‹ Le pape Léon XIIIChapitre 33 sur 248 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

saint François de Hîeronymo,en priant ardemment le Ciel d'accorder à l'intercession de Tapôtre de Naples, une guérison qui était sollicitée par tout un peuple suppliant. Aussitôt Tétat du prélat commença à s'améliorer, et peu après tout danger avait disparu. C'est ainsi que fut conservé à Bénévent son administrateur bien-aimé, et à l'Église celui qui devait être son pasteur suprême.

Pendant cette maladie le Pape voulut recevoir tous les jours des nouvelles du délégat de Bénévent. Si l'on songe aux difficultés des communications et à l'irrégularité des services postaux à cette époque, on verra là une marque tout extraordinaire d'estime et d'intérêt de la part de Grégoire XVI.

Le début de Mgr Pecci à Bénévent, contrarié comme nous venons de le raconter, avait peut-être fait espérer aux brigands, titrés et autres, qui dévastaient la province la continuation de leur insolente domination. Ils se flattaient, sans nul doute, d'avoir vite raison de ce jeune gouverneur à l'apparence fine et délicate, à la santé ébranlée par une violente maladie. Les événements ne tardèrent pas à prouver qu'ils se trompaient du tout au tout et qu'un corps peu résistant peut servir de demeure à une âme indomptable.

Le gouvernement de Joachim Pecci à Bénévent est une petite épopée qui a quelque chose d'héroïque. De grands abus s'étaient introduits dans cette province éloignée. Il fallait réorganiser les services publics, faire respecter les lois tout en évitant de se briser à des influences puissantes, réduire par la force ceux qui bravaient la justice. Un organisateur, un diplomate, un chef d'armée était nécessaire : Pecci fut tout cela. Jugeant la situation d'un coup d'œil, il comprit que la principale source du mal était la contrebande, qui fournissait aux fauteurs de désordres un personnel d'aventuriers toujours prêts aux mauvais coups. Il se rendit compte en même temps que, sans une entente avec le gouvernement napolitain pour la surveillance des frontières, la répression de la contrebande et du brigandage qui en était la suite, était à jamais impossible. Il n'hésita donc

pas à se rendre en personne à Naples auprès du roi Ferdinand II, afin de combiner de commun accord une série de mesures propres à obtenir le but désiré.

Ce point acquis, il mit énergiquement la main à la grande œuvre du rétablissement de Tordre intérieur dans la province. Il s'adjoignit un aide capable et actif dans la personne de M. Sterbini, qui mourut en 1878, revêtu du titre de commandeur et attaché à la cour laïque de Léon XIII. Ce fonctionnaire fidèle et intelligent fut chargé de la réorganisation et de la surveillance de la ligne des douanes aux frontières.

Dès lors, sans craindre les formidables colères qu il souleva, Mgr Pecci procéda avec fermeté à l'exécution du plan qu'il s'était tracé. Faire poursuivre sans merci les bandes de brigands, les dénicher des forêts et des châteaux où elles se réfugiaient, fut sa première préoccupation. La gendarmerie et les troupes pontificales,qui jusquelà s'étaient montrées impuissantes ou découragées, se reformèrent sous la forte impulsion du délégat, et vinrent à bout de la lourde tâche qui leur était imposée.

Le 7 juillet 1839, Mgr Pecci exprime à son secrétaire, don Fîlippo Salina, la satisfaction que lui font éprouver les résultats réalisés jusqu'à ce jour, particulièrement en ce qui concerne la réforme des troupes : « Les affaires de la province marchent régulièrement, à ce qu'il me paraît. Au capitaine P. a succédé, comme vous le savez, le capitaine D. qui me donne toute sécurité quant à l'ordre public de la province. Il est de beaucoup supérieur à P. (que j'estimais grandement du reste) en activité, en capacité et, ajouterai-je, en religion. Grâce à ses soins, les troupes de la garnison ont déjà subi, pour les mœurs et la discipline, une salutaire réforme. »

Sûr désormais de l'esprit de ses troupes, le délégat put mener vigoureusement les opérations. Un des faits principaux de la pénible campagne fut la prise de la villa Mascambruni, où quatorze brigands, commandés par un chef célèbre, tombèrent entre les

Page 1