CHAPITRE TROISIÈME
Un catholique émînent jugeait en ces termes le chef de cabinet dans une lettre à Mgr Pecci : « Je vois qu'encore une fois M. Nothomb est parvenu à endormir le parti catholique sur ses véritables intérêts. La majorité a pris sur elle une bien grande responsabilité en confiant les prochaines élections à un homme qui nous
a fait perdre dans les élections dernières les chefs de notre parti
Il me semble qu'après sa loi du jury d'instruction, il ne peut plus inspirer l'ombre de confiance. Quand il a besoin de nous pour n'être pas culbuté du ministère, il nous réclame et, d'un autre côté, il ne demande pas mieux que de trahir nos intérêts les plus chers pour faire sa cour à nos ennemis. » Ces violences de langage montrent bien quelle émotion le projet de M. Nothomb avait suscitée dans les rangs catholiques. Mgr Pecci, à en juger par la correspondance de Mgr Fornari, ne partageait pas ces appréciations. Toutefois, dans la question des jurys d'examen, il se sépara nettement du chef du cabinet. C est ce qui ressort de deux rapports adressés par lui à la secrétairerie d'État après le vote de la loi, et dont la minute est conservée à Carpineto»
Voici comment s'exprime Mgr Pecci dans le premier de ces rapports : € Après huit jours des discussions les plus vives et les plus animées qui aient jamais eu lieu dans ces Chambres, la grave affaire du jury universitaire a été résolue. Je confirme les résultats déjà indiqués: la majorité obtenue sur toutes les questions, et, au lieu du projet ministériel, Tadoption du projet proposé par la section centrale. Ce qui était justement demandé par les évêques et les catholiques belges, à savoir, que l'on conservât l'ancienne loi, en corrigeant les défauts partiels qu'elle pouvait contenir, a été heureusement obtenu. Il est vrai que la loi adoptée est provisoire, mais elle ne laissera pas que d'exercer une salutaire influence à cause de l'intérêt très vif que sa discussion a excité dans tout le royaume ; et je ne puis me persuader que, les quatre ans écoulés, le ministère qui se trouvera alors au pouvoir ne se souvienne de
Topposition unanime que le projet a rencontré dans Tépiscopat et le parti catholique ; et qu'il commette l'imprudence de le proposer de nouveau. Je me permets d'ajouter que la mesure adoptée, en sauvant au moins provisoirement un principe qu'on croit justement être la garantie de la liberté d'enseignement en Belgique, aura également son écho en France, soit à cause de la part prise à nos discussions par la presse périodique de ce pays, soit parce que la même question s'y discute actuellement, bien que sous d'autres formes. On ne peut exactement définir l'attitude gardée dans cette circonstance par M. Nothomb et le ministère. Frappé d'une part par les déclarations et les observations que je lui ai faîtes et par l'opposition des évêques et des catholiques, et d'autre part engagé comme il l'était dans son projet et vis à vis du parti libéral, il s'est trouvé véritablement fort embarrassé pendant la discussion. C'est pourquoi M. Nothomb a déclaré à la tribune vouloir l'adoption pure et simple du projet ministériel, mais en même temps il n'a pris que deux ou trois fois la parole dans l'espace d'une semaine pour défendre le projet, et il ne Ta fait que faiblement, s'attachant plutôt à en soutenir les parties accessoires que la principale. A louverture de la discussion, il affirma qu'il ne se serait pas rallié au projet de la section centrale, mais il n'a cherché à exercer aucune influence sur les députés qui dépendent du ministère comme les gouverneurs de province et d'autres fonctionnaires ', et il s'est montré tout à fait indifférent à ce qu'ils se déclarassent contraires à son opinion, ainsi que le firent quelques-uns d'entre eux; on croit même qu'il les a secrètement poussés à cette attitude. Dans la séance d'hier, au cours de laquelle l'affaire fut décidée, les clameurs et les reproches des libéraux le contraignirent à rétracter, vu l'interprétation qu'on pouvait leur donner, les paroles qu'il avait prononcées en déclarant ne pas vouloir provisoirement l'adoption de son projet ; et, en wnion avec
I. La plupart des incompatibilités parlementaires existantes aujourd'hui n'étaient pas encore introduites à cette époque.