‹ Le pape Léon XIIIChapitre 27 sur 248 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

cessé d'empirer de moment en moment... Pauvre enfant ! continue Vincent, c'est une pitié de le voir et de l'assister. L'oncle Antoine et moi ne l'avons pas quitté d'un pas : mais il ne nous reconnaît plus, il tient continuellement les yeux fermés, et semble en agonie. Qu'advîendra-t-il de ce très cher frère ?... On lui a déjà administré les derniers sacrements. Hélas! je ne puis résister à la douleur qui m'oppresse, mais je vous recommande papa. > Que de tendresse filiale et fraternelle dans ces tristes effusions !

Cependant la mort accomplit son œuvre, et Vincent, le 14 décembre, écrit à Jean-Baptiste : « Je l'aimais, et c'est pourquoi je le suis dans la région des vivants et je ne l'abandonnerai point jusqu'à ce que, par mes larmes et mes prières, il soit établi sur la montagne du Seigneur, où l'appellent ses mérites, où il y a une vie perpétuelle, où ne règne aucune corruption, aucune contagion, aucun gémissement,aucunedouleur,aucune société avec les morts, véritable région des vivants dans laquelle ce corps mortel se revêt d'immortalité et ce qui est corruptible d'incorruptibilité. Ainsi parlait S. Ambroise à la mort de Théodose, et ainsi me fait parler la douleur! Ne semblet-il pas, frère très cher, que réellement la vie soit un poids odieux, quand un malheur de famille si affligeant vient nous frapper à l'improviste d'un coup si terrible ! » Vincent cherche les consolations de la religion dans ce qu'elles ont de plus solide : « J'ai pris, dit-il, la ferme résolution de me retirer pour huit jours à SS.-Jean-et-Paul, et sans aucun doute j'y entrerai après-demain, c'est-à-dire jeudi. Quant à vous, cher frère, prenez courage et ne vous abandon nez pas à une douleur plus grande que ne le demandent la nature et le sang. Rappelez-vous cette parole de Chrysostome : mortuos oportet suceurrere non lacrimis sedprecibus. Et puisque je vous ai parlé de prières, je ne puis mieux terminer ma lettre que par ces paroles de S. Ambroise à l'âme de l'empereur Valentin : « Heureuse seras-tu si nos prières ont quelque puissance. Aucun jour de notre vie ne s'achèvera sans que nous parlions de toi. Aucune de nos prières ne te laissera

sans honneur. Aucune nuit ne se passera, sans que nous t'adressions quelque suffrage. Nous t'assisterons par des oblations de toutes sortes. Qui nous empêchera de t'accompagner de nos louanges ? Ah ! quand je t'oublierai, mon bras ne se souviendra plus de moi, ma langue adhérera à mon palais, et si les paroles sont muettes, l'affection parlera, et si la voix manque, la grâce qui est dans mon cœur ne fera pas défaut '. > Heureux serons-nous si nous pouvons de cette manière, plutôt que par des larmes et une douleur inutile, assister l'âme de notre frère ! »

Joachim Pecci termina en 1832 ses études théologiques, en prenant le grade de docteur. Il avait alors vingt-deux ans. Son talent n'était donc pas moins précoce que solide et brillant. Peu de temps après, nous le trouvons à l'académie des Nobles ecclésiastiques, institut spécialement destiné aux jeunes lévites de bonpe famille qui désirent se consacrer aux congrégations romaines ou à la diplomatie pontificale. Il y étudia le droit canonique et le droit civil. Nous ne ferions que nous répéter, si nous devions détailler ses succès dans ces difficiles études, qu'il poursuivit à l'Université romaine dite de la Sapience. Disons seulement, qu'en qualité de membre de l'Académie théologique de la Sapience, il soutint brillamment, en 1835, une série de thèses dédiée au cardinal Sala, et qu'en une autre occasion il remporta au concours le prix, de soixante sequins, proposé par l'Université à la meilleure dissertation rédigée après tirage au sort entre cent thèses établies d'avance. Le travail couronné avait pour sujet les appellations directes au pontife Romain : « De appellationibus ad Romanum Pontificem etiam non interposito medio >. L'Université de la Sapience lui conféra aussi une distinction bien rare : le doctorat ad honorent en Théologie. Le diplôme, revêtu des grands sceaux de l'Université Romaine, est daté du 7 août 1835.

Pour clôturer ces détails sur les études du futur pape, empruntons

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