‹ Le pape Léon XIIIChapitre 59 sur 248 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

La situation que nous venons de décrire, si étrange et si dangereuse au point de vue des intérêts de T Église, ne pouvait manquer d'attirer l'attention du nonce. Il consulta à ce propos son conseiller habituel, Mgr Fornari. Ce dernier, qui connaissait bien la Belgique, lui exprima son sentiment dans une lettre du 24 juin 1824. Nous y lisons : « S'il faut vous dire mon avis, sous toutes réserves, je pense que les évêques et le parti catholique se trompent parce qu'ils se croient beaucoup plus forts qu'ils ne le sont et qu'ils comptent pouvoir conserver toujours la majorité dans la Chambre, chose dont je doute beaucoup. S'il arrive uh jouV que la majorité devienne libérale, ce qui, à mon sens, ne tardera guère, alors ils verront peut-être quelle loi fera une chambre libérale : ce sera une loi expressément dirigée contre le parti catholique. Monseigneur, il ne faut pas que les catholiques se fassent illusion. Ils sont plus forts en nombre, mais beaucoup plus faibles en activité et en énergie, et à chaque élection ils perdent du terrain. Qu'ils s'en persuadent bien, et ils reconnaîtront que ce sera un moindre mal de laisser le choix des membres du jury au gouvernement plutôt qu'à la Chambre. Le premier aura toujours des égards pour la partie la plus nombreuse de l'État; la seconde ne se laissera guider que par son esprit de parti; par sa haine contre le parti opposé. Si les choses étaient examinées sans idées préconçues, on le verrait beaucoup plus clairement. Au reste je me figurais que M. Nothomb vous en aurait parlé avant de publier son projet, et que, de votre côté, connaissant la manière dont les évêques considéraient la chose, vous auriez pu le prévenir de la forte opposition qu'il aurait trouvée dans l'épiscopat et par conséquent dans tout le parti catholique. Je me le figurais d'autant plus que ce fut, je me le rappelle, le sujet de la conversation qu'il eut avec vous en ma présence le premier jour qu'il

des circonstances > et que le clergé € eut sa large place dans les écoles secondaires >. Ces assertions ne reposent sur aucune base. 11 ne fut question à cette époque que de la composition des jurys d'examen.

VOUS vît. Il ajout% que vous en auriez conféré ensemble, et qu'il vous aurait prié de faire connaître au clergé et aux catholiques la justice (ce sont ses paroles) et l'utilité de son plan. Cela me portait à croire que vous auriez eu la possibilité de l'avertir que le clergé se serait opposé à la loi de toutes ses forces. Je m'étonne que M. Nothomb, certain que les libéraux auraient soutenu son projet de loi, n'ait pas cherché, avant de le présenter, à se rallier quelques voix dans le parti catholique pour s'assurer ainsi de l'issue des débats. >

Ce jugement de Mgr Fornari contient une appréciation généralement exacte de l'état du parti catholique à cette époque. Le nonce de Paris s'y montre ouvertement favorable au projet de M. Nothomb, mais il n'est pas douteux qu'il ne se fit illusion sur les égards qu'un futur cabinet libéral eût eus pour la majorité catholique de la nation. Mgr Pecci, comme nous le verrons ci-après, s'écarta en cela de son avis et jugea, avec les évêques et la masse du parti catholique, que, moins on donnait de pouvoir au gouvernement dans la question des jurys d'examen, mieux on assurait les intérêts de la religion. Cette maxime fondamentale n'a cessé d'inspirer les catholiques belges dans les questions d'enseignement, et l'histoire des années suivantes a montré combien elle était juste. De plus il y avait à cette solution un avantage immédiat : le cabinet, quoique unioniste et modéré, était libéral; la majorité parlementaire existante était catholique et semblait suffisamment solide. Les catholiques avaient naturellement plus de confiance en leur majorité qu'en un cabinet qui, précisément dans la question actuelle, favorisait le parti libéral et était bruyamment soutenu par les éléments les moins modérés de ce parti. De la lettre de Mgr Fornari il résulte en outre que M. Nothomb lui-même cherchait, dans cette question importante, son point d'appui à gauche et ne paraissait se soucier que médiocrement d'obtenir l'appui des catholiques.

Aussi le mécontentement de ceux-ci était-il extrêmement vif.

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