CHAPITRE PREMIER
de difficultés prochaines et durables, dans les positions, quelles qu'elles fussent, oîi il aurait à exercer son activité. Ce double regard sur le passé et sur l'avenir, augmenta sans doute le recueillement du jeune prêtre pendant les jours qui lui furent laissés pour les donner
Chapelle de St-Stanlslaa Kostka à 5t-André du Qulrlnal.
à son Dieu, et comme le navire du poète, il s'ancra fortement dans ce port de salut, avant de reprendre la haute mer des affaires et des préoccupations.
%„aJ /s jy--- /^f
«^ ^ /u/i>4e " /tAfyaJ «SivAw Aai^ ^^.^
ne sont souvent que les serviteurs à gage d'une sorte de firme, dont les membres se partagent clandestinement les bénéfices, tout en gardant les dehors de citoyens honnêtes et considérés. C'est ce qu'on appelle une camorra. Le nom peut varier, les moyens mis en œuvre peuvent être plus ou moins violents suivant les temps, toujours est-il que ce genre d'association constitue une puissance occulte et formidable dont il est bien difficile d'avoir raison. Or Bénévent, à cause de sa situation et par suite des événements
Vue de Bënévent.
politiques qui s'y étaient succédés, était terrorisé par une association du genre.
Des familles riches et influentes, ayant sous leurs ordres un ramassis de gens prêts à tout, rançonnaient impunément le pays, et le gouvernement pontifical, encore mal assis, était hors d'état de mettre un terme à cette situation désastreuse. Pour la faire cesser, il fallait un homme de tête, inflexible dans le devoir, et déterminé à faire triompher à tout prix la justice. Grégoire XVI avait cru
58 L£ PAPK LÉON XIII.
trouver cet homme dans Joachim Pecci, et son attente ne fut pas trompée.
C'est donc en février 1838 que, revêtu du titre de délégat, le jeune prélat abandonna Rome, où jusque-là sa vie s'était passée à peu près exclusivement dans les travaux paisibles de l'étude, pour aller prendre le gouvernement d'une province livrée à l'anarchie.
Il fallait que, chez Mgr Pecci, la fermeté du caractère suppléât à son inexpérience et même à la délicatesse de son tempérament. La mission qu'il entreprenait était hérissée d'obstacles. Le voyage même de Rome à Bénévent, par des chemins souvent impraticables et par une saison contraire, était à lui seul une difficulté des plus sérieuses. Peu s'en fallut que Pecci n'y succombât : il venait à peine d'arriver à Bénévent, qu'il fut assailli par un violent accès de fièvre pernicieuse, dû aux fatigues endurées pendant la route. On fit venir un des premiers médecins de Naples, qui, avec ses collègues de Bénévent, prit les mesures les plus énergiques pour combattre le mal, mais en vain, et l'on commençait à désespérer de la guérison, lorsque le Ciel se laissa fléchir par les prières des habitants de Bénévent et rendit la santé au malade.
Cet événement eut quelque chose de prodigieux. A peine la nouvelle de la maladie de Mgr Pecci avait-elle été connue dans la ville que la consternation s'y répandit. Les Bénéventains avaient-ils le pressentiment que leur nouveau délégat devait leur rendre les bienfaits de Tordre et de la paix ? ou avaient-ils été gagnés dès l'abord par l'affabilité, la jeunesse et les grandes qualités de Mgr Pecci ? Une chose est certaine, c'est que le peuple entier s'émut et qu'un immense concours de monde se rendit spontanément en procession au sanctuaire de Notre-Dame des Grâces, situé en dehors de la ville. Or, en ce moment, un jésuite jouissant d'une grande réputation de sainteté, le P. Tessandori, recteur du collège de Bénévent, se trouvait au chevet du prélat mourant. Ce bon religieux fit toucher au malade une relique de