CHAPITRE TROISIÈME
II est intéressant de rapprocher de la lettre du roi Léopold I^r, celle par laquelle le cardinal Sterckx accusait réception à Mgr Pecci de l'annonce de son rappel :
Matines, le lo novembre 1845.
Monseigneur,
Je m'empresse de vous remercier pour l'intéressante lettre que vous avez eu la ix>nté de m'écrire le 8 de ce mois '. C'est de tout mon cœur que je félicite Votre
Excellence sur sa promotion à l'évêché de Férouse j j'en félicite bien plus encore les habitants de cet heureux diocëse qui acquerront en votre personne un évëque aussi distingué par sa science que par sa piété, un module de toutes les vertus.
Vous ave:: raison de dire, Monseigneur, que pendant votre séjour dans ce pays vous avez fait tout ce qui dépendait de vous pour rendre quelque service à
I. Nous devons k S. É. le cardinal Goossens, archevêque de Malïnes, la c< de la lettre de Mgr Pecci dont nous donnons ci-contre la reproduction autographiée.
UPipcUen XIII.
rÉglise de Belgique ; personne n'a été plus que moi témoin des efforts que vous n'avez cessé de faire dans ce but ; aussi vous en garderai-je une éternelle reconnaissance. Je regrette d'autant plus vivement que vous soyez forcé de nous quitter si vite. Vos excellentes intentions, vos vues pleines de sagesse, votre zèle pour la prospérité de la religion auraient pu nous être encore si utiles !
J'espère, Monseigneur, que vous conserverez toujours pour nous les sentiments de bienveillance dont vous nous avez donné tant de preuves. De notre côté, nous ne cesserons d'adresser nos prières au Ciel pour votre constant bonheur.
Je vous prie, Monseigneur, d'agréer les sentiments d'une haute estime et d'un sincère attachement, avec lesquels j'ai l'honneur d'être,
de Votre Excellence,
le très dévoué serviteur,
ËNGELBERT, card. arch. de Malines.
Mgr Pecci quittait donc la Belgique en emportant le suffrage des autorités civiles et religieuses : succès aussi honorable que rare dans la diplomatie ecclésiastique! Citons encore à ce propos le témoignage du baron d'Anethan, qui fut ministre pendant la noncîature de Mgr Pecci : « Le nonce Pecci a été remarquable par l'aménité de son caractère et par ses excellents rapports avec le gouvernement. Très préoccupé des intérêts du culte, il obtint la création d'environ soixante nouvelles succursales ^ »
Cette appréciation fut partagée, on peut le dire, par tous les ministres du roi, même par ceux qui appartenaient ouvertement au parti libéral, tel que le général Goblet, ministre des Affaires étrangères. Ayant donné sa démission peu de temps avant le rappel de Mgr Pecci, il lui écrivait en ces termes, dans une lettre du 30 juillet 1845, conservée aux archives de Carpineto : « En me retirant du pouvoir j'emporte un souvenir qui me sera toujours précieux, celui des relations qui, à ma constante satisfaction, ont existé entre nous. Ces relations, grâce à Votre Excellence, avaient un caractère de cordialité et de bienveillance qui rendait ma tâche aussi facile qu'agréa-
I. Cfr. L^ livre tPor du pontificat de Léon XII I^ appendice I, par le baron de HauUeville.