‹ Le pape Léon XIIIChapitre 62 sur 248 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

rompre ouvertement avec le parti où il avait son principal point d appui, M. Nothomb dut battre en retraite en s'efforçant autant que possible de masquer son recul aux yeux de la gauche. De là son attitude vacillante et incertaine au cours du débat.

Le rejet des propositions de M. Nothomb fut considéré comme une grande victoire par le parti catholique et par Tépiscopat, qui témoigna au nonce toute sa reconnaissance pour la part qu'il avait prise au succès de Tafifaire, ainsi qu'il résulte du second rapport adressé par Mgr Pecci à la secrétairerie d'État. Ce rapport note l'intervention de la diplomatie au cours des débats parlementaires : « Je ne dois pas passer sous silence, écrit le nonce, la part très active prise en faveur du projet du gouvernement par presque tous les membres du corps diplomatique. Par là Votre Éminence comprendra l'embarras et la difficulté qui existait de ce côté pour empêcher l'adoption de la loi présentée par le ministère. On a soupçonné que ces diplomates avaient reçu de leurs gouvernements respectifs des instructions secrètes à ce propos : notamment le minîstre de Prusse et l'ambassadeur de France, qui ont assisté aux séances avec une assiduité extraordinaire. Quant à ce dernier, une personne très respectable m'a confié que M. le prince de Chimay, membre de la Chambre, avait reçu de ce diplomate les plus vives instances pour l'engager à voter dans le sens du projet ministériel; et une autre personne en qui j'ai confiance a ajouté que, la semaine dernière, quelques Français de qualité, de passage à Bruxelles, se donnèrent beaucoup de mouvement pour que la proposition ministérielle fût adoptée. M. le ministre d'Autriche s'est aussi montré ouvertement 'favorable aux idées du cabinet, ce qui n'a pas peu surpris. i>

Si Ton s'étonnait de voir Mgr Pecci si activement mêlé à une question parlementaire belge, l'attitude du corps diplomatique accrédité à Bruxelles le justifierait amplement. Les intérêts de la religion, dont le nonce a la garde, spécialement sur le terrain poli-

tique, se trouvaient en jeu ; il était juste que Tenvoyé du pape s'efforçât de les sauvegarder, alors que les puissances étrangères, qui n avaient pas les mêmes raisons d'intervenir, ne craignaient pas d'user de pression dans un sens opposé.

Quant au roi Léopôld, il partageait la manière de voir de Mgr Pecci et agit en faveur de la solution préférée par ce dernier. La chose résulte d'une note autorisée que nous avons en mains. Peutêtre faut-il attribuer en grande partie à cette attitude du roi, le revirement du cabinet Nothomb au cours des débats. D'un autre côté, nous savons de source certaine que Léopold I^^ p^îa le nonce de s'interposer auprès de Mgr van Bommel, évêque de Liège, dont le zèle ardent et la singulière vigueur s'exprimaient parfois en termes vifs sur le compte des soutiens du projet ministériel. C'est ainsi que, grâce à l'action extra-parlementaire, bien que strictement constitutionnelle, du roi, action secondée, en ce qui le concernait, par Mgr Pecci, ces débats se terminèrent à l'avantage de la liberté de l'enseignement.

Une réflexion s'impose à ce propos, qui ne manque pas de piquant. A l'époque dont nous parlons, les désirs des catholiques se bornaient à réclamer pour les Chambres une part dans la nomination des membres des jurys d'examens, et ils considérèrent comme un grand succès d'avoir pu soustraire ainsi les jurys à l'influence du gouvernement. Depuis lors, les idées ont fait du chemin en Belgique dans le sens de la liberté.Une loi donne à chaque Université le droit de conférer les grades académiques, et cette loi a été votée sans opposition sérieuse de la part du parti libéral, avec l'appui et sur l'initiative de M. Frère-Orban lui-même. On serait donc mal venu à soutenir aujourd'hui qu'en la circonstance que nous venons de rs^conter, le nonce, les évêques et le parti catholique firent preuve d'un esprit politique peu éclairé ou d'un parti-pris mal raisonné. Ils restèrent en effet bien au-dessous de ce qui fut depuis réalisé sans opposition sérieuse.

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