‹ Le pape Léon XIIIChapitre 71 sur 248 · CHAPITRE TROJSifeME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROJSifeME

ble. Je prie Votre Excellence de recevoir ici l'expression des sentiments affectueux que je lui ai voués et que je lui garde. »

Pour apprécier à leur juste valeur ces témoignages d'estime du roi et du monde officiel à l'égard du nonce Pecci, il faut se rappeler les circonstances dans lesquelles avait été nommé ce dernier. D'après \ Exposé, déjà cité plus haut, Mgr Fornari, très bien vu de Léopold I" et des cercles politiques, avait été brusquement transféré à Paris sur le désir du gouvernement français et sans que le gouvernement belge fût consulté. De là, froissement du gouvernement belge, qui fit savoir au Vatican que le roi ne recevrait pas Mgr Garibaldi, successeur désigné de Mgr Fornarî. Finalement on se mit d'accord sur la personne de Mgr Pecci. L'£':^iîj'^ critique le procédé du Vatican lors du transfert de Mgr Fornari : < Ce procédé était d'autant plus blessant qu'on savait au Vatican combien Mgr Fornari était estimé parmiles Belges, et combien surtout le roi attachait d'importance à son maintien à Bruxelles. î Une lettre de M. Noyer au cardinal Wiseman, datée du 1 4 février i S43, est en contradiction manifeste avec cette assertion. Elle établit que la nomination à Paris de Mgr Fornari ne se fit que du consentement de Léopold I<^^ cédant aux instances du roi des Français : < Les deux rois, dit M. Noyer, se le sont vraiment disputé. Le roi Louis-Philippe a demandé au nôtre de consentir à le perdre, comme un acte de haute nécessité pour la France. Le roi perd en' Mgr Fornari un ami personnel. It On ne peut donc dire que le procédé du Vatican fut blessant, puisque le roi avait été pressenti, et avait consenti au départ de Mgr Fornari. Néanmoins on comprend qu'il y ait eu quelque mécontentement dans les régions officielles à Bruxelles, après cet incident. On comprend aussi que le successeur de Mgr Fornari ait pu s'attendre à un accueil relativement froid de la part du gouvernement et de la part du roi lui-même. On vient de voir comment Mgr Pecci triompha de toutes les préventions, et comment la défiance se changea en une profonde estime.

Maïs en présence du témoignage hors de pair de Ilréopold I^^ de l'asserlion si formelle du baron d'Anethan, delà lettre de M. Goblet, comment expliquer ces paroles que \ Exposé de M. Frère-Orban met sous la plume de M. Nothomb, dans une dépêche adressée à M. d'Hoffschmidt le 14 novembre 1847? « Ce n'est pas une pensée de sujétion envers Tépiscopat belge et le Saint-Siège qui animait le ministère de 1843; s'il a cherché à donner une haute importance à la nonciature de Bruxelles et à la légation belge à Rome, c'est qu'il croyait trouver, et qu'il a, en effet, trouvé à Rome, même sous le pape Grégoire XVI, une haute intelligence des questions politiques. Le départ de Mgr Fornari a été tin grand malketir ; son successeur nia surtout fait regretter le non-envoi de Mgr Garibaldû ^ — « M. Nothomb, lisons-nous encore dans \ Exposé, quitta le pouvoir le 19 juin 1845; quelques mois plus tard, la cour de Rome notifiait, pour motifs de santé, <^sait-elle, le rappel de Mgr Pecci. Les froisse nteftt s avaient dû être graves ; il fut question un moment de ne plus envoyer à Bruxelles qu'un internonce. M. Dechamps, qui dans l'administration de 1845 avait pris le portefeuille des Affaires étrangères, protesta contre ce dessein ; il demanda non seulement qu'on continuât d'accréditer un nonce, mais que ce nonce fût 7m homme d'État, « En effet », écrivait-il à Rome, « la nonciature, en Belgique, a une importance particulière. A r intérieur, ta difficulté pour le gouvernement se trouve dans les relations avec les évêques et le clergé. »

' M. de Haulleville, dans son Étîide sur les nonciatures en Belgique, se demande de quels froissements il est question dans \ Exposé et s'étonne avec raison que M. Dechamps ait pu contester à l'archevêque de Damiette le titre à! homme d'État, que nul en ce siècle ne devait mieux mériter. Plus loin, M. de Haullevilfe écrit : « Mgr de Damiette fut rappelé, soit sur la demande du cabinet de Bruxelles, inspiré par M. J. B. Nothomb, soit motuproprio, parle pape averti par la diplomatie belge. Ce point n'est pas bien clair. »

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