‹ Le pape Léon XIIIChapitre 82 sur 248 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

doît pas moins travailler à développer les œuvres de charité, qui sont voulues par Dieu pour le bien des hommes et qui sont la note caractéristique des vrais disciples du Sauveur. Mgr Peccî ne perdit pas de vue cette sublime et touchante mission. Sa sollicitude s'étendît d'abord sur les membres souffrants du Christ les pauvres et les malades ; et l'hôpital de Sainte-Marie de la Miséricorde eut toujours large part à ses bienfaits. En 1854, lorsque son peuple fut en proie à la disette, il lui vint généreusement en aide. Réduisant ses dépenses au strict nécessaire, l'archevêque établit dans son palais même une cuisine gratuite et une distribution de vivres journalière. En même temps il instituait un comité de charité et rappelait à ses diocésains, que € c'est dans les moments d'infortune publique que se manifeste surtout la charité chrétienne », alors non contente de donner le superflu, « elle limite les désirs et diminue les dépenses de notre vie usuelle pour subvenir à des nécessités extraordinaires.» La disette de C854 passa, et avec elle les sacrifices extraordinaires que s'imposait l'archevêque, mais les besoins permanents du diocèse ne cessaient d'occuper la charité du zélé pasteur. Disons-le à l'honneur de la Belgique, c'est en ce pays qu'il alla chercher les auxiliaires les plus dévoués de sa bienfaisance. Les Frères de la Miséricorde, à la suite d arrangements entre Mgr de Mérode et Mgr Pecci, vinrent prendre la direction de l'orphelinat des garçons qu'il avait entièrement réorganisé; et les Sœurs de la Providence de Champion furent chargées de deux institutions fondées par lui, l'une au profit des jeunes filles abandonnées, l'autre pour les repenties. Citons encore parmi ses œuvres de charité l'érection du magnifique pensionnat de Sainte-Anne pour les jeunes filles de condition aisée, avec une école annexe pour les enfants du peuple; l'œuvre Ats Jardins de Saint- Philippe de Néri, sorte de patronage de garçons; l'établissement d'un hospice pour les femmes atteintes d'infirmités chroniques; l'œuvre pour l'exemption de la milice en faveur des jeunes ecclésiastiques, et enfin une asso-

ciation sous Tinvocation de saint Joachim pour le soutien des prêtres indigents. Aucune des nécessités du clergé et du peuple n'échappait à la charité attentive de l'excellent prélat.

A l'appui de ce que nous disons de l'activité déployée par Mgr Pecci pour le développement des bonnes œuvres, citons un témoin d'autant plus impartial qu'il écrivait pour l'intimité, et bien avant qu'on pût prévoir l'élévation de Léon XIII au trône pontifical. Ce témoin, dont l'extrême et parfois rude franchise n'a jamais connu la flatterie, c'est Mgr de Mérode. « J'ai été à Pérouse, écrit-il à son père le î6 décembre 1855, voir le cardinal Pecci et les deux établissements des Frères de Malines et des Sœurs de Namur qu'il a appelées dans son diocèse pour y diriger deux maisons. Ce bon cardinal, malgré son apparente froideur, est d'un très grand zèle. Il a mis son séminaire sur le meilleur pied et il restaure sa belle cathédrale. Il s'applique à ranimer toutes les anciennes institutions dont cette vieille ville est remplie. J'ai trouvé partout une activité incroyable. Partout on ouvre de grandes rues, on trace des chemins, on perce de nouvelles portes dans les remparts ^ » — On peut ne pas partager l'opinion de l'impétueux prélat touchant < l'apparente froideur » du cardinal Pecci. Sa bouillante ardeur aura pris pour de la froideur ce qui chez l'évêque de Pérouse n'était que prudence et gravité.

Les lignes que nous venons de citer donnent à Mgr Pecci le titre de cardinal. Il avait en effet été élevé à la pourpre deux ans auparavant, dans le consistoire du 19 décembre 1853, et cet événement avait fourni aux Pérugîns l'occasion de faire éclater les sentiments dont ils étaient animés à Tégard de leur bien-aimé pasteur. Fêtes publiques, concours empressé de toutes les classes de la société et des autorités de tout ordre, illumination générale de la ville, rien n'avait manqué à ces touchantes et unanimes démonstrations.

Aux jours de paix et de prospérité dont nous venons de tracer

I. Frédéric François Xavier de Mérode^ par Mgr Besson, p. 121.

Le Cardinal PECCI.

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