‹ Le pape Léon XIIIChapitre 247 sur 248 · I. Paris, Sauvaitrc, 1893. — 2. Ouv. cité, pp. 693 et suiv · texte numérisé non relu

I. Paris, Sauvaitrc, 1893. — 2. Ouv. cité, pp. 693 et suiv

l'attitude du cardinal et son hostilité à la prétendue conspiration, tramée sous les yeux du Saint-Père et avec son autorisation bénévole, en vue d'étouffer la presse catholique. M. Battandier et, selon lui, son héros, jugeaient donc le Souverain-Pontife capable d'admettre que l'on délibérât sous ses auspices sur des points de doctrine et de conduite compromettant et l'orthodoxie, et les intérêts de la religion.

< Le Saint-Père ne s'étant pas prononcé dans un sens ou dans l'autre {sic/) >, le cardinal crut de son devoir de contrebalancer les <L fortes poussées... dans le sens libéral » auxquelles Léon XIII était apparemment prêt à céder. ^ En attendant i, davantage, on pouvait se trouver en présence d'un plan officiellement accepté par 4: le Pape... Le cardinal Pitta concluait de ces réflexions que le moment était venu € pour lui de parler. > — En vérité, on croit rêver en lisant ces lignes, où l'on nous montre, avec la plus grande sérénité et comme une chose toute naturelle, un cardinal se croyant obligé d'intervenir pour empêcher le Souverain- Pontife de tomber dans le libéralisme, en acceptant officiellement un plan de perversion de la presse catholique !

Ce qui suit n'est pas moins extraordinaire. € Le cardinal, dit M. Battandier, « pouvait hésiter entre une action secrète ou une action publique. > Il préféra le second système et attendit l'occasion de dire publiquement son sentiment. Cette occasion lui fut fournie par une lettre de l'abbé Brouwers, publiciste hollandais, directeur de VAmstelbode^ qui interpella le cardinal pour savoir ce qu'il fallait penser an Journal de Rome et de son rédacteur M. des Houx.

Ce dernier venait justement d'être frappé de deux avertissements, transmis officiellement par VOsservatore Romano^ pour ses attaques véhémentes et personnelles contre le prélat qui dirigeait le Moniteur de Rome, Ces avertissements et l'appui donné ouvertement par le Vatican au Moniteur et à son directeur, lequel, malgré sa séparation éclatante d'avec \q Journal de Rome^ était au dire de M. Battandier lui-même <L honoré de la confiance du Très-Saint-Père :^,ces circonstances, disons-nous, devaient persuader à tous les esprits clairvoyants que le y^j^mj/ n'avait plus les bonnes grâces du Saint-Siège. Néanmoins le cardinal Pitra saisit l'occasion qui se présentait pour prendre ouvertement la défense de cet organe, et pour faire les déclarations qui visaient, selon M. Battandier, à prévenir l'acceptation officielle par Léon XIII du plan de libéralisation de la presse catholique 1 Son Éminence écrivit donc à l'abbé Brouwers une lettre destinée à la publicité, 011 elle exposait sa manière de voir sur la presse catholique en particulier et sur la situation de l'Église en général.

Qu'il nous soit permis de relever ici Tétrangeté de ce procédé. Quand bien même la lettre eût été irréprochable au fond, était-ce une façon d'agir conforme aux traditions de l'Église que de livrer à un journal des appréciations de la nature la plus délicate, dont le but était d'exercer une influence sur le Saint-Père lui-même? I^e Sacré Collège est à la vérité le sénat de l'Église, et ses membres sont les conseillers nés du Souverain-Pontife; si, dans certains cas, ils se croient permis de faire des représenta-

tions au Pape, ils les font dans le secret et avec la respectueuse déférence due à sa suprême dignité. Jamais ils ne les livrent à la curiosité, ni à la malignité publique.

M. Battandier a beau protester que le cardinal Pitra ne voulait pas former un parti d'opposition dans TÉglise. Cette lettre était, par le fait même de sa publication, et en faisant abstraction de son contenu, un acte d'opposition à la fois inconvenant et dangereux, qui ne pouvait manquer d'avoir un immense retentissement, et de rallier autour du nom du cardinal Pitra, tous ceux qui se croyaient quelque motif d'être mécontents de la direction imprimée par le Souverain-Pontife au gouvernement de la Sainte Église.

C'est à regret que nous nous voyons obligé de faire ces constatations. Elles résultent à l'évidence du récit de M. Battandier, et nous sommes en droit de répéter qu'il a rendu un bien mauvais service à la mémoire de l'illustre et vénérable cardinal, en montrant d'une façon aussi manifeste le tribut qu'il paya en cette occasion à la faiblesse humaine. Peut-être cette défaillance s'explique-t-elle en partie par les circonstances dans lesquelles elle se produisit. C'est à la suite d'une terrible maladie que le cardinal écrivit sa lettre, et M. Battandier nous dit, à plusieurs reprises, qu'elle fut le résultat des réflexions faites au cours de cette maladie. L'isolement, la faiblesse firent sans doute du cardinal le jouet de son entourage et de quelque illusion d'imagination.

Quoi qu'il en soit, voici le résumé de la lettre. Le cardinal parle <L de la tristesse € qui de plus en plus s'exhale des rangs catholiques et surtout dans notre meilleure € presse. » Il réfute les « calomnies qui poursuivent notre Journal de Rome >, dont le rédacteur des Houx ^ saisit les faux apôtres avec le denier de Judas dans la main >. Il décrit les épreuves subies par les plus vaillants catholiques, parmi lesquels il cite notamment Ramon Nocedal, vaillant catholique en effet, mais dont la dernière épreuve connue de tous, et à laquelle seule le cardinal pouvait faire allusion, avait été d'être justement réprimandé, ainsi qu'il le reconnut lui-même, pour ses attaques contre le nonce apostolique de Madrid '. Le cardinal se plaint en outre de beaucoup de journaux catholiques qui vilipendent le rédacteur du Journal de Rome^ notamment du Tijd d'Amsterdam et de la Germania^ à propos de laquelle il pousse un hélas ! significatif. Puis il se complaît à décrire les grandeurs du mouvement catholique aux débuts du règne de Pie IX, et le lamentable avortement qui, d'après lui, a suivi cette efïlorescence: « Hélas! où en sommes-nous? > s'écrie-t-il, et dans quelques périodes d'allure triste et sombre, il cherche à montrer que sans doute Dieu veut démontrer, < par l'impossible et l'absurde >, la mission divine de l'Église. Enfin comparant en quelque sorte les temps actuels à ceux de l'Antéchrist, il espère cependant qu' ^ une aurore inattendue se lève sur la tombe du siècle de Pie IX ! >

Il est permis de se demander encore une fois quel but a poursuivi M. Battandier en se faisant l'historien, quelque peu intéressé, de cet incident. Un docte prélat, très

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