CHAPITRE TROISIÈME
aflfairesont excusables de s'être trompés. Quant à Mgr Pecci, il ne se trompa, ni au point de vue religieux, ni au point de vue politique, et il maintint sa manière de voir avec la dernière fermeté. Il n'y a pas lieu de plaider pour lui les circonstances atténuantes. Cet inci- . dent tourne au contraire entièrement à son honneur.
Certains hommes d'État, trop imbus d'idées personnelles ou subissant des influences étrangères, avaient pu trouver cette attitude de Mgr Pecci gênante pour la réalisation de plans peu favorables à la religion, mais tous avaient rendu pleine justice aux éminentes qualités qui distinguaient l'envoyé du pape, tous avaient compris que, s'il avai^dû se séparer en certains points du gouvernement, il ne l'avait fait que par devoir de conscience et dans des formes non moins douces que fermes.
Du côté des évêques, Mgr Pecci avait rencontré un attachement et une approbation d'autant plus vifs qu'ils avaient été plus efficacement secondés par le nonce dans leur action si énergique en faveur dés intérêts religieux, surtout en matière d'enseignement.
Les manifestations de l'estime du roi Léopold couronnaient celles des autres personnages politiques et ecclésiastiques de Belgique. On peut donc dire que Mgr Pecci quittait Bruxelles au milieu d'un concert d'éloges bien mérités.
• A côté des appréciations, si flatteuses que nous avons citées plus haut, il est intéressant de donner l'impression de Mgr Pecci lui-même sur sa nomination à l'évêché de Pérouse. Le pape Grégoire XVI, après avoir reçu les pétitions du Magistrature cette ville qui sollicitait comme évêque l'ancien délégat, interrogea à ce sujet un prélat pérugin, Mgr Spinelli Antinorî, auditeur de Rote, encore vivant aujourd'hui. Celui-ci appuya vivement la demande de ses concitoyens. Ce qu'ayant appris, Mgr Pecci lui adressa la lettre suivante, récemment publiée par le Courrier de Bruxelles :
Très vénéré Monseigneur, et très estimé ami, Une indisposition dont j'ai soufTert durant le mois passé, m'a empêché de répondre
comme je l'aurais voulu à votre excellente lettre datée du mois de novembre dernier. J'ai appris par cette lettre et par le document qui s'y trouvait joint, quels étaient les désirs exprimés par le Magistrat de Pérouse et les démarches faites par vous afin de me faire nommer au siège épiscopal vacant de votre patrie. J'ai reçu erv même temps la cordiale expression de votre joie de voir vos démarches couronnées de succès.
Touché de ces procédés si aimables^et si affectueux, je ne puis tarder plus longtemps à vous exprimer ma bien vive et profonde reconnaissance en vous remerciant de tout cœur de vos félicitations ; cependant, très vénéré Monseigneur, à dire vrai, pensez-vous avoir rendu à votre patrie un si grand service en appuyant ma nomination et pouvez-vous croire qu'il y ait lieu de s'en réjouir ?
Vos espérances seront-elles réalisées comme vous le croyez? Je suis obligé, quant à moi, de vous déclarer très sincèrement qu'en me considérant bien moimême, je ne trouve que des motifs de crainte et de confusion. Ce que vous me dites n'est que l'effet de votre bonté et de votre amitié pour moi et, quoique votre volonté de faire du bien à Pérouse soit très. vive et très ardente, ah \ combien je crains que la faiblesse de mes forces ne rende ce désir stérile et infructueux ! Toute ma confiance est en Dieu, et cette pensée religieuse, qui est mon soutien, m'encourage à implorer du Ciel tous les dons qui me manquent, et à l'aide desquels on peut espérer d'obtenir des choses utiles même d'un faible et vil instrument.
Le pensionnat que l'on doit ériger sera certainement l'objet de mes premiers soins et, secondé par l'excellent Magistrat, j'ai grande confiance de conduire à bon terme une œuvre longuement désirée et qui sera un ornement pour la ville et un grand avantage pour la religion ^
On m'écrit qu'à Pérouse on attend avec impatience mon arrivée ; de mon côté, je désire aussi ne pas tarder ; mais il faut tenir compte de la saison d'hiver et de la nécessité où je me trouve d'attendre en Belgique mon successeur. Si vous ave^ l'occasion de voir Mgr di San Marzano, engagez-le à hâter son départ.
Je vous prie d'être mon interprète auprès du Magistrat de Pérouse et de lui exprimer mes sentiments de respect et de constante affection. Recevez l'échange de mes souhaits de toute prospérité pour l'année qui commence et pour de nombreuses autres encore, et agréez l'expression des sentiments de profonde estime et de sincère amitié avec lesquels j'ai l'honneur de me dire,
Monseigneur très vénéré,
Votre très dévoué et très humble serviteur et ami, t JoACHïM, archevêque de Damiette, évêque de Pérouse.
Bruxelles, i6 janvier 1846. >
I. Il s'agit probablement du pensionnat de filles, dont Mgr Pecci confia dans la suite la direction aux Dames du Sacré-Cœur.
Lettre de Mgr Pecci, nonci à Mgr Spinello Antinori, dq tien est ci-conlre pp. 137 «e
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