CHAPITRE QUATRIÈME
cruelles, par l'exercice de toutes les vertus. Elle occupa toute la virilité et une partie de la vieillesse de Mgr Pecci. Mais était-ce trop d'une telle préparation pour donner à l'Église un pape comme Léon XIII ?
La vie de l'évêque peut se résumer en deux mots. Elle doit être un exercice continuel et pour ainsi dire héroïque de la charité envers Dieu et envers les âmes. Mais cet héroïsme n'est pas de ceux
qui se manifestent avec bruit. Former un clergé zélé et apostolique, élever chrétiennement la jeunesse, réprimer les scandales, manifester hautement la vérité, signaler les dangers spirituels de toute nature, revendiquer vis-à-vis des puissants du siècle les droits de T Église, relever la splendeur du culte, voilà ce qui absorbe sans cesse lesprit et le cœur de 1 evêque, voilà ce qui réclame sa sollicitude de tous les instants. Voilà aussi quelle fut la vie deMgrPecci,évêquede Pérouse. Et cependant cette période de trente-deux ans, si occupée, si méritoire, si utile à TÉglise de Pérouse et indirectement à l'Église universelle, n'offrirait peut-être qu'un médiocre intérêt au lecteur si nous voulions en entreprendre le récit détaillé. Il nous suffira donc d'en indiquer les principaux faits.
Mgr Pecci n'était pas un inconnu pour ceux dont il devenait le pasteur. Aussi sefigure-t-on aisément la joie de ce peuple, lorsqu'il vit revenir en qualité d'évêque celui qu'il avait tant aimé en qualité de magistrat. Le nouvel évêque, qui comme ancien nonce conservait le titre d'archevêque, fut donc reçu à Pérouse au milieu de l'allégresse universelle. Avant de prendre possession de son siège, il était allé se prosterner à Assise dans le sanctuaire de Sainte-Marie-des-Anges, dit de la Portioncule, et c'est sous les auspices de Marie qu'il commença son fécond épiscopat
D'Assise, Mgr Pecci se rendit au monastère bénédictin de S t- Pierre, voisin de Pérouse, d'où il partit pour faire son entrée solennelle dans sa ville épiscopale. Revêtu des ornements pontificaux, il montait un cheval richement caparaçonné de blanc, tandis qu'au-dessus de sa tête s'étendait le baldaquin porté par huit élèves du séminaire. En avant du cortège marchaient des trompettes, suivis de massiers ; devant l'évêque, des enfants répandaient des fleurs; Les chanoines, le clergé, les séminaristes, les autorités civiles et les professeurs de l'Université de Pérouse formaient un long cortège qui, au milieu des acclamations populaires, traversa les rues ornées de guirlandes et de draperies. Arrivé à la cathédrale, le nouveau