CHAPITRE TROISIÈME
Mgr Peccî ne connut donc pas 1 enivrement de la popularité au moment où il quittait la Belgique, accompagné des regrets du roi, du clergé et de la population, pour se rendre à Péroùse, appelé par les vœux ardents d'un peuple qu'il avait naguère gouverné, et
dont la voix le portait en quelque sorte' au siège épiscopal, comme
la voix du peuple de M ilan y porta jadis le préfet de cette ville, saint Ambroise.
Au reste, l'heure de prendre possession de son siège n'était
pas encore venue ; et Mgr Pecci ne voulut pas perdre une occasion unique de perfectionner son éducation diplomatique, par un voyage en Angleterre et en France, et par une visite aux cours de ces deux pays qui dirigeaient alors la politique européenne. II demeura environ un mois à Londres, et fut présenté à la reine Victoria. A Paris, où il passa quelques semaines chez Mgr Fornari, il obtint une audience du roi Louis-Philippe, et prit enfin le chemin de l'Italie.
Quand Mgr Pecci arriva à Rome, l'auguste destinataire de la lettre du roi Léopold, Grégoire XVI, venait de mourir. Pie IX, qui le remplaça bientôt, répondit au roi, dans les termes suivants : « Mgr Pecci, ancien nonce auprès de Votre Majesté, a remis entre Nos mains la lettre qu'Elle adressait à Notre prédécesseur de toujours chère et regrettée mémoire. Le beau témoignage que Votre Majesté daigne rendre à Mgr Pecci, évéque de Pérouse, fait le plus grand honneur à ce prélat, qui expérimentera en temps opportun, et comme s'il avait continué le cours régulier des nonciatures, l'effet de vos bons offices royaux. >
Mgr Pecci n'était pas d'ailleurs un inconnu pour le nouveau pape; à peine rentré à Rome, il avait conféré longuement avec un cardinal venu pour le conclave. Ce cardinal se nommait Mastaï Feretti et fut élu pape sous le nom de Pie IX. A la première audience que le Pontife accorda à l'évêque de Pérouse, il lui rappela cet entretien en termes gracieux : « Monseigneur, nous nous connaissons déjà et Nous n'avons qu'à renouveler l'expression de véri-
table satisfaction que Nous vous avons exprimée dans Notre conversation, pour tout ce que vous avez fait en faveur de l'Église de Belgique. > — La voix de Pie IX montant au trône pontifical se confondait donc en quelque sorte avec celle de son prédécesseur, pour constater l'heureux succès de la nonciature de Mgr Pecci en Belgique, et confirmer les éloges décernés à celui qui devait être son successeur. En terminant ce chapitre, un des plus intéressants de la vie de Notre Saint- Père le Pape, nous aimons à répéter, en le modifiant légèrement, le mot de Léopold I" sur Joachim Pecci : i Son séjour dans ce pays, lut aura été très utile pour pouvoir rendre de bons services à la Sainte Église. » Ce n'est pas en effet sans un secret dessein de la Providence que celui qui devait un jour diriger au profit de l'Église les négociations les plus importantes avec les puissants du siècle, fut mis dans sa jeunesse à pareille école diplomatique, et dans un pays qui présentait en raccourci tout ce qu'il y a à craindre et à espérer, de nos jours, pour la Religion et pour l'avenir du Catholicisme.
On nous permettra sans doute aussi de nous féliciter comme Belge de ce séjour
HÔWl habile par Mgr Pecci, ^ ^j p ; ; ^^^^ ^^ j^ ^^^^ ^^
nonce à Bruxelles. ° "^
jouir de l'aftection particulière qu'il n'a cessé de témoigner à notre patrie, comme le prouve ce mot charmant : lors d'un pèlerinage belge à Rome sous Pie IX, Mgr de