‹ Le pape Léon XIIIChapitre 30 sur 248 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

€ Après quinze jours d'exercices de stricte observance, aujourd'hui fête de Noël, mon directeur spirituel me permet un peu de relâche et m'autorise à m'occuper de ce qui n'a pas un rapport immédiat avec les choses de l'âme. Usant de cette liberté, je viens m'adresser à Votre Éminence et plein de joie et d'allégresse spirituelle, je suis heureux de lui faire savoir que, dès dimanche 17 courant, j'ai reçu l'ordre sacré du sous-diaconat et hier, par la grâce de Dieu, celui du diaconat. J'espère que cette joie durera et s'accroîtra quand j'aurai reçu la prêtrise; mais jusque maintenant ce grand pas ne m'inspire que de répouvante, quand je considère d'une part la hauteur et la sublimité du sacerdoce, et de l'autre mon extrême indignité. Ne m'oubliez pas, Éminence, recommandez-moi de tout cœur et faites-moi recommander par d'autres au Seigneur. Je vous assure bien sincèrement que je voudrais être un vrai prêtre, et pouvoir servir Dieu et montrer du zèle pour sa gloire, mais le faire en toute vérité, dans le sens où l'entendait saint Ignace et où l'entendent, à son exemple, ses saints enfants au milieu desquels j'ai le bonheur de vivre. »

Le cardinal auquel étaient adressées ces lignes en fut grandement édifié, et sembla craindre que, sous l'empire de cette ferveur, le jeune prélat n'entrât dans la Compagnie de Jésus. Voici en quels termes il répond : « Vous dans un si grand recueillement, et moi dans des distractions continuelles!... Je suppose que votre ordination sacerdotale est imminente et que par conséquent votre sainte joie est arrivée à son comble. J'y prends la plus grande part et j'espère que vous vous souviendrez de moi au saint autel. Je loue votre ferveur et la crois durable. // ne faut pas cependant abandonner la carrière entreprise , dans laquelle vous pourrez rendre d^ importants services à l'Église et au Saint-Siège. » — Le cardinal ne croyait sans doute pas parler si juste !

Ce même jour, 25 décembre 1837, le retraitant écrit à son frère Charles: < Dominus vobiscum. Le Seigneur soit avec vous! Je vous le dis de tout cœur et vous le répète : Que le Seigneur soit avec vous !

maintenant qu'ordonné diacre, j'ai le droit de prononcer ces saintes paroles. Encore quelques jours et je serai prêtre. La sublimité et la hauteur de cette dignité, et d'autre part mon extrême indignité émeuvent profondément mon âme, et me rendent hésitant et anxieux en voyant s'approcher ce grand jour. Que le Dieu qui m'a appelé à son autel, me donne force et courage pour y monter avec zèle et ferveur, et puis qu'il me concède les secours qui me sont nécessaires pour le saint ministère et pour correspondre à son divin appel. J'aimerais beaucoup que vous fissiez célébrer pour moi une messe solennelle ou privée, afin que le Saint-Esprit descende en moi avec la plénitude de ses dons, et je vous en serais très reconnaissant. Je vous assure que vous ne pourriez faire rien au monde qui me fût plus agréable, aussi suis-je certain que vous n'y manquerez pas. »

On ne peut lire sans émotion les touchantes expressions d'humilité, de ferveur, de confiance en Dieu dont est pleine la correspondance de Mgr Pecci à l'approche de son ordination, surtout quand on se reporte à la suite de la vie de Léon XIII, et que l'on songe à la façon dont ses prières ont été exaucées.

Enfin le grand jour du sacerdoce avait lui. Le vénérable cardinal Odescalchi, alors vicaire-général de Grégoire XVLelqui, peu après, devait revêtir l'humble habit de jésuite dans ce même noviciat où Joachim Pecci se préparait au sacerdoce, fut celui qui lui conféra l'onction sainte au dernier jour de l'année 1837. Le lendemain, assisté par son frère Joseph, Joachim Pecci, prêtre du Seigneur, montait pour la première fois au saint autel dans le sanctuaire de Saint-Stanislas Kostka au noviciat des Jésuites. Là, dans la chambre transformée en chapelle où l'angélique Polonais rendit son âme à Dieu, en face de la belle statue en marbres multicolores qui le représente étendu sur son Ht de mort, les lèvres entr' ouvertes par un sourire céleste ; devant le tableau de Marie accueillant au ciel l'âme de son fidèle serviteur, le nouveau ministre de Dieu vit, pour la première fois, descendre à sa voix sur l'autel Celui dont il

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