CHAPITRE TROISIÈME
et Votre Sainteté peut lui accorder toute confiance. ^ Mais quelles sont les principales affaires auxquelles l'Église fut intéressée en Belgique pendant la nonciature de Mgr Pecci, sinon celles dont nous venons de parler ? Il est donc certain qu'en ces deux circonstances, Léopold I" s'écarta de la manière de voir de son premier ministre et qu'il partagea celle du nonce. Comme on se l'imagine aisément, l'intervention de Mgr Pecci ne fut point agréable à M. Nothomb, puisqu'elle occasionna ou accentua un dissentiment entre lui et le roi sur deux points importants,et qu'elle contribua, en discréditant sa politique, à amener la démission qu'il se crut obligé de donner après les vifs débats de la session parlementaire de 1844-45. Il importe de faire remarquer encore une fois combien les vues de Mgr Pecci étaient justes. La politique unioniste était sans doute désirable pour les catholiques à cette époque, mais si elle avait dû se continuer en faisant entrer dans son programme l'omnipotence de l'État sur l'enseignement, et la neutralité plu5 ou moins reconnue de l'école, elle eût été au point de vue catholique une monstrueuse duperie, et Mgr Pecci rendit à la religion et au pays un service signalé en faisant, par son énergie, dériver le courant qui menaçait d'entraîner insensiblement le parti catholique belge dans la voie du libéralisme le plus faux et le plus dangereux.
Si la mauvaise humeur de M. Nothomb à l'égard du nonce est très compréhensible, on comprend moins facilement que M. Ad. Dechamps, devenu ministre des Affaires étrangères à la chute du cabinet Nothomb, ait pu partager les préjugés de l'ancien chef du cabinet. A en croire \' Exposé, M. Dechamps ne considérait pas le nonce Pecci comme suffisamment homme d'État, c'est-à-dire, sans doute, comme secondant suffisamment la politique du gouvernement. Cette assertion étonne quelque peu dans la bouche du ministre qui, bientôt après, avec MM. de Theux et Malou, homologuait, pour le plus grand bien de la Belgique, les instructions des évèques aux curés sur la loi de 1842, et qui, peu de temps aupara-
vant, avait renoncé au portefeuille ministériel pour ne pas suivre M. Nothomb dans ses projets à propos du jury d'examen. On ne peut guère l'expliquer qu'en disant, avec M. de Haulleville, que M. Dechamps subit l'influence de M. Nothomb, qui restait, semble-t-il, l'inspirateur secret du nouveau Cabinet. En effet, sa démission n'avait pas été la conséquence d'un vote hostile, mais il s'était retiré de son plein gré : cette circonstance devait lui donner une grande influence sur ses successeurs.
Quoi qu'il en soit, on regrette de voir un catholique aussi méritant que M. Dechamps, perdre à ce point le juste sens des véritables besoins de la religion en Belgique. Il faut dire, pour l'excuser, qu'à cette époque une certaine neutralité scolaire semble avoir eu des partisans, même parmi les catholiques. Les enseignements pontificaux n'avaient pas encore éclairé la question avec la netteté qu'ils lui donnèrent plus tard. Les catholiques pouvaient donc ne pas comprendre tout ce que la neutralité scolaire, même mitigée dans la pratique, avait de dangereux. M. Dechamps eût voulu, à ce qu'il parait, obtenir une pression de Rome sur les évêques. On s'en étonnera peut-être. Mais quand il s'agit de questions mixtes, il peut se présenter des cas où les appréciations de l'autorité ecclésiastique et celles de l'autorité civile soient divergentes, et alors le pouvoir civil n'outrepasse aucunement son droit en recourant à Rome pour faire prévaloir son opinion. Seulement, si, comme il y a lieu de le supposer, M. Dechamps désirait une action de Rome sur les évêques contre leurs instructions aux curés, il se faisait illusion en espérant l'obtenir, et le devoir du nonce était de s'y opposer. Mgr Pecci s'y opposa en effet et, comme nonce, il rejeta sans hésitation ce que, longtemps après, il devait en Belgique même désapprouver de nouveau comme pape.
Il n'est rien de plus glorieux pour un dignitaire ecclésiastique que de savoir résister sur les points où céder serait faiblir. Pour les raisons que nous avons dites, les ministres catholiques mêlés à cette