‹ Le pape Léon XIIIChapitre 31 sur 248 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

devait un jour être le Vicaire et dont il allait avoir à partager mystiquement le calvaire !

Eut-il alors la vision de cet avenir ? Entendit-il la voix du divin

Maître murmurer à son cœur les paroles fatidiques : « Petre, antas me ? Pasce oves meas : Pierre m'aimez-vous ? Paissez mes brebis ! > Toujours est-il que sa première ardeur sacerdotale s'échappa en un

soupir d'amour semblable à celui du prince des Apôtres : < Etiam tu scis^ Domine^ quia amo te et animant meam pono pro te : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime et que je donne ma vie pour vous. > N'est-ce pas là en effet le sens des paroles que nous avons empruntées plus haut aux lettres de Joachim 'i

Après Tordination, après la première messe, le nouveau prêtre, en possession de son bonheur, surabonde de joie. Le 6 janvier 1838, il écrit à son frère Charles : « Je suis au comble de la jubilation, et je bénis de toute mon âme le Seigneur qui, non content de m'avoir revêtu d'une dignité aussi sublime, me donne cette paix et cette joie spirituelle qui réellement dépassent tout sentiment, exsuperat omnem sensum. » Sa pensée a ensuite un touchant retour vers ceux qui ne sont plus, et son âme un élan vers Marie, Mère des Douleurs. Il écrit à ses frères : « Je vous remercie grandement d'avoir accédé si ponctuellement à la demande que je vous ai adressée de faire célébrer pour moi une messe solennelle au jour de mon ordination. Vous avez choisi l'église de Saint-Pierre et l'autel de \ Addolorata, et le choix ne pouvait être meilleur. Cette église où reposent les os de nos ancêtres, et ceux de notre excellent père, que d'idées n'éveille-t-elle pas en moi, surtout quand la pensée m'en revient au moment où je m'approche du redoutable sacrifice de l'autel ! Oh ! que le prix infini de ce sacrifice délivre ces âmes des liens qui empêchent encore, leur entrée dans la gloire! qu'il leur obtienne la lumière, le rafraîchissement, la paix, et que la Vierge des Douleurs en soit la médiatrice ! que les immenses douleurs qu'elle souffrit sous la Croix, diminuent et rendent plus légères les peines que ces saintes âmes ont encore à souffrir ! Fiat^fiat... >

C'est au milieu de ces doux et sublimes épanchements que s'écoula le mois de janvier 1838, véritable oasis spirituelle dans la vie si occupée de Joachim Pecci. Derrière lui s'étendaient des jours d'études, de travaux intellectuels non interrompus ; devant lui, c'était en un sens l'inconnu, mais avec la certitude de tribulations et

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