CHAPITRE QUATRlfeME
pour entretenir parmi eux le stimulant nécessaire de l'émulation. Il assistait fréquemment aux examens des élèves et faisait organiser des séances littéraires et scientifiques, qu'il présidait et auxquelles
il invitait des professeurs renommés, des savants et des évêques.
En Italie les séminaires ne sont généralement pas divisés en
deux sections. Le nombre des élèves, qui, par suite de l'exiguité
relative des diocèses, est beaucoup moindre que dans les pays de l'autre côté des Alpes, permet de concentrer dans un seul établissement le cours complet des études littéraires, philosophiques et théologiques. Cette remarque était nécessaire pour faire comprendre le joli trait que nous allons rapporter d'après Tabbé Jérémie Brunelli, professeur de belles-lettres au séminaire de Pérouse, qui y joua le rôle qu'on va voir.
^ Un jour, dit-il, je ne sais trop pour quelle raison, il m arriva de ne pas me trouver exact à l'heure de mon cours. Sachant que jepourrais rencontrer le cardinal dans les corridors du séminaire, j'arrivai à la porte de ma classe avec la promptitude un peu anxieuse que vous pouvez imaginer. Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque j'entrai fort lestement et sans me douter de rien, de voir le cardinal dans ma chaire, traduisant aux élèves ravis un passage de la Milonienne de Cicéron, et leur exposant, avec sa parole élégante et son goût très fin, les beautés les plus cachées de la langue de l'Orateur romain ! Vous pouvez vous figurer ma stupéfaction ! Revenant à moi, je m'assis sur les bancs avec les élèves, et je priai le cardinal de daigner continuer la leçon commencée. Mais il descendit, m'invita courtoisement à remonter en chaire, et s'en alla en me recommandant de faire avancer mes élèves dans les études littéraires. Je pus lire en même temps, dans son sourire toujours digne, un doux et tacite reproche à mon adresse. "^
Ce gracieux récit nous fait retrouver, dans le prélat austère et zélé, le lettré, l'homme de goût, l'amateur enthousiaste de tout ce qui orne l'esprit humain. A l'exemple des grands humanistes italiens des siècles passés, dont plusieurs étaient des évêques modèles; à l'exemple de saint Charles Borromée lui-même qui, nonobstant son zèle dévorant et son effrayante austérité, estimait et pratiquait le culte des lettres, on voit le cardinal Pecci se complaire, à ses moments de loisir, dans le commerce des classiques latins. De là sa profonde connaissance de la langue de Cicéron et ce tour élégant et