‹ Le pape Léon XIIIChapitre 72 sur 248 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Puisque ces questions sont posées, il est de notre devoir de

chercher à les résoudre. La solution que nous en donnerons, est tout à l'honneur de Mgr Pecci.

Pendant la nonciature de ce dernier, deux questions très importantes au point de vue des intérêts religieux furent agitées. La question des jurys d'examen et celle de l'application de la loi de 1842 sur l'instruction primaire.

Nous avons vu comment, dans la première de ces questions, Mgr Pecci se rangea du côté des évêques et des catholiques et agit auprès de Léopold I^^ pour obtenir le retrait du projet Nothomb. Le roi favorisa les vues du nonce, .et nous avons attribué avec vraisemblance à son intervention l'attitude embarrassée que dut garder M. Nothomb au cours des débats. Cette affaire fut fatale au crédit politique du chef du cabinet. Elle lui attira l'animosité des libéraux, qui lui reprochèrent d'avoir abandonné les prérogatives de l'État. Elle lui aliéna les catholiques, qui ne purent oublier que M. Nothomb avait, dans le principe, voulu plaire aux libéraux aux dépens des intérêts de l'enseignement libre. Dès le commencement de la session nouvelle, en octobre 1844, l'hostilité des libéraux contre le chef du cabinet se dessina ouvertement. M. Delfosse l'apostrophait en ces termes : « On dirait que M. Nothomb, sentant l'impossibilité de se relever dans l'opinion, cherche à abaisser les autres pour être à leur niveau ». « Il a voulu, disait M. Verhaegen, abattre toutes les têtes pour ne régner que sur des cadavres. » M. Osy déposa même un projet d'adresse au roi pour demander la démission du ministère, projet qui, après de violentes discussions, fut rejeté par 65 voix, contre 22 et 2 abstentions. Du côté catholique, on n'était guère plus tendre pour le ministre. « Faites disparaître, disait M. Dumortîer, cette rouerie qui ne peut rester plus longtemps sans compromettre notre nationalité. » D'autre part l'abbé de Foere conseillait à ses amis « de continuer d'honorer le Cabinet de la tiédeur de leur appui », et M. de Theux voulait qu'on gardât à son égard une attitude d'observa-

tion ^ Toute cette opposition, toutes ces défiances avaient leur origine dans le projet de loi sur les jurys d'examen, projet qu'avait combattu Mgr Pecci d accord avec le roi, et qu'au contraire Mgr Fornari trouvait favorable aux intérêts religieux. On comprend dès lors pourquoi M. Nothomb qualifiait de grand malheur le départ de Mgr Fornari, et pourquoi il le regrettait surtout à cause de son successeur Mgr Pecci.

M. Nothomb eut à subir de la part de Mgr Pecci un autre échec non moins sensible sur la seconde question que nous avons signalée plus haut, celle de l'application de la loi de 1842. Les instructions des êvêques donnaient à la loi un sens ouvertement catholique : lopinion du ministère tendait à la maintenir davantage sur le terrain de la neutralité. Dès 1844 1^ Belgique allait être dotée d'un système d'instruction se rapprochant plus ou moins de l'enseignement non-religieux établi plus tard par la funeste loi de 1879, et qui de non-religieux serait inévitablement devenu anti-religieux. Il n'y avait pas à balancer ni à tergiverser : aussi le nonce prit-il ouvertement la défense des évêques et de leurs instructions. C'est à ce propos qu'eut lieu la scène dont parle M. de Haulleville, entre le roi, le nonce et le chef du Cabinet. M. Nothomb en sortit très vexé, dit l'écrivain que nous venons de nommer, et la cause principale de son irritation ne put être que l'approbation donnée par le roi aux idées émises par le nonce.

Il est certain, disons-nous, que Léopold I^^*" approuvait les idées de Mgr Pecci, tant sur la loi de 1842 que sur celle des jurys d'examens. Il faut en effet remarquer avec quelle insistance le roi, dans sa lettre à Grégoire XVI, prie ce dernier d'interroger Mgr Pecci sur les affaires de l'Église en Belgique et de tenir compte de sa manière de voir : il « supplie » le Pape de demander au nonce 4: un compte exact des impressions qu'il emporte sur les affaires de l'Église en Belgique. » « Il juge toutes ces choses très sainement, ajoute le roi,

I, Voyez Bal au, Soixante-dix ans (f histoire contemporaine de Belgique,

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