‹ Le pape Léon XIIIChapitre 85 sur 248 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

mêmes provinces et leur honteuse défection préparée de longue main par le travail souterrain des sectes. Les autorités surprises, ne tentèrent pas de résistance, et la révolution triompha.

Pérouse éprouva le contrecoup de ces événements. Une troupe de factieux, soutenue par les révolutionnaires de la Toscane, s'empara de la ville. Le gouvernement du pape dut se résoudre à un acte de vigueur, pour rendre la confiance aux bons citoyens et arrêter les progrès de la révolution, qui puisait sa force dans la faiblesse de l'autorité et dans l'épouvante des hommes d'ordre, bien plus que dans l'appui du peuple. Il suffit d'un seul régiment suisse envoyé de Rome, pour reprendre d'assaut la ville et y rétablir la tranquillité. Les révolutionnaires, furieux de voir leurs desseins déjoués, décorèrent cet acte de répression nécessaire du nom de « massacres de Pérouse». Ce sont ces mêmes révolutionnaires qui devaient plus tard faire massacrer des milliers de Napolitains par les troupes du Piémont, unies aux corps francs recrutés en Hongrie, et bombarder Palerme révolté contre le joug Piémontais ! Il faut nous résigner à entendre reprocher sans cesse à un gouvernement légitime la mort de quelques coupables, tandis qu'on ensevelira dans l'oubli les flots de sang innocent versés par des usurpateurs sans entrailles ; et il se trouvera même des honnêtes gens qui accepteront comme sincère l'histoire ainsi travestie. Un biographe italien et catholique de Léon XIII ' écrit à propos des massacres de Pérouse : < Il est vrai qu'en cette circonstance les Suisses commirent beaucoup d'excès et se conduisirent avec barbarie : si au lieu de ces soldats indisciplinés et indociles aux instructions clémentes du gouvernement, on avait employé les soldats français à réprimer l'insurrection, le massacre de Pérouse n'aurait pas fourni aux ennemis du Pape tant d'occasions de le vilipender, pour la bonne raison que ce massacre ne se serait pas produit. »

Cette manière d'envisager les choses est contredite par deux let-

I. Vitapopolare aftedottica del Sommo Pontefice Leone XIII, Rome 1888.

très de Tabbé Joseph Pecci. Dans Tune, qui est datée du 20 mai 1859, on lit le passage suivant : « Les troupes suisses, arrivées de Rome, sont entrées victorieusement à Pérouse. Elles ont rencontré de la résistance, surtout par trahison (massimamente proditoria),.. mais elles ont montré beaucoup de valeur et d'habileté. A présent la ville est tout à fait tranquille et fréquentée ». Dans la seconde lettre datée du 27 juin, le professeur Pecci recommande à son frère Jean-Baptiste de rte pas croire aux mensonges répandus par les journaux. <L,\, La vérité est, dit-il, que les troupes suiisses, ne trouvant pas de rebelles dans les rues et recevant des balles par les fenêtres des maisons où ceux-ci étaient cachés, firent irruption dans ces seules maisons, mais elles ne firent rien là où elles ne rencontrèrent pas de résistance. La présence de femmes et d'enfants contribua même à sauver la vie à plusieurs révoltés. Les troupes étaient certainement très surexcitées (inferocite), mais les capitaines ont su les tenir en bride, et il n'y eut aucun dégât à déplorer dans les maisons où les rebelles n'ont pas fait feu. »

L'échec éprouvé à Pérouse par la révolution procura un instant de calme à ce qui restait des États Pontificaux, Mais bientôt le Piémont entra en scène, et le 14 septembre i86o,la ville de Pérouse, assiégée par 1 5,000 Piémontais sous les ordres du général de Sonnaz,

tomba en leur pouvoir. Puis se passa la comédie habituelle de l'établissement d'un gouvernement provisoire, qui sous les ordres du marquis Joachim Pepoli, commissaire du roi Victor-Emmanuel, organisa l'annexion aux états du re galantuomo /

Au milieu de ces douloureux événements, la conduite du cardinal Pecci fut telle qu'il convenait à un prince de l'Église, à un pasteur toujours prêt à se sacrifier pour ses brebis. Le 28 janvier 1860, il avait rédigé, au nom de son clergé et de son peuple, une adresse au Souverain-Pontife, pour protester contre les odieux desseins conçus par la secte.

Pendant le siège de Pérouse par les Piémontais, il s'efforça d'é-

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