‹ Le pape Léon XIIIChapitre 53 sur 248 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Nous trouvons une preuve de son mérite et de son humilité dans un incident dont la correspondance de Mgr Fornari a gardé la trace. Ce prélat avait désapprouvé la manière d*agir du nonce de Bruxelles dans une certaine circonstance que nous ne croyons pas devoir indiquer autrement. Mgr Pecci lui exposa, avec la plus grande modération, les raisons qui avaient dicté sa conduite, et le nonce de Paris fut si édifié de cette réponse qu'il lui en exprima son admiration dans les termes suivants :

€ Permettez, Monseigneur, qu'en toute franchise et sans offenser votre modestie, je vous dise que votre lettre a été une véritable leçon pour moi. Je connaissais déjà depuis de longues années votre vertu, que j'ai toujours eu l'occasion d'admirer, mais cette fois elle est vraiment édifiante. Vous auriez eu bien des raisons de me dire de m'occuper de mes affaires, sans me mêler de celles des autres ; au contraire, vous me remerciez de mes observations, et avec une humilité vraiment chrétienne, vous ajoutez que ma lettre vous a été très agréable. En réalité je m'étais repenti de ce que je vous avais écrit parce que (je le reconnaissais moi-même), j'avais été imprudent, et voilà que vous m'en remerciez ! Je vous sais gré de la bonté avec laquelle vous avez voulu recevoir mes imprudences, et je me réjouis avec vous, certain que votre nonciature réussira parfaitement, parce que le Seigneur élève ceux qui s'humilient. Pardonnez-moi donc, cher Monseigneur, et bénissez le Seigneur qui vous a doué de tant de vertu. Qu'il daigne permettre que je ne me borne pas à vous admirer, mais que j'aie aussi la force de vous imiter. > Cette lettre honore autant celui qui l'écrivit que celui qui la reçut, et elle montre en quelle estime Mgr Fornari tenait son jeune collègue de Bruxelles.

Reprenons maintenant la narration des faits qui marquèrent la nonciature de Mgr Pecci en Belgique.

Joachim Pecci avait été dans sa jeunesse un étudiant hors ligne :

il demeura toujours un ami éclairé des sciences et des lettres, et ne dédaigne pas, sous la tiare, de leur consacrer les instants dérobés aux immenses labeurs du Pontificat. Nonce en Belgique, il ne pouvait donc manquer de s'intéresser à tout ce qui concernait l'enseignement dans ce pays. Aussi le voyons-nous visiter les établissements d'instruction et s'y complaire d'une façon toute particulière.

L'Université de Louvaîn, qui couronne et résume en quelque sorte en elle tous les efforts des catholiques en matière d'enseignement, devait attirer en premier lieu son attention. Nous le voyons honorer de sa présence la jeune Université dès la première année de sa nonciature, à l'occasion des thèses de licencié en droit canon défendues par M. Loiseaux, prêtre du diocèse de Tournai, aujourd'hui bien connu par ses travaux théologiques et canoniques sous le nom de Père Piat, de l'ordre des Capucins.

Notre devoir d'historien consciencieux ne nous permet pas de taire que le nonce eut à se préoccuper des questions doctrinales sur lesquelles l'enseignement de l'Université prêtait à la critique. L'influence de Lamennais s'était grandement fait sentir en Belgique, et son traditionalisme séduisait beaucoup de bons esprits par ses apparences, non seulement inoffensives, mais conformes à la doctrine fondamentale de l'Église sur la tradition. L'ontologîsme aussi, avec ses allures spiritualistes et sa métaphysique spécieuse, attirait nombre d'intelligences distinguées; et, au milieu du désarroi causé par l'abandon de la philosophie scolastique, des penseurs, d'ailleurs remarquables et bien intentionnés, s'attachaient à cette doctrine, comme à l'ancre du salut pour la philosophie chrétienne. Divers professeurs de l'Université de Louvain étaient partisans plus ou moins avancés du traditionalisme et de l'ontologisme.

Mgr Pecci fut le premier nonce qui eut à saisir formellement les évêques de cette question. Mgr Fornari lui écrivait de Paris à ce sujet le 3 décembre 1843 : «Je suis^xtrêmement heureux que vous soyez revenu satisfait de votre excursion à Malines,et que vous ayez

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