqu'à une heure de la nuit ^

Mais comment l'élection de Capellari s'est-elle accomplie d'une façon si inattendue ? Il est avéré que, pendant tout le temps du conclave, la personne de Capellari a été mise en avant, plus que toute autre, et peu s'en fallut qu'une fois il ne fût canoniquement élu. Il n'avait contre lui qu'Albani, qui, avec tout son parti, favorisait Pacca. Mais finalement, fatigué de cette lutte stérile qui ne menait à rien, Albani, à ce que l'on dit, aurait déclaré, le soir du premier de ce mois, qu'il renonçait à toute action et ne se serait opposé à l'élection d'aucun autre que di Gregorio. C'est ce qui amena quelques cardinaux de son parti comme Rivarola, etc., à le déserter pour embrasser le parti de Capellari. Et de fait, dans la matinée d'hier 2, il se trouva que Capellari avait les deux tiers des voix requis pour l'élection canonique ; on prétend même préciser et savoir que Capellari avait 31 voix et Pacca 14. D'où il suit qu'il avait à peine dépassé Tmclusive des deux tiers, et qu'un fort parti lui a toujours été contraire.

Mais qui est secrétaire d'État ? On ne le sait pas encore, mais nous le saurons

certainement dans la journée d'aujourd'hui. Hier on parlait de Bernettt (qui main*

tenant est pro-secrétaire d'État), de Giustiniani, de Falsacappa, diversité qui par

elle-même prouve que le choix n'était pas fait encore. Ce matin, et miême dans une

heure d'ici, le Pape se rend à Saint-Pierre, en sorte que je suis forcé de terminer,

me réservant de vous parler à une prochaine occasion de ce que l'on apprendra.

Avec une extrême hâte, je suis

Votre affectionné frère,

Mgr Joachim Pecci à un de ses frères.

Il lui annonce sa nomination de délégat apostolique à Bénévent.

(Voir \^ fac-similé^ page 57.)

Cher frère,

Je vous transmets au vol la nouvelle qu'hier, jour de consistoire, j'ai reçu un billet de la secrétairerie d'État, ainsi conçu. — c Notre Saint Père le Pape a

I. Une heure et demie après le coucher du soleil. (NoU de t auteur,)

€ daigné, dans sa suprême bonté, élever Mgr Joachim Pecci de la charge de Ponant

< de la congrégation du Buon Governo^ à celle de délégat apostolique de la province

< de Bénévent. Cet acte gracieux de la bienveillance pontificale est porté à la € connaissance du même Mgr Pecci pour sa gouverne, et afin qu'il puisse se faire

< délivrer, par la secrétairerie des Brefs, le bref apostolique nécessaire pour prendre 4[ possession de la charge de délégat apostolique et en exercer la juridiction.

< (Signe) Antoine D*» Card. Gamverini. »

Je ne sais quelle impression vous fera cette nouvelle. Pour moi il est certain qu'elle m'a jeté dans l'étonnement et la stupeur. Mais comme je n'ai rien demandé, rien recherché, j'ai dû m'incliner devant la volonté du Pape, et voir en tout cela une disposition de la Providence divine qui le veut ainsi et à laquelle il faut se soumettre.

En cette occasion il est de la plus grande nécessité que vous vous rendiez pour quelques jours à Rome, à cause de mille choses qu'il faut concerter et combiner dans une réunion de tous les membres de la famille, afin que tout se fasse, le mieux possible.

En attendant je me répète, au vol et en très grande hâte.

Votre affectionné frère, Joachim Pecci.

Le cardinal Joachim Pecci, archevêque de Pérouse, à un de ses frères.

(Voir \e fac-similé^ page 167.)

Pérouse, le i*' décembre 1860.

Très cher frère.

J'ai reçu votre excellente lettre du 21 du mois dernier. Je reconnais, moi aussi, la convenance de communications plus fréquentes en ces temps de si grandes incertitudes et craintes. Je ne manquerai pas de vous donner de temps en temps de mes nouvelles, pourvu que vous m'excusiez d'employer une main étrangère, quand je ne pourrai vous écrire de ma propre main. Je suis heureux en attendant de recevoir les bonnes nouvelles de tous les membres de la famille, et d'apprendre que les bandes de fugitifs napolitains n'ont troublé en rien la tranquillité de votre pays. Fasse le Seigneur que vous puissiez longuement conserver cette paix, et que le Latium soit une terre privilégiée au milieu de l'incendie universel de l'Italie. Quant à nous, depuis trois mois nous sommes ici en pleine fournaise, et Dieu seul sait quand nous en sortirons. Vous dire qu'au milieu des vicissitudes que nous avons traversées ma santé n'a pas souffert, serait vous dire une chose peu vraie. Cependant la grâce de Dieu m'a toujours assisté et m'a donné force et courage dans les moments les plus critiques. Et maintenant encore je me trouve tranquille et suffisamment bien portant.

Don Joseph \ comme vous le savez, est à Rome depuis un mois, et je pense que

vers la moitié du mois courant il se trouvera en famille pour y passer les fêtes de

Noël. — En attendant, saluant Angelina et Carluccio et bénissant les enfants, j'ai le

plaisir de me dire avec une affection fraternelle

Votre très affectionné frère

Joachim Card. Pecci,

Évêque de Pérouse.

Sa Sainteté le Pape Léon XIII à son frère Joseph, pour le décider à accepter la pourpre.

(Voir \t fac-similé^ page 520.)

Mon très cher frère,

Votre élévation au cardinalat se présente dans de telles circonstances, qu'il m'est impossible de n'y pas voir clairement la volonté de Dieu, volonté à laquelle tous nous devons nous soumettre sans hésitation et sans trouble. Combien plus grave et plus pénible fut ma situation, quand on m'imposa non pas la pourpre sacrée, mais l'honneur du suprême Pontificat? Et pourtant quand je reconnus que, malgré mon insuffisance et mon indignité. Dieu le voulait, je me suis senti forcé d'accomplir cette charge.

Vous trouvez une difficulté dans le vœu contracté dans la Compagnie de Jésus, mais elle est résolue par la volonté de celui qui a le pouvoir de vous en délier. L'objection plus grave du népotisme perd toute force devant la spontanéité et l'unanimité de la pétition du Sacré-Collège, double caractère dont le Cardinal-Doyen m'a donné hier la preuve, en me remettant le document ci-inclus. Il ne reste absolument plus comme difficulté que la nécessité de rompre les habitudes d'une vie tranquille à l'abri des honneurs et des charges publiques, mais vous saurez bien, pour le service de Dieu et de l'Église, faire généreusement ce sacrifice.

Confiant dans ces réflexions et dans la lumière et la force que vos prières vous mériteront Je compte sur votre acceptation et vous bénis avec toute l'affection d'un frère.

Page 1