‹ Le pape Léon XIIIChapitre 5 sur 248 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

successeur de Pierre, le flot sans cesse renaissant des sollicitudes, des luttes, des angoisses, des doutes, des douleurs qui les travaillent.

Ah ! nul n'entend comme le Pape la rumeur qui s'élève de la terre, la clameur qui s échappe de la bouche de ceux que l'antiquité appelait les mortels. La clameur propre de la terre, la synthèse de tous les bruits qui l'agitent est comme un cri de douleur et de mort, et ce cri retentit continuellement à l'oreille du Pape ; il retentit comme un plaintif appel à sa pitié et à ses lumières.

De là cette bonté mélancolique, cette promptitude à accueillir, à écouter, à compatir, qui apparaît dans la conversation de Léon XIII. De là cette sensation qu'on éprouve en lui parlant, et à laquelle l'incroyant lui-même n'échappe pas : il semble qu'on ait affaire à quelqu'un qui est en dehors et au-dessus de l'humanité, et sur qui pèsent néanmoins toutes les douleurs de l'humanité, comme elles pesèrent sur le Christ dont il est le Vicaire. De là enfin cette connaissance profonde de chaque coin du monde, qui est comme une image de Tomniscience divine, et ce soin d'en examiner et d'en discuter minutieusement les intérêts spirituels, qui est la fidèle imitation de la divine Providence !

Un Français de distinction, sortant de l'audience pontificale, prononça un jour ces paroles : i. Je croyais éclairer Léon XIII sur l'état de la France, et c'est lui qui m'a appris beaucoup de choses que j'ignorais. > Il est certain que nul, fût-il venu des extrémités les plus reculées du monde, ne quitte le Pape, sans emporter la persuasion que Léon XIII connaît cette portion de la terre, l'aime et s'intéresse à ce qui la concerne, comme s'il n'avait à aimer qu'elle seule, et à s'occuper que de ses seuls intérêts.

Oh! oui, le Pape est bien le Père saint dont tous les chrétiens, et, en un certain sens, tous les hommes sont les enfants. Père dont il suffit de s'approcher pour goûter les épanchements de son amour et pour sentir qu'on est son enfant, connu et aimé comme tel par un cœur surnaturellement paternel.

I réflexions étaient nécessaires pourcaractériser.dans la mesure issîble, la physionomie de Léon XIII, telle qu'elle apparaît c qui ont le bonheur de le voir; et pour analyser en quelque cette impression que tous éprouvent, mais dont beaucoup rent pas à se rendre un compte suffisamment exact, faute d'en aisir la source véritable.

-mi les portraits à la plume de Léon XIII, celui que nous citer est un des mieux réussis. Les opinions bien connues de ir de ce morceau, fort imagé et un peu trop moderniste peutlont une garantie de la sincérité de ses appréciations '. rès pâle, très droit, très mince, à peine accessible au regard, reste peu de matière terrestre en cette gatne de drap blanc, nt-Fère siège, au fond de la pièce, dans un vaste fauteuil ï à une console que surmonte un Christ douloureux, a lumière, venant de face, tombe d'aplomb sur cet admimble I de prélat latin, en fait ressortir les méplats, les finesses de é, la structure < primitive > au sens pictural du mot, vivifiée, e, galvanisée pour ainsi dire par une âme si juvénile, si ite, si combative pour le bien, si compréhensive des misères is, si pitoyable aux détresses'physiques, que le regard étonne, s une aube miraculeuse surmontant un déclin de jour... 'incomparable portrait de Chartran peut seul donner idée de acuité de vision. Mais encore est-il d'un éclat un peu bien ueux ; et toute la poudre qui flamboie derrière la soutane ise met-elle aux joues un reflet, aux prunelles une étincelle idoucissent dans la réalité.

our rendre mon impression, je dirai que j'ai trouvé le Pape blanc >, d'un rayonnement plus intime et plus émouvant, souverain, davantage apôtre — presque aïeul ! ne bonté attendrie, timide, semblerait-il, et tapie dans la moue

piTû du 4 août iSy2.

CHAPITRK PREMIER.

des lèvres, se dénonce seulement dans le sourire. Et en même temps, le nez long, solide, révèle la volonté, une volonté inflexible — qui sait attendre !

< Léon XIII ressemble aux modèles du Pérugin et à tous ces portraits de donateurs qu'on voit dans les tableaux de sainteté, sur les vitraux des antiques cathédrales, agenouillés, de profil, en leurs habits de laine, les doigts allongés et humblement rejoints, parmi les apothéoses, les nativités, le triomphe de saints et la gloire de Dieu,

€ Il me parait aussi incarner les armes de sa maison, le blason des Pecci, avec sa taille aussi svelte, aussi altière que le pin qui se silhouette en I sur le ciel bleu, et, entre ses paupières, cette clarté d'étoile matutinale et précurseuse d aurore qui tremble à la cime du grand arbre héraldique. »

Donnons aussi quelques lignes de l'artiste, qui, dit-on, reproduisit

le mieux par le pinceau la figure du Pape. Voici comment s'exprime le peintre Chartran :

« Parlons, d'abord, de l'aspect extérieur de Léon XIII. Sa haute stature, la suprême distinction de toute sa personne, son masque à la fois énergique et bon, son front large et plein de noblesse, sa bouche, aux lèvres spirituelles et fines, ses mains si parfaitement aristocratiques, sa voix harmonieuse et profonde, et surtout ses yeux pleins de jeunesse, de vie et de volonté, tout cet ensemble unique enfin contribue à faire de cette admirable figure le modèle le plus complètement intéressant qu'il puisse être donné à un artiste

d'avoir jamais sous les yeux L'admiration profonde que j'avais

déjà pour le Souverain- Pontife se changea, lorsque je fus admis dans son intimité, en un véritable culte. Je fus pris en même temps par les yeux et par le cœur ^ »

Le catholique, dont le cœur est déjà tout au Pape, n'a peut-être pas besoin d'être /rw pour aimer Léon XIII. Néanmoins, quand

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