‹ Le pape Léon XIIIChapitre 7 sur 248 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

distinguent par leur énergie, voire même par leur violence, les Fahii par leur prudence, et ainsi des autres. Quelque chose de semblable se remarque dans l'histoire de la famille Pecci : ce qui caractérise ses membres, c'est l'intégrité, la prudence, l'amour de la patrie et de la religion.

Nous avons dit que les Pecci étaient originaires de Sienne. C'est à Sienne en effet qu'ils devinrent illustres, mais avant de se

Le palais Pecci, à Sienne.

fixer dans cette cité, ils vécurent à Cortone, où ils laissèrent peu de traces. En 1300, ils passèrent à Sienne, et y acquirent rapidement une position influente.

Nous n'avons pas à retracer ici les inextricables démêlés qui partagèrent cette ville, comme la plupart des cités italiennes de l'époque, en factions acharnées. C'était toujours, sous une forme ou sous une autre, la lutte de tous les temps entre la démagogie et

Tesprit d'ordre, entre la plèbe, la bourgeoisie et Taristocratie. Qu'il nous suffise de dire que les Peccî se montrèrent toujours les défenseurs^ des institutions fondamentales de leur patrie.

Paul Pecci s'était même acquis par ses capacités et ses vertus une telle autorité dans Sienne, que ses compatriotes lui confièrent en 1403, le soin de réformer les abus qui s'étaient introduits dans le gouvernement de la république. Il fut en outre ambassadeur à Naples, général des troupes de la république, puis chargé de la délicate mission d'engager Grégoire XII à déposer la tiare, ce que celui-ci fit au concile de Constance en même temps que l'antipape Benoît XIII.

Avant Paul Pecci, on cite Benvenuto qui fut le premier chevalier de Malte créé à Sienne; Bernardin, évêque de Grosseto, au commencement du XIV"^c siècle, poète et auteur d'une Vie de sainte Catherine. La généalogie de la famille fait encore mention de Lelio Peccî, qui remplit en Belgique ces mêmes fonctions d'envoyé diplomatique que son descendant Joachim y occupa en ce siècle. Il fut ambassadeur de la république de Sienne auprès de Charles- Quint et laissa une description des lieux de Flandre qu'il traversa. Jacques Pecci, riche gentilhomme, hébergea dans sa maison le Pape Martin V, qui lui emprunta vingt-cinq mille florins, somme considérable pour l'époque, en lui donnant en garantie le château de Spolète. Citons encore, parmi beaucoup d'autres personnages distingués appartenant à cette famille, Pierre Pecci, homme d'état éminent, professeur de droit à Sienne, choisi par ses concitoyens pour négocier le renouvellement de l'alliance avec la république voisine et jalouse de Florence. Il représenta également la république de Sienne au sacre de l'empereur Sigismond, de qui il reçut les titres de baron et comte palatin.

Mais la plus belle gloire de la famille Pecci, c'est qu'elle a donné des saints à l'Église. Nommons le bienheureux Pierre Pecci qui naquit en Espagne, où son aïeul avait émigré ; il fonda l'ordre des

GHAPITRK PREMIER. 11

ermites de Saint-Jérôme et reçut Thabît religieux à Avignon des mains du pape Grégoire XI, qui approuva les constitutions de cette congrégation ; puis la bienheureuse Marguerite Pecci, dont on possède à Carpineto un portrait qui la montre revêtue du voile gris des servîtes de Marie; enfin le Père Bernardin Peccî, jésuite, missionnaire aux Indes dans le courant du XVI"^^ siècle. Imitateur de François-Xavier, il chercha à convertir les habitants du royaume de Jafanapatam et paya de son sang son zèle pour le salut des âmes. Les annales des missions de la Compagnie de Jésus en fontTéloge en ces termes : Procuranda animarum saluti strenuam opérant impendit ; et prof usa sanguinis eloquentia christianam causant ntortendo défendit.

Comment les Pecci de Carpineto se rattachent-ils à ceux de Sienne ? Voilà une question qui préoccupe l'abbé Pecci dans son travail manuscrit mentionné plus haut, et qui a préoccupé après lui d'autres généalogistes.

Cette filiation s'établit en premier lieu par la tradition constante de la famille de Carpineto; ensuite par le fait même de l'établissement à Carpineto d'Antoine Pecci, qui acheta des biens dans le pays en 1531, ainsi qu'il résulte d'actes notariés dont on conserve les minutes. Cet établissement coïncide et ne peut pas être sans relation avec la résidence dans la région des deux Florentins, Alexandre de Pazzi et Laurent Salvati, qui, de 1530 à 1534, furent chargés par Clément VII de maintenir le séquestre sur Carpineto et d'autres terres que se disputaient Jules Colonna et Octave Orsini,

Cet Antoine Pecci était fils de Vanni qui, plusieurs fois membre du conseil des gouverneurs de Sienne, fut en 1500 nommé Capitaine du peuple, et remplit à Sienne diverses fonctions honorables. Benvenuto, autre fils de Vanni, reçut de Clément VII la charge de gouverneur de Foligno '. Antoine Pecci semble s'être décidé,

Page 1