CHAPITRE QUATRIÈME
particulier qu'on admire dans tout ce qui sort de la plume de Léon XIII. L'archevêque de Pérouse ne se contentait pas de la lecture des bons auteurs, il fut auteur lui-même, et ses poésies latines ne craignent pas la comparaison avec celles des poèteslesplus vantés delà Renaissance. C'est le même style pur, élégant et châtié, la même grâce dans les images et la cadence du vers. Inutile de le dire, la muse de l'évêque fut une muse chrétienne : ses poésies célèbrent des sujets sacrés et notamment les saints patrons du diocèse de Pérouse. Citons de lui quelques vers charmants, qui traitent à la vérité un sujet profane, mais avec quel charme! La difficulté était d'autant p!us grande qu'il s'agissait de célébrer en latin une chose essentiellement moderne : la photographie. Voici comment s'exprime le poète :
Ars piiotographica.
an. ^idccclxvii Expressa solis spiculo, Nitens imago, qoam bene Froncis decus, vim luminum Refers, et on s gratiam.
O mira virtus ingeni Novumque monslrum 1 Imaginem Naturae Apelles oemulus Non puTchriorem pingeret.
Mais il est temps de terminer cette digression, qui nous présente l'attachant contraste de ces récréations Intellectuelles avec les graves travaux du ministère évangélique.
L'évêque de Pérouse considérait donc l'éducation du clergé comme un des plus puissants moyens d'assurer le triomphé de la vérité et le salut des âmes. Mais cette préoccupation ne l'absorbait pas au point de lui faire oublier la fin même du sacerdoce catholique, qui est de promouvoir la gloire de Dieu, et de conduire au salut les fidèles commis à sa garde. Dans cet ordre d'idées, on peut dire que le devoir le plus urgent et le plus immédiat de l'évêque est de faire
fleurir le culte, institué par Dieu pour attirer les hommes à lui et pour se les nnir dans la glorification de sa Divinité. Pour atteindre ce résultat, Mgr Pecci accomplit six fois la visite de tout son diocèse, et il allait achever sa septième visite lorsqu'il dut quitter Pérouse. Sous son énergique impulsion, la ferveur du clergé et la piété du peuple s'accrurent, la parole de Dieu fut distribuée aux fidèles avec plus d'abondance, la dévotion à la sainte Vierge et aux saints fut partout ranimée.
Comme le Roi-prophète, l'évéque doit aimer la splendeur de la maison du Seigneur, et le temple sacré où réside sa gloire. Les hypocrites imitateurs de Judas peuvent, blâmer les dépenses consacrées à donner le lustre convenable aux sanctuaires du Dieu qui s'est rendu présent parmi nous. Mais les hommes apostoliques ne déplorent rien autant que l'abandon et le délabrement dans lesquels on laisse souvent les lieux saints. Mgr Pecci eut un zèle ardent pour tout ce qui regardait la célébration du culte et le bon entretien des églises. Il fit faire d'importantes restaurations à sa cathédrale, et la fit décorer de peintures. Il éleva près de Pérouse, au Ponte délia Pielra, un sanctuaire dédié à Notre-Dame de Miséricorde, où la dévotion des fidèles trouva des grâces nombreuses,spécialement en l'année 1859. Trente-six églises furent entièrement édifiées pendant son épiscopat; et la construction de dix autres était décidée quand il dut Se rendre à Rome, sans parler de la restauration et de lagrandissement de beaucoup d'autres églises.
Il serait trop long d'énumérer en détail tout ce que l'archevêque fit pour exciter la piété des fidèles,au moyen des congrégations et pieuses associations qu'il établit partout. Rappelons cependant qu'en 1872, il consacra son diocèse au Sacré-Cœur, ravivant par cet acte solennel la grande dévotion réservée par le Seigneur à nos temps malheureux.
L'évéque est médiateur entre Dieu et les hommes. Il offre à Dieu le culte des hommes, il représente parmi les hommes la charité de Dieu. Si donc il lui appartient de faire fleurir le culte divin, il ne