CHAPITRE QUATRIÈME
épiscopat, il ne cessa de travailler à ce but si élevé, et il arriva ainsi à doter son diocèse d'un clergé remarquable par sa piété et sa régularité autant que par sa doctrine. Dès 1848, il avait refondu les constitutions et les programmes d'études de son séminaire. En 185g. il y établit l'Académie de St-Thomas, destinée aux ecclésiastiques qui désirent approfondir les doctrines philosophiques et théologiques de l'Ange de l'école.
L'âme de la réorganisation des études philosophiques au diocèse de Pérouse fut le frère de l'archevêque, l'abbé Joseph Pecci, qui à la suite de la dispersion de la Compagnie de Jésus en 184S, était entré dans les rangs du clergé séculier, et avait accepté la chaire de philosophie au séminaire de Pérouse. Ouvrier de la première heure dans le mouvement thomiste dont nous voyons aujourd'hui l'éclatant triomphe, l'abbé Peccï avait puisé son zèle pour cette doctrine, alors quelque peu oubliée jusque dans les universités romaines, à l'école du P. Sordi,un des rares professeurs du Collège Romain qui, à l'époiiue dont nous parlons, l'aient enseignée dans toute sa pureté. L'enseignement du P. Sordi ne laissa que peu de traces au célèbre collège de la Compagnie, et le thomisme pur, considéré là et ailleurs comme un anachronisme, dut chercher d'autres refuges. Pérouse fut une de ces forteresses où, malgré des oppositions dont on ne peut se figurer la violence, les défenseurs de la philosophie scolastique tinrent haut et ferme le drapeau de leurs convictions philosophiques. C'est de Pérouse que le thomisme devait s'élancer pour rentrer bientôt en maître dans les écoles catholiques, d'où il avait été expulsé par les disciples plus ou moins avérés de Descartes, de Malebranche ou de Leibnitz, et ce ne sera pas une des moindres gloires de Léon XIII d'avoir achevé, comme pape, l'œuvre commencée et poursuivie avec ténacité comme archevêque de Pérouse '.
I. Ceci soit dit sans vouloir aucunement diminuer la part qui revient k San&everino et à t'école napolitaine, à Liberatore et à la CivîUà Catlotica etc. dans la restauraiion de la philosophie thomiste. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet, à propos de l'encyclique AeUmi Palrts,
De plus en plus pénétré des nécessités de notre époque quant à instruction des prêtres, Tévêque de Pérouse introduisit en 1872 de nouvelles modifications dans le programme des études cléricales. Par des restaurations coûteuses, par de nouvelles bâtisses, et en abandonnant une partie de son palais épiscopal à Tusage du Séminaire, il rendit cet établissement assez vaste pour que l'éducation du jeune clergé ne fût pas entravée par des obstacles matériels. Telle était l'importance attachée par Mgr Pecci à cette œuvre capitale, qu il ne lui suffisait pas d'y pourvoir au moyen des mesures générales que nous venons d'énumérer; son action personnelle lui semblait nécessaire, et il ne croyait pas déroger à sa dignité en se rendant compte par lui-même des progrès des jeunes étudiants. Persuadé que si la piété est, comme le dit Bossuet, « le tout de l'homme », elle doit être encore bien davantage le tout de la vie
du prêtre, sa sollicitude pour la formation spirituelle des jeunes clercs ne connaissait pas de bornes. Il insistait sans cesse pour qu on leur inspirât un véritable esprit de piété et de sacrifice. Souvent il participait aux exercices spirituels de la communauté, et s'il apprenait que quelque séminariste manquât de docilité, ou fût enclin à des défauts capables de compromettre son éducation ecclésiastique, îl se réservait d'intervenir, non avec la sévérité d'un juge, mais avec la ferme et tendre bonté d'un père, et l'on voyait ce prince de l'Église prendre à part le jeune homme, appeler son attention sur ses torts, lui remettre enfin une feuille de papier sur laquelle il avait noté de sa propre main le défaut à corriger et les moyens'à employer pour y parvenir. C'est cette même sollicitude qui engagea Mgr Pecci à publier, à l'usage de ses séminaristes, un charmant et solide opuscule sur l'humilité, ce fondement de toutes les vertus ^
L'intérêt que l'évêque de Pérouse portait à l'avancement des jeunes gens dans les études n'était pas moins vif. Il n'épargnait rien
I. Cet opuscule n*est pas proprement l'œuvre de Tévêque de Pérouse. Il le traduisit d'un auteur anonyme français, en l'appropriant aux besoins de ses séminaristes.