CHAPITRE TROISIÈME
à découvrir quelque chose, de nous faire la grâce de nous en informer» tous les ambassadeurs intéressés au bon ordre de T Italie étant ici parfaitement d'accord, et cherchan-t tous les moyens de briser les fils des conspirateurs, > — C'est ainsi que Mgr Pecci fut amené, comme nonce, à traverser les projets de la secte révolutionnaire qui devait, comme Pape, le poursuivre de sa haine.
Des sollicitudes d'un genre tout différent attiraient en même ' temps son attention.
S'il est un point de la discipline de l'Église qui réclame spécialement les soins du St-Siège, c'est bien certainement le maintien de l'observance dans les ordres religieux. Ces vaillantes milices sont comme l'avant-garde de l'armée du Christ ; elles se trouvent plus encore que les autres parties de cette armée spirituelle sous la direction immédiate du chef de l'Église universelle.il était donc juste que le représentant du Saint-Siège en Belgique s'occupât avec un soin particulier de ce qui concernait les réguliers dans ce pays.
Par suite du malheur des temps qui précédèrent la révolution de 1830, la plupart des ordres religieux s'étaient trouvés réduits à un état réellement précaire. Cette situation avait décidé le Saint-Siège à les mettre sous la direction d'un vicaire apostolique. Le titulaire de cet important office était le vénérable Mgr Corselis, prélat octogénaire, justement estimé pour ses éminentes vertus, mais à qui son grand âge ôtait l'activité requise pour la réorganisation matérielle et canonique des ordres soumis à sa juridiction. Mgr Pecci crut devoir proposer au Saint-Siège de déférer à la nonciature les attributions de la charge en question. Mais auparavant, il s'adressa comme d'habitude à Mgr Fornari. Ce dernier, effrayé des obstacles que rencontrerait la mesure proposée, n'y parut pas favorable. La situation des ordres religieux en Belgique était à cette époque assez mal définie et prétait à de nombreuses difficultés avec les évêques. « Je crois, écrivait Mgr Fornari
au nonce de Bruxelles, que cette affaire est très délicate. Mgr Corselîs a été proposé en 1834, par tous les évêques réunis, comme rhomme le plus apte à remplir la charge de visiteur général des ordres religieux en Belgique, et c'est en effet un prélat très respectable par sa piété, son zèle et sa science ecclésiastique. > Le nonce de Paris ajoute néanmoins ce qui suit : 4 L'excellent Mgr Corselis n'est pas complètement à la hauteur de cette grande mission. Pour exercer les pouvoirs très étendus qui lui ont été confiés — lesquels ne sont rien moins que ceux de tous les généraux d'ordres, en sorte qu en Belgique, il est le Pape des réguliers, le nonce lui-même n'ayant rien à faire avec eux, — il faudrait un homme d'une science profonde, d'une très grande énergie et d'une extrême force de caractère...; mais alors ce serait une guerre continuelle d'où naîtraient de graves désordres... Quand la congrégation des évêques et réguliers m'écrivit que les cinq abbayes de chanoines Prémontrés avaient demandé à m'avoir pour général, et quand on sollicita mon consentement, connaissant la gravité de la chose, la responsabilité qu'on voulait m'imposer, et surtout mon insuffisance, je trouvai préférable de ne pas répondre, et ainsi les choses demeurèrent comme elles étaient. > On le voît,si Mgr Fornari redoutait de voir aborder cette question des réguliers, si importante cependant pour le bien de l'Église, et, s'il craignait de soulever des conflits de compétence avec les évêques, Mgr Pecci considérait, lui, la nécessité qui s'imposait de rétablir les ordres religieux sur un pied strictement canonique, seul moyen de les faire prospérer. Il passa outre aux observations d'un conseiller qu'il vénérait d'ailleurs grandement, et sollicita du Saint-Siège les pouvoirs nécessaires. Les ayant obtenus, il convoqua les chapitres des divers ordres et visita en personne plusieurs de nos antiques abbayes. Il est à peine besoin de dire que ces visites ranimèrent le zèle des religieux, et qu'elles produisirent d'heureux fruits. Ces résultats furent obtenus le plus pacifiquement du monde, et il n'est resté aucune trace des conflits d'autorité